Par le petit bout de la lorgnette – Marlène Dietrich, avril 1942, clin d’œil «de la Belle à la Bête»


PAR SANTO CAPPON

Installés depuis toujours au chemin des Clos à Plan-les-Ouates, canton de Genève, Véronique et son charcutier de mari Joseph Simon sont les parents de Michel. Le 27 décembre 1941, ils adressent à leur célèbre fils une carte postale affectueuse.  Ce dernier loge pour l’heure à la Pensione Frey de Rome (document inédit © Santo Cappon).

Il faut dire que la proche année 1942, comme celles qui ont précédé, menace l’horizon encore et toujours, avec les lourdes incertitudes et les vœux pieux qui peuvent enrober ces temps à venir.

Michel Simon est installé à Rome depuis 1940. Pour notamment participer au tournage du film Tosca, dans la peau du baron Scarpia. Jean Renoir en a assumé la réalisation durant les premiers jours, jusqu’à ce que l’Italie entrât en guerre (1940). C’est Carl Koch qui reprit l’affaire en main afin de poursuivre et terminer le travail. Ce film est sorti en 1941.

Voici le texte de ladite carte postale (avec ses fautes d’orthographe) :

Cher fils,  Que 1942 soit pour toi santé et bonheur et que tes désirs se réalise et que Dieu te protège. Nous espérons toujours que tu viendra reçois cher fils avec nos meilleurs vœux mille baisers tes Parents qui t’aime tendrement

V. Jh Simon  (ndlr Véronique. Joseph)

Afin d’exaucer le souhait de ses parents, Michel Simon rallie en 1942 ce Plan-les-Ouates de la prime jeunesse. Il va par conséquent s’y trouver au mois d’avril, si riche en célébrations : le 5, jour de Pâques, et le 11, son propre anniversaire. Né en 1895, il est alors âgé de 47 ans. 

C’est dans cette foulée qu’il y reçoit une carte postale rédigée le 11 avril 1942 à Lugano, mais postée depuis Bâle le 13. En qualité de « Cher Ami » lui sont balancées des « Salutations Cordiales », au domicile de ses parents chemin du Clos à Plan-les-Ouates, canton de Genève.  

Le devant de cette carte illustrée très kitch nous montre le Nino Bar, une « Locanda ticinese » où des musiciens jouent leur musique, juchés sur une charrette. Ce document inédit écrit par une certaine « Carmina », est cosigné en toutes lettres par Marlène Dietrich (document © Santo Cappon). A noter qu’il est très rare de trouver un autographe de Marlène Dietrich sous cette forme-là, sa signature revêtant habituellement une forme plus lapidaire, plus « enlevée ».

Ce clin d’œil « de la Belle à la Bête » ne donne aucune indication sur le contexte et les liens que pouvaient en ce temps-là entretenir les deux monstres sacrés, alors que la guerre faisait rage partout en Europe et dans le monde. Dietrich et Simon n’ont jamais tourné ensemble. Marlène vivait séparée de Jean Gabin depuis le début de cette année 1942, avec l’intention d’aller s’engager auprès des troupes américaines du Pacifique, afin de leur remonter le moral. 

Autrement dit voici en pointillés un momentum croisé, celui de deux vies dispersées. Moment éloigné des feux de la rampe, aussi furtif qu’il en existe parfois dans le ciel, lorsque les astres s’alignent en silence et à l’insu du plus grand nombre.  

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