Par le petit bout de la lorgnette – Venise, du rêve éveillé à son reflet fantasmé


PAR SANTO CAPPON

Où peut mener le dialogue pictural entre ma « nouvelle illustration vénitienne » et un dessinateur de talent, Daniel Compan ? Une de mes aquarelles (image de Une) servira ici de terrain expérimental : est mis en scène le Rio et le Ponte Sant’Andrea dans Canareggio, plus septentrional des six «sestieri» de Venise. 

L’élan graphique du plasticien que j’ai sollicité, prend appui sur la vibration d’un espace auquel mon travail a tenté de donner vie. L’objectif de mon interlocuteur étant d’en saisir l’esprit, tout en libérant le potentiel de ses propres fantasmes … 

Ces deux manières de percevoir et de faire se veulent complémentaires. Pour révéler ce que la présentation d’un sujet peut suggérer à la suite, en matière de saillies oniriques au goût du fantastique. Pour confirmer ce qu’aucune carte postale ne saurait laisser entrevoir : l’héritage sous-jacent et les délires en embuscade que transpire Venise. 

Le présent dessin de Compan (parmi d’autres) offre un foisonnement, voire un enchevêtrement de références surréalistes, dans le prolongement de ma vision personnelle. Le dessinateur se donne une latitude, celle de divaguer. A la fois dans une proximité formelle, mais aussi dans la banlieue improbable de mes propres intuitions. Une telle complicité se révèle parlante tout en demeurant implicite quant au sens de ses débordements. En proposition, une interprétation dédoublée. Marquée par un écho vibrionnant. Une variation imprévisible installée au cœur du dialogue pictural, qui confère tout son intérêt à notre démarche conjointe. En capacité de surprendre. Compan s’imprègne des attributs cryptés propres à l’âme vénitienne, captés au détour de mon aquarelle.

Une caractéristique s’exprime dans le cadre répété de notre dialogue : une apesanteur croissante, que l’on perçoit d’une extrapolation à l’autre. On voit ici, notamment, s’avancer quelque gondole volante arborant à sa proue une tête de bélier. Alors qu’entre deux eaux sur un autre dessin, à titre d’exemple, une brochette de musiciens en lévitation divague tout en douceur …

On est amené à supposer que l’incontournable carnaval est inévitablement sous-jacent. Avec les fantômes d’un passé baroque qui résonne encore au son de quelques cordes pincées. L’humour et le cabotinage posthumes sont aussi au rendez-vous : les yeux tournés vers l’intérieur, notre dessinateur peut en effet prolonger l’invisible qu’il ressuscite, bien au-delà du réel dans le prolongement de mon propre regard.

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