Bienvenue en Covidie!


PAR JEAN-PIERRE CRESCENDO

La « crise sanitaire » s’est traduite par des changements radicaux au quotidien: relations avec l’administration, expansion du télétravail, déplacements moindres, nouvelles habitudes de consommation, etc.

Mais il ne faudrait pas se réjouir pour autant : au lieu d’une société apaisée, nous voyons se profiler maints périls.

Les rides supplémentaires, les rictus d’amertume et la peur au ventre nous guettent tous derrière nos masques. et nos flacons de gel. Une fatigue morale s’instaure et « contamine » toute la société. Nous en avons notre dose mais pas tous ! La vaccination s’intensifie et semble désormais être l’équivalent du Graal. 

Bienvenue, donc, en Covidie ! Mais avant tout, veillons à tenter d’être positifs tout en restant négatifs à la maudite Covid ! 

Si vous le permettez, voici ma liste des « choses » qui ont changé grâce à la pandémie (avec des raisons d’espérer à maints égards):

Ainsi le veut l’avancée dans l’âge : la peau du menton tend à se distendre et le masque est un cache qui met en valeur les beaux restes : un front harmonieux ou de beaux yeux. Il faut apprendre aussi à rire davantage avec les yeux et communiquer davantage par la parole.

En Covidie, certains d’entre vous ont découvert des voisins sympathiques qui étaient auparavant muets et sans épaisseur humaine. Ils se sont surpris à rendre des services. Des amitiés sont nées et une solidarité s’est installée qui a des chances de survivre aux circonstances présentes. 

D’autres ont découvert des potentialités à travers l’informatique et l’internet. Nous attendons que l’Académie française enrichisse officiellement notre vocabulaire avec des mots ayant trait aux visioconférences, consultations de toute nature en ligne. Voilà qui semble révolu : voyager pour s’assoir en face d’un fournisseur ou un client pour une heure d’entretien. Des professions devraient voir durablement leurs conditions d’exercice changer. La visiocon-férence s’est développée et est devenue un moyen d’échanges à l’échelle planétaire. Pouvoir réunir sur un écran (tablette ou ordinateur) des individus vivant en différents points du globe est une avancée qui s’est généralisée. é  Beaucoup de temps perdu à s’agacer ou à s’ennuyer ferme nous est aussi épargné. Souvenez-vous des salles d’attente où les patients attendaient leurs médecins, les uns fébriles, les autres toussant ou souffrant plus ou moins en silence sont un peu plus désertées. Le numérique est en pleine forme et les médecins peuvent soigner à distance.

De multiples activités sont dorénavant possibles sans avoir à effectuer un déplacement dans des moyens de transport inconfortables et peu fiables. Des clubs et des collectifs se sont crées ou réinventés. Commenter un livre ensemble ou suivre un cours personnalisé de gymnastique (par exemple) sans avoir à se réunir dans un endroit donné : maintenant, c’est à la portée de chacun ou presque. 

Cette pandémie a aussi permis l’inconcevable : pouvoir travailler dans un cadre à notre convenance, tout au moins une partie du temps. Oui, le télétravail a permis d’envisager de vivre où l’on veut et de mieux concilier vie de famille et travail. Notre énergie est souvent gaspillée dans le cadre d’un système rigide de présentiel : ce verrou est en train de sauter. 

Notre Administration a allégé ses procédures si envahissantes pour éviter le contact avec les administrés. A présent, elle traite nos demandes  sans nous accabler de paperasses souvent inutiles étant données les interconnections entre les différents services publics. Un exemple ? Les passages administratifs successifs dans les hôpitaux n’apparaissent plus aussi nécessaires et incontournables…

Une réflexion va peut-être s’engager quant à la sphère administrative et ses nombreuses redondances ainsi que ses effets stérilisateurs de toute initiative. 

Cependant (1), des ombres au tableau

Il est toutefois très inquiétant de voir un si grand nombre de nos responsables ne pas comprendre la systémie. Toute action entraîne une réaction. L’approche systémique permet de restituer  les interdépendances entre les phénomènes.

Une municipalité change en profondeur le système quant elle ne prévoit pas des moyens de substitutions adéquats au moment où elle décide de supprimer la circulation automobile, de réduire des places de parking massivement. Les décisions prises peuvent sans doute avoir des effets positifs mais également détruire le tissu économique et ainsi tarir les ressources financières que procurent les activités dans la ville. Dès lors, les commerces ne fonctionnent plus, les prestataires de service (artisans, professions médicales, déménageurs et autres intermédiaires) ne viennent plus ou revoient leurs tarifs à la hausse. La clientèle et le badaud désertent les lieux trop difficiles d’accès. Les habitants vont « voir ailleurs », louant ou achetant dans un environnement  moins contraignant.

Cependant (2), des faiblesses économiques

En Covidie, une sombre réalité se fait jour : alors que l’activité est mise à mal, nos pouvoirs y ajoutent des contraintes. Ce n’est plus une société apaisée dont nos enfants vont hériter mais d’une société en péril! La France est un pays dont les principaux ressorts économiques sont liés à des activités telles que l’automobile, l’aéronautique  ou l’agriculture.

Force est de constater que notre pays se détourne de ces filières sans avoir la puissance financière permett permettant d’investir dans d’autres secteurs. 

Assurément, et nous en reparlerons, l’heure du crash ne tardera pas à sonner. La pauvreté, déjà considérable, menace de monter en flèche. Il ne reste plus qu’à souhaiter  – vœu pieu ? –  que le bon sens et le sens de « la chose publique » soient plus présents.

Habitant sur la côte normande, l’auteur a longtemps vécu à Paris où il a été spécialiste des ressources humaines, notamment dans les sphères universitaires. Il contribue depuis quelques mois au journal numérique « Franc-Parler » qu’orchestre le journaliste et dessinateur Yann Le Houelleur, où cet article a été publié.

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