Y croire encore, selon Benjamin Vendrand-Maillet (ed. Bouquins)


PAR MARTIN DE WAZIERS

Les jeunes se mettent en avant pour remplacer les caciques ; la démocratie a-t-elle besoin de se réinventer ? Est-ce la mort du modèle de démocratie libérale qui nous porte depuis 75 ans ? Benjamin nous dresse une proposition de renouveau qui touche tant les trois piliers du demos-nation, kratos-souveraineté, logos-rationalité en berne que d’autres jalons. Doit-on repasser d’un Etat sous surveillance du marché à l’inverse ? Vouloir, pouvoir, savoir !!!

Tout est en souffrance depuis les crises à répétition (économique, environnement), au travail par délocalisation et au capital libéral par outrance. Si c’est évident au global, on retrouve les symptômes au local avec des emplois à forte valeur ajoutée réservés pour la ville, venant au détriment des périphéries ! Est-ce le diktat d’un pouvoir politique déconnecté (un retour du centrisme à l’opposé de la décentralisation) et de pouvoirs techno/juridiques exacerbés ?

S’il s’agit de renverser les décennies 70 et l’ultralibéralisme du Mont Pèlerin (Hayek et ses collègues réunis dès 1947 pour éviter la domination d’un monde étatique), la transformation devient plus que nécessaire, en attestent les mouvements de protestation divers (gilets jaunes, etc.). Relocalisation sans négliger automatisation et valorisation, il faut faire fi de cette économie qui favorise la rente des aînés aux dépens de l’effort des jeunes. Nous épuisons le système.

Des mots répétés ou un engagement révélé (envie, volonté, motivation), nous avons sacrifié deux ans en tuant la vie pour sauver la mort… des plus anciens. Mondialisation malheureuse ou sobriété heureuse, nostalgie d’aînés ou renouveau du vivre ensemble, que peut-on faire pour sauver non seulement la planète mais cette jeunesse exubérante ? Nous avons créé la frustration/défiance menant à la résignation/violence : comment rétablir le vrai bien-être ?

Le progrès s’est arrêté, la croissance est en berne, crise financière et COVID obligent ! Les Etats sont décomposés au profit de fonctionnaires corrompus et surpayés qui se gavent sur la bête pendant que moult citoyens vivent l’état des serfs du Moyen-âge ! La méritocratie s’est effondrée sans justice : l’effort n’est plus la base du diplôme mais la classe sociale ! Les particularismes sont exacerbés mais où est donc le bon ordre civique qui devrait dominer ?

Des 30 glorieuses (1945-75) aux piteuses (75-05) aux nerveuses que nous traversons, nous assistons au désenchantement global, à une abstention galopante, à une vraie déconnexion populaire. On parle de démocratie participative mais l’a-t-on mise en place, sauf en Suisse ? Où est le référendum d’initiative citoyenne prônée par le Président Macron ? On clame la croissance au service du peuple et que fait-on des inégalités flagrantes qui nous minent ?

Retour d’un Etat vraiment stratège avec un plan à long-terme plutôt que de rester esclaves de nos résultats court-terme ? La France, parmi d’autres, est devenue une nourrice dont les prestations sociales sont record au monde. Serait-il temps de rétablir les grandes valeurs de ce pays que sont Liberté, Egalité, Fraternité, plutôt qu’une fausse souveraineté collective ? Le bonheur plutôt que la croissance tel le Bhoutan ? Bien commun, dignité, plaisir, l’avenir ?

Effort, solidarité, cohésion, du collectif à nouveau ! Saura-t-on les rétablir ? Benjamin croit à ce renouveau : civilité, langue, temps, tout doit contribuer à redonner du tonus au détriment de cette efficacité à outrance, cette compétition sans bornes et une rationalité débridée ! Peut-on imaginer une bascule de subventions sociales à tout va vers des investissements stratégiques ? Une Europe-puissance où la France rejoue son rôle militaire et diplomatique ?

