La victoire en trompe-l’œil d’Emmanuel Macron


PAR YANN LE HOUELLEUR, à Paris, texte et photos

La réélection d’Emmanuel Macron (moins de 60 % des suffrages exprimés) ne faisait aucun doute. Par la volonté du peuple, celui qui demeure le plus jeune président de la République est reconduit dans ses fonctions. Serait-ce une victoire en trompe-l’œil, alors que le taux d’abstention n’a jamais été aussi élevé?

De nature sociale et générationnelle, les fractures françaises sont plus abyssales que jamais. Marine Le Pen, en nette progression par rapport à 2022, arrive en tête, par contre, dans plusieurs strates de la population : en premier lieu, les jeunes générations et « la France profonde ». Hormis le cœur des grandes villes bénéficiant des bienfaits de la mondialisation, hormis les baby boomers percevant en majorité de retraites encore confortables,  la France est pétrie d’une sourde angoisse nourrie par un sentiment généralisé de précarisation ainsi que par l’incessante montée de l’insécurité qu’ont révélée de nombreux essais publiés dans le sillage de «la France Orange Mécanique », un saisissant best seller signé Laurent Obertone.

Dans son discours dimanche soir face au Champ de Mars, Emmanuel Macron a lui-même relativisé sa victoire, promettant de gouverner pour tous les Français et laissant entrevoir de « nouvelles solutions » permettant de repriser une France en lambeaux. Après tout, n’est-il pas le président le plus mal élu de la Vème République ? De surcroît, celui que le plus bavard des philosophes, Michel Onfray, gratifie du surnom de « Foutriquet » s’impose comme le président le plus détesté à la suite d’un premier mandat où il a commis bien des impairs, à commencer par la répression contre les Gilets jaunes et par les souffrances qu’ont générées des mesures sanitaires excessives (l’imposition d’un passe sanitaire qui a laissé sur le carreau des milliers de soignants hostiles à la vaccination anti-Covid). Le peu de compassion que l’ex banquier d’affaires a témoignée à l’égard de son peuple lui a valu une volée de bois vert, tout au long de son premier quinquennat, dans les éditoriaux de maints journaux, sur les plateaux de certaines chaînes de télévision (à commencer par CNews) et dans de nombreux ouvrages.

Pour beaucoup, Emmanuel Macron s’impose comme le renard de la mondialisation dans le poulailler d’un pays dont l’un des symboles est… le coq ! Pendant le débat télévisé qui l’a opposé à Marine le Pen, ont fait observer plusieurs journalistes, il n’a pas daigné prononcer le mot « France ». Face à une adversaire qui s’est une fois de plus encoublée dans des chiffres qu’elle maîtrise si mal plutôt que de souligner clairement « sa » vision singulière de l’Hexagone, l’énarque réputé si brillant (« Le Mozart de la Finance) a adopté le même ton condescendant, arrogant et narquois de toujours. Ses yeux, d’un bleu tantôt perçant tantôt trouble, se retenaient de fondre sur une proie fanée, aux traits épaissis par les années, trop soucieuse de commettre de coupables gaffes. «Ni Le Pen, ni Marine » avait titré, le matin même, le Canard Enchaîné. « Le journal satirique paraissant le mercredi » était plus déchaîné que jamais contre la candidate du Rassemblement national. Ce volatile aux ailes badigeonnées de vitriol, dont maints articles émanent de taupes nichées dans les différentes administrations, faisait écho aux cris scandés par les étudiants de la Sorbonne : « Ni Macron ni le Pen ». En réalité, les universités françaises, plumées par les coupes budgétaires mais très « encrées » à gauche, s’étaient montrées bien plus nuancées que la classe artistique et les cercles sportifs. Des dizaines de comédiens, auteurs et autres belles plumes, ainsi qu’un bataillon de footballeurs et d’athlètes avaient incité le peuple, dans une série de « tribunes » reprises allègrement par les médias, à faire barrage contre Marine, s’inspirant ainsi de l’éloquent et hargneux Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de l’Union populaire, que Mme Le Pen avait devancé de très peu, avait les plus grandes chances de ravir à son ennemie jurée  la seconde place, ce que les observateurs appelaient « l’effet vote caché ».

