Les gènes de la guerre


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Les frappes dites chirurgicales opérées en Yougoslavie et en Irak auraient-elles endormi l’opinion publique occidentale? La voilà qui, grâce à des médias pour une fois omniprésents, semble découvrir aujourd’hui ce que signifie le mot guerre. Une réalité où les morts se comptent par centaines, par milliers.

Lors des conflits qui se disputent en vase clos, hors du champ des caméras et de l’objectif, l’affrontement le plus violent passe pour un aimable échange d’incivilités. Durant la guerre d’Irak, les journalistes américains trop curieux risquaient la condamnation pour haute trahison. La suite n’est pas plus édifiante. Qui s’en est allé filmer la destruction de la Libye, du Soudan, du Yémen? L’absence d’images choquantes ne doit pas faire illusion: il n’y a jamais de guerre juste, il n’y a jamais de guerre propre. Toute guerre est une saleté qui génère son cortège d’horreurs. Voilà pourquoi il faut l’éviter à tout prix.

Quand elle survient en dépit de tout, la guerre se mâtine de propagande, c’est dans ses gènes. En Ukraine, les photos et récits faisant état de cadavres de civils criblés de balles provoquent une juste indignation. Sans attendre le résultat d’une enquête indépendante, on pointe le doigt vers le coupable: le président russe, accusé de crimes de guerre. «Qu’on le défère devant un tribunal international!». Plus vite dit que fait: la Russie est la première puissance nucléaire, Poutine n’est pas Ben Laden!

Comme ne l’était pas Lindon B. Johnson, pour ne citer que lui. Ce président américain portait une responsabilité à tout le moins morale dans le massacre des villageois de My Lai, au Vietnam. En 1968, des centaines de femmes, vieillards et d’enfants, fauchés par des mitrailleuses, jetés dans des puits. Des viols en série. Deux ans plus tard, un officier paya les pots cassés mais nul ne songea à inculper le commandant en chef de l’armée responsable du massacre, le président d’une nation en guerre contre une autre.

Une guerre à l’issue de laquelle les Vietcongs eurent le bon goût de ne pas invoquer le génocide. Banaliser le mot, c’est offenser l’humanité, tant il y a de crimes commis contre elle et son alter ego, Dame Nature. Flore et faune, endeuillées comme jamais en ce début d’année, en Thaïlande, au Pérou, au Nigéria, marées noires provoquées par des pétroliers. Impardonnable, à l’heure où les experts du climat prédisent une apocalypse prochaine. Ceux qui affrètent des rafiots rouillés, destinés à s’empaler sur le premier récif, d’où ils vomiront leur cargaison d’huile noire mortelle, ne sont rien d’autre que des criminels. La Cour pénale internationale, c’est aussi pour eux.

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2 Responses to “Les gènes de la guerre”

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    Santo Cappon 7 avril 2022 at 10:32 #

    J’ai bien apprécié votre nouvel éditorial  » les gènes de la guerre « . Il est équilibré. Il prend une distance utile face à l’actualité surmédiatisée qui submerge notre quotidien. Oui, d’autres guerres en d’autres lieux, parfois en d’autres temps, se sont heurtées à l’indifférence de l’Occident. Oui, les guerres tuent les civils. Oui, toutes les guerres sont criminelles par essence. Oui, chaque soldat en uniforme est un serial killer en puissance. On parle de *criminels de guerre* afin d’exonérer les autres soldats qui se battent soi-disant en tout bien tout honneur : quelle hypocrisie !

    Sauf qu’ici et de surcroît, nous sommes en Europe, où l’on assiste à un match systémique global : Nationalismes autoritaires et populistes vs démocraties pluralistes. Or les dictatures s’imposent progressivement sur la planète, ringardisant au passage les démocraties. Et l’on découvre avec effroi que l’Europe n’est pas à l’abri d’un phénomène qui fait tache d’huile: en Hongrie, un Orban brillamment réélu a toutes les raisons de réaffirmer son amitié pour un Poutine dont la propagande interne conforte de jour en jour le pouvoir absolu. Les nationalismes purs et durs flattent l’orgueil primaire des peuples et font des petits urbi et orbi.

    L’OTAN (précédemment en mort cérébrale, comme disait Macron) est un faux prétexte, un épouvantail illusoire et bien opportun, propre à justifier les levées de boucliers, à faire claquer au vent les drapeaux et à titiller les morts-vivants de la défunte Union soviétique etc. La bêtise humaine redevient franchement bipolaire.

  2. Christian Campiche 12 avril 2022 at 10:49 #

    Qui a tort qui a raison? L’analyse de l’ancien juge fédéral Thomas Fischer dans infosperber.
    https://www.infosperber.ch/politik/russlands-krieg-immer-schon-hatten-sie-recht-die-uns-warnten/

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