De la critique à la fierté, du râle à la créativité, de la compétition à la coopération, peut-on rêver avec Benjamin d’un monde meilleur sur le plan stratégique ? Le Phénix peut-il renaître de ses cendres avec une souveraineté équilibrée entre nation et Europe ? Peut-on espérer une démocratie de grandes entreprises poussant la responsabilité et l’utilité ? Tout candidat politique dont les promesses sont supérieures aux sacrifices porte une grande déception! ©Martin de Waziers

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One Response to “Y croire encore, selon Benjamin Vendrand-Maillet (ed. Bouquins)”

  1. Yann Le Houelleur 13 décembre 2021 at 15:10 #

    Bien vu, cher Monsieur Vendrand-Maillet ! « La France, parmi d’autres, est devenue une nourrice dont les prestations sociales sont record au monde. » Il faut que j’achète votre livre, pour y croire encore, car en toute logique croire signifie être capable de patienter un certain temps avant de voir se concrétiser, peu à peu, les efforts entrepris pour redresser la barre. Mais lisant quelques extraits sur le Net, j’ai pu apprécier vos propos sur le sacrifice imposé à la jeunesse en temps de Covid afin de protéger les plus âgés. Nos aînés ont doit au plus grand respect mais on a oublié que la jeunesse, précisément, sera le grand âge de demain… En réalité, on sait aussi que l’abstention lors des élections est bien moindre parmi les générations anciennes. Et nos dirigeants n’oublient jamais ce qui subsiste d’électorat quand ils prennent des décisions.
    Juste un élément de réflexion : dans la cité où j’habite, constituée en grande partie d’immeubles à vocation sociale (on ne dit plus HLM, ça fait mauvais genre), je connais maintes familles qui vivent infiniment mieux de leurs prestations sociales que leurs voisins qui travaillent et qui n’arrivent pas vraiment à joindre les deux bouts. Certains vivent même d’autant mieux qu’en réalité ils bossent « au noir ». En France, désormais, il faut payer pour avoir le droit de travailler (tel un péage) et dès que l’on crée un business, il faut déjà raquer car l’Etat est à l’affût de miettes pour feindre de compenser son énorme déficit, désormais 120 % du PIB si je ne m’abuse.
    Pour moi, c’est clair : la France est encore riche, si riche qu’elle vaut la peine d’être pillée à tout point de vue. Tiens, récemment j’ai lu – mais où donc ? – qu’une aile du château de Versailles est à céder. Au lieu de valoriser notre capital, on le brade ! Mais un de vos constats m’intrigue et m’incommode un peu : « Une Europe-puissance où la France rejoue son rôle militaire et diplomatique ? » En réalité, la France se sert de l’Europe autant que l’Europe ne profite-t-elle, et c’est un jeu assez suicidaire puisque les Allemands sont soupçonnés de torpiller la puissance nucléaire française, eux qui se sont remis à polluer l’atmosphère avec des centrales à charbon alors que les écolos font partie de la nouvelle coalition au pouvoir à Berlin.
    Sans arrière-pensée raciste aucune, la France accueille beaucoup trop de monde et elle n’a plus les moyens de sa louable générosité. L’immigration est une chance quand elle ne conduit pas à improviser « une auberge espagnole ». Mais à mon humble avis, une grande partie du patronat se sert de ce levier pour baisser les coûts de production. C’est grave.
    Mais revenons à « la France toute puissante » : notre pays est le seul en Europe à posséder, sur tous les continents, des territoires dont certains regorgent de richesses et qui lui permettent de consolider sa force de frappe au cas où… L’exemple de la Nouvelle Calédonie est à cet égard instructif : si le corps électoral local n’avait pas voté en faveur du maintien de ce territoire dans le giron français, la Chine s’en serait peu à peu emparée. La France est un pays béni des dieux mais dont une technocratie avide de ses privilèges sabote toujours davantage les chances de retrouver une croissance vertueuse. Une technocratie protégée et couvée par une classe politique qui préfère les bons mots aux remèdes, parfois de cheval, censés soigner les maux.

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