Il n’en reste pas moins que le monde artistique et sportif aurait pu s’abstenir de faire monter la haine anti-le Pen d’un cran pour laisser le bon peuple choisir son destin en toute liberté. Certains parmi eux se sont mêmes ridiculisés en affirmant qu’ils referaient leur vie, loin de leur patrie chérie, au cas où « l’extrême droite » l’emporterait. Bon nombre de ces donneurs de leçons, faut-il le rappeler, ont sollicité les compétences de banquiers aussi chevronnés qu’Emmanuel Macron pour optimiser leurs si hauts revenus et ils n’ont pas attendu l’hypothétique « marée brune » pour résider à l’étranger. Défiscalisation et mondialisation font bon ménage. Peu après sa première élection, le chef de l’Etat avait eu l’impudence de déclarer qu’il suffisait aux chômeurs de traverser la rue pour trouver du boulot. Ces célébrités dont les « agents » remplissent tout à la fois salles, gradins, balcons et tribunes n’ont quant à eux qu’à traverser l’océan pour redorer le blason d’une France ternie par l’avancée de la précarisation et par le redoublement des violences urbaines.

Car la France que s’apprête à administrer M. Macron au long d’un quinquennat incertain est une cocotte minute prête à exploser à tout moment. Il y règne une atmosphère de résignation et de mélancolie comme jamais ce grand pays n’en a connue. La peur aussi gangrène les cœurs et pendant toute la campagne électorale ont circulé, sur les réseaux sociaux, des images venues de Rome et de Grèce où des files interminables de nécessiteux se forment à l’entrée d’œuvres distribuant des vivres. Lors d’une émission diffusée par Sud Radio, une intervenante a failli faire fondre en pleurs les auditeurs en expliquant qu’elle avait remué ciel et terre avec sa fille, dans l’appartement familial, pour trouver des pièces de monnaie afin d’acheter une baguette de pain.

Marine Le Pen, dont le parti est par ailleurs fort désargenté, n’a pas réussi à rendre à Emmanuel Macron la monnaie de sa pièce. Mais les élections législatives approchent à grands pas. Et pour desserrer la mâchoire de la France en Marche, la formation politique créée par Emmanuel Macron à la veille de sa première élection en 2017, il faudra que les candidats courent après les électeurs pour étoffer les rangs d’une opposition sensée s’émousser après la défaite qu’ont subie, au premier tour, le Parti socialiste et Les Républicains. (Sur les 101 députés LR sortants, seulement une trentaine pourraient sauver leur peau lors des législatives.) Or, le talon d’Achille de la Vème République est précisément le manque de musculature des institutions censées établir un réel contre pouvoir…

Yann Le Houelleur, artiste-auteur, habite dans la proche banlieue parisienne.

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2 Responses to “La victoire en trompe-l’œil d’Emmanuel Macron”

  1. Christian Lecerf 24 avril 2022 at 23:34 #

    Dans un pays normal, la perdante aurait félicité le vainqueur en lui souhaitant plein succès et en espérant qu’une partie des aspirations de son électorat seront prises en compte. Mais la France n’est pas un pays normal, et la perdante se croit obligée d’étaler son amertume et sa rancœur en promettant des heures sombres et des lendemains qui déchantent…
    Déjà, de (très) petits groupes d’excités on manifesté ce dimanche soir dans plusieurs villes contre ce qu’ils considèrent comme une arnaque du style « élections-piège à cons ».
    Bref, la France éternelle, la France comme on l’aime et qui ne changera pas.

  2. Lionel de Pontbriand 25 avril 2022 at 07:51 #

    Quel horreur, cet imposteur qui se prend pour un chef de guerre contre la Russie telle une marionnette après avoir dilapidé l’argent public au profit de consultants américains, faisant entrer la CIA à l’Elysée. Un vrai scandale d’Etat!
    La priorité, c’est la lutte contre l’immigration clandestine, le communautarisme, l’islamisation, le séparatisme, la colonisation de la France. Le rassemblement national aurait certainement accordé la préférence nationale, pilotant la France avec le peuple souverain par référendum participatif comme en Suisse avec des initiatives populaires qui représentent la vraie démocratie! Macron est un pantin, un fanfaron, un idéologue mondialiste qui a ridiculisé la France. Il n’a connu que des revers politiques économiques: sous-marins pour l’Australie, Ukraine et Russie, non-respect des accords de Minsk, OTAN, intégration et soumission aux USA qui divisent et manipulent l’Europe pour vendre leurs armes. Il a perdu toute crédibilité en Afrique. La disparition de 100’000 exploitations agricoles à cause de la PAC, des accords de libre-échange avec le Canada, la vente de terres agricoles céréalières aux étrangers ont effacé l’excédent alimentaire de la France. Macron est incapable de diriger la France, il a dû faire appel à des cabinets de consultants américains au risque de transmettre des secrets d’état à la CIA. Ce n’est pas le RN ou la vraie droite qui ont endetté la France dont la balance commerciale est aussi déficitaire! C’est le résultat désastreux de la politique des dirigeants actuels reconvertis en faux démocrates. PS et PR ensemble vont pouvoir continuer le sabordage jusqu’à la faillite et la guerre civile. Le bilan de Macron est misérable et désastreux. Bonne chance pour la France!

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