«Ras le bol» face à cette débauche de vulgarité!


PAR YANN LE HOUELLEUR, en banlieue parisienne

Peu à peu, sournoisement, associée au règne de la désinvolture, elle corrompt nos mœurs: la vulgarité.

Jadis, pour faire valoir leur autorité, nos dirigeants avaient recours aux idées. Ils savaient projeter la société dans un avenir plus radieux, même si leurs promesses n’étaient pas dénuées d’intentions contestables. Désormais, ils s’invectivent, la langue venimeuse, avec un tombereau de grossièretés. Même notre « Jupiter » nous a laissés c… à terre ( !) en s’écriant, en plein cœur d’une polémique retentissante sur le pass sanitaire : « J’ai très envie d’emmerder les non vaccinés(…) ». Le verbe « emmerder » s’était certes glissé depuis longtemps dans le langage courant mais émanant d’un président de la République il s’avère plus que jamais choquant.

De nos élites, on s’attend à ce qu’elles soient exemplaires jusqu’au choix même de leur mots et cet orfèvre de la transgression qu’est Macron n’a fait, ainsi, que désacraliser davantage encore sa fonction, plusieurs années après que l’impulsif Nicolas Sarkozy se soit écrié, lors d’une visite dans une cité : « Vous en avez  assez de cette bande de racailles ? On va vous en débarrasser ! »

Récemment, le député François Ruffin, l’un des lieutenants de Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des Insoumis a fait très fort lui aussi. Il a traité de « bâtard » Emmanuel Macron.

Peu à peu, donc, la République s’enfonce dans le manque de correction et de raffinement oratoire.

Relâchement, laxisme – Quand nos élites n’ont plus le souci de se comporter vertueusement, quand elles sont soupçonnées d’être le relais des diktats imposés par la nébuleuse du grand patronat inféodé au Sommet de Davos, c’est alors la preuve que la société se délite et que ses élus cautionnent l’effondrement de l’école tout comme de la culture.

En banlieue, là où les citoyens considèrent les rues, les pelouses, les friches comme des poubelles à ciel ouvert.
Photo ©2022 Yann Le Houelleur

Des années de relâchement, de déjections idéologiques sous prétexte d’anéantir les tabous, nous ont condamnés à tout accepter, au risque de passer pour des « réacs ». Cela commence – souvent chez les adolescents –  par des chaussures posées contre les banquettes d’en face dans les train de banlieue. Mais il y a aussi cette pandémie du j’men-foutisme : des citoyens déversent les ordures au pied de leur immeuble. Le summum de l’ingratitude puisqu’en France il existe des aides de l’Etat pour aider les ménages à acquitter leur loyer. (Ainsi ces pollueurs au quotidien remercient-ils l’Etat…).

A Gennevilliers, ville en banlieue où l’auteur de cet article habite, ces incivilités ont pris une ampleur telle que des citoyens ont créé un groupe sur facebook dénonçant, photos à l’appui, les agissements de citoyens considérant les rues, les pelouses, les friches comme des poubelles à ciel ouvert. La municipalité en a fait l’un des fers de lance de sa politique en faveur de la cohésion sociale.

Guerre des egos – Il faut bien admettre qu’un mélange de tolérance et de laxisme gagnent insidieusement du terrain, au nom d’une notion dévoyée de la liberté. Ces « nouveaux concepts » se prolongent et se ramifient dans tous les domaines de la vie. Réseaux sociaux et moyens de communication en sont les vecteurs privilégiés. « On » est sidéré par la violence des joutes verbales qui s’emparent des plateaux télé où la guerre des egos fait le buzz, à tel point que des animateurs tels que Cyril Hanouna (son émission « Touche pas à mon Poste » fait un tabac) s’improvisent en recteurs d’un collège en furie : ils distribuent bons et mauvais points, expulsant hors les studios les champions de l’outrage.

Dans une société hyper connectée, hyper réactive, où presque plus personne ne s’autorise une bouffée de calme il faut à tout prix avoir le dernier mot, et pas forcément le bon mot. Débrancher sa télé, c’est se risquer à ne plus exister. Mais personnellement, je connais beaucoup de personnes, certains appartenant à la jeune génération, qui, excédées par semblable licence, (sur)vivent sans la présence d’un petit écran entre leurs quatre murs. Ils font l’impasse sur l’internet et au besoin ils bannissent le recours à un portable!

Ceux qui aspirent à se distinguer n’ont d’autre issue, pour s’extraire d’une mêlée trop volubile, que d’en rajouter dans l’exacerbation de la provocation.

Dans un monde où plus rien ne choque, où tant de mauvais esprits cupides « partouzent » dans  une contrefaçon générale (piller les idées des autres à volonté), on en est réduit à se réfugier dans l’indifférence ou enclin à choisir une autre voie. La poésie, l’attention portée à l’environnement, le respect d’autrui, la bienveillance (même s’il ne faut pas céder à la naïveté)… Quelle que soit sa position dans la société, l’homme de bien est celui qui se soucie d’élever le niveau général, qui partage des valeurs positives, qui n’enfonce pas son prochain systématiquement, et qui rejoint les étoiles, certain d’avoir laissé en héritage de saines convictions et de fructueux combats.

Gennevilliers, Quartier des Agnettes, printemps 2022. Dessin Yann Le Houelleur.

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2 Responses to “«Ras le bol» face à cette débauche de vulgarité!”

  1. Pierre-Henri Heizmann 13 juin 2022 at 11:32 #

    Votre courroux est poétique et cela fait du bien!

  2. Pierre Santschi 15 juin 2022 at 09:24 #

    « Ras le bol », écrivez-vous (à moins que ce ne soit le titreur). Cette expression d’une haute tenue est-elle un sourire ou un lapsus? Est-ce que « Foin de », ou « Fatigué par » ne serait pas moins vulgaire?
    Certes on connaît l’ignorance cultivée par l’État à propos de ce qu’est un vrai vaccin, dont témoigne le prostitué des banques (et/ou le maqueron à leur botte) qui squatte* le palais de l’Elysée. En fait, pour mieux habiller son racisme foncier envers ceux qui ne partagent pas ses « idées », il aurait pu s’exprimer plus élégamment, en disant par exemple: « je veux couvrir de défécations les gens qui sont moins soumis que je ne leur dis d’être, aux approximations bienveillantes des entreprises médica_menteuses ».
    Faut-il préférer le langage châtié de la « merde dans un bas de soie » personnifiée par Talleyrand (selon Napoléon 1er), ou une description fidèle et même crue (et devenant crue – joie de l’ambiguïté homonymique – parce que crédible) qui a l’avantage de ne pas excuser les abjections qu’elles recouvrent?
    Solution (comme toujours momentanée): à côté de textes considérés comme grossiers ou vulgaires, pourquoi ne pas leur juxtaposer leur traduction en langage diplomatique?… Cela aurait en plus l’avantage de montrer jusqu’à quel point l’hypocrisie peut être inhérente au « diplomate » ou au « policé » (terme oh! combien évocateur d’une mentalité policière).
    Je me réjouis de voir traduite par M. Le Houelleur la partie de mon texte ci-dessus qu’il aura jugée comme verbalement grossière…

    * Le sieur (ou Monsieur) Macron « squatte », en effet, car démocratiquement parlant, au sens étymologique de « démocratique », la légitimité du personnage est plus que discutable, vu que n’ont voté pour lui que 18.8 millions de ses 67.8 millions d' »administrés »( ~28%).

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