Vers les différences, mon horizon élargi, ou les confidences d’un routard à l’ancienne


PAR SANTO CAPPON

A partir des années 60-70, je décide de prendre la route au sens large du terme, vers toutes ces « différences » qui meublent l’horizon démultiplié de notre planète. 

Le match est-ouest donne, à cette époque-là, toute la mesure du double enjeu qu’il incarne sur le terrain. D’un côté un libéralisme ascendant contrarié par la décolonisation du tiers-monde, mais à reculons. Et d’un autre, l’absolutisme des grands ensembles communistes et de leurs entités satellisées. Deux chiens de faïence qui jouent constamment au ping-pong avec leurs vérités propres assorties d’intimidations, visant à bétonner voire élargir leur leadership interne et à l’extérieur. L’ennemi ou le rival devenant un indispensable faire-valoir, en creux. Le mur renvoie une pelote de nervosité froide, faite d’arguments et de contre-arguments. Pour marquer de part et d’autre le territoire des idées et combler de prétendues déshérences, tout en se disputant les reprises en main. Je ne vous apprends rien, d’autant plus que l’époque actuelle n’est toujours pas guérie de ces vieux réflexes, de ces soubresauts toc-maniaques en perpétuelle recherche d’échos contraires étoffant et justifiant la confrontation. Ouverte ou sous-jacente. 

Autrement dit, la nature aurait-elle horreur d’un prétendu « vide moral » laissé par l’Autre ? Un tel concept manichéen m’a toujours agacé. Car Dame Nature s’accommoderait au mieux, nous le savons aujourd’hui, d’un périmètre déserté au propre comme au figuré par les prétentions idéologiques et les errances hégémoniques, d’où qu’elles viennent. Entre-temps, les « vides » à combler se laissaient et se laissent encore aspirer par le fond du puits de vérité où celle-ci nous attend. A un stade de macération qui, pour autant, la rend difficilement saisissable. Impossible à déchiffrer, à honorer d’une manière ou d’une autre. La Vérité serait-elle donc plurielle ? Tout sauf immuable ?

Mais revenons aux années 60-70. Sur le terrain, pour celui ou celle qui s’y aventure, ce phénomène complexe est perceptible, visible, parfois même au premier contact de la rue. D’autant plus que la bipolarité politique et dogmatique annoncée recoupe déjà, dans ces temps-là, celle des civilisations rivales ou antagonistes. Au demeurant, la carpe se marie volontiers au lapin, dès lors que l’une et l’autre peuvent partager ouvertement un ennemi commun ou la perspective d’une connivence productive. A titre d’exemple, ce que certains nomment aujourd’hui « islamo-gauchisme » trouve peut-être son origine sémantique et sa substance dans une improbable accointance jadis définie puis partagée. Celle des aspirations et revendications islamistes d’alors, face à un Occident également honni par les pouvoirs « socialistes » de l’après-guerre, en mal de consolidation, d’alliances et d’accomplissements.

Mais il n’y a pas que la politique vue d’en-haut avec ou sans recul. Sur ma route, une foule de particularismes fréquentés par le bas, les yeux dans les yeux, engendrent le plus souvent une curiosité partagée. Appréhendée à tâtons ou de plein fouet. Toujours au bénéfice d’une découverte de l’Autre. Au détriment des partis-pris et avec en prime, des vibrations positives ou négatives à saisir au vol.  

Rassurez-vous, je n’ai pas la prétention de refaire le monde, ni d’en détricoter  scientifiquement les évolutions politico-religieuses, sociologiques, psychologiques, philosophiques ou que sais-je encore. Mais tout simplement de témoigner au premier degré. De considérer au passage et en les effleurant, les bipolarités en présence. Parfois sans aucun message à faire passer ni aucune leçon à tirer. Guidé par mon seul instinct. En quête d’un hypothétique bon sens universel, détectable ici et là et flottant comme un voile d’espérance sur les phases de notre Terre. A la recherche de dénominateurs communs potentiellement rassembleurs, par essence et par définition.

Mais aussi et avant tout, dans le costard que je choisis souvent d’endosser : celui d’un routard à l’ancienne. Qui, les poches relativement vides, de préférence, le nez en l’air et le regard au contact, se voit confronté à des situations souvent cocasses, parfois clivantes voire même difficiles. 

Illustration: Horizon démultiplié, aquarelle de Santo Cappon.

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