Ukraine et précarité en Europe, les coupables ne sont pas forcément ceux qu’«on» nous fait croire…


PAR YANN LE HOUELLEUR, Paris

C’est toujours à l’automne, en principe, que nous réalisons à quel point le manège de la ronde des saisons tourne si vite. Du jour au lendemain, ou presque, les rigueurs de Vie et de la Mort se rappellent à nous. Quand sévit le froid, tranchant, les plus précaires se sentent plus que jamais mis au ban de la société. Tandis que les « individus conventionnels » s’émerveillent, à juste titre, devant la flamboyance des arbres d’autant plus épatante qu’éphémère, tous les laissés pour compte se posent LA question : comment vont-ils survivre ? Et comme par hasard, c’est vers la seconde moitié de l’automne, quand les bourrasques de vent déshabillent à la hâte les arbres, que tombent de navrantes voire cruelles statistiques. A l’issue d’une étude effectuée dans six pays, le Secours catholique est parvenu à cette conclusion édifiante : un Européen sur quatre se débat dans la précarité. Autrement dit, des millions de foyers, sur le continent présumé le plus riche au monde (me tromperais-je ?) entament le mois sans même savoir comment ils se débrouilleront jusqu’au mois suivant.

ECRANS PUBLICITAIRES – Bien entendu, les médias, si prompts à s’apitoyer sur le sort de « n’importe qui et de tous le monde » pour faire de l’audience (ce qu’on pourrait qualifier « de sensationnalisme déguisé en empathie ») s’évertuent à nous présenter des inconnus censés inspirer la compassion. Telle cette étudiante, en France, qui pleurait devant les caméras de la toute puissante chaîne d’infos en continu BFM-TV en racontant qu’elle disposait de cent euros seulement par mois. Or, plus il y a d’audience et plus il y a d’écrans publicitaires. Et au fil des années écoulées, la forme la plus débridée du capitalisme, celui qui consiste notamment à délocaliser les industries « à tout prix », a infesté nos existences avec des obligations de type consumériste incontournables. Nous nous sommes vus contraints de réduire la part de nos dépenses alimentaires dans nos budgets respectifs. Il s’agissait de privilégier des achats d’un certain point de vue futiles et relevant parfois même du caprice. Les publicitaires nous apprennent à nous ruiner pour telle ou telle marque de vêtement, enseigne de magasin, génération de voiture… L’obsession de la technologie et du confort, sortes d’automnes mentaux, ont contraint peu à peu les ménages à inclure dans des revenus stagnants (aujourd’hui rognés par l’inflation) des coûts tels que ceux de la téléphonie mobile, des abonnements à des bouquets cinéma et séries quand ce ne sont pas les jeux vidéo, mais aussi des assurances en tout genre, des souscriptions à des addictions, y compris la consommation de compléments alimentaires. A cela s’ajoute, mais cette fois-ci sur « le marché noir » toute une gamme de stupéfiants destinés à provoquer des excitations artificielles dans un monde qui ne sait plus rêver de manière naturelle.

CHANDELLES ET GRAND FROID – Et c’est BFM-TV (toujours elle !) qui a prolongé cette réflexion sur le triste état du monde et de l’Europe par la diffusion d’un reportage attristant : des millions d’Ukrainiens ont recours à des chandelles sitôt la nuit tombée et ils sont condamnés à grelotter de froid faute de chauffage à cause de frappes russes qui ont réduit à néant leur production d’électricité. Comment ne pas éprouver de l’empathie et de la compassion à l’égard de nos voisins ukrainiens auxquels les Russes s’en prennent avec une telle rage et cruauté? Mais comment, aussi, ne pas insister sur la manipulation dans laquelle nous ont entraînés, depuis le printemps dernier, les « merdias » mainstream ? Si les Ukrainiens souffrent le martyre, c’est autant par la faute de Vladimir Poutine que des Américains et de leurs alliés européens. Les USA et leurs « larbins » ont voulu profiter de ce pays parmi les plus pauvres de l’Europe pour toutes sortes de raisons, entre autres un terrain tout trouvé pour expérimenter de nouvelles armes hautement « performantes » et pour créer des tensions sur les marchés. Car cette dévorante inflation dont les consommateurs en Europe mais aussi aux USA et partout ailleurs font les frais… en réalité font le bonheur des spéculateurs. Pas plus tard que samedi soir, un ami de 28 ans, salarié d’une multinationale de l’assurance, me racontait : « La déstabilisation des plus pauvres contribue à enrichir les plus voraces des vautours. »

LE TYRAN ET LE HEROS – Cette guerre interminable sur le front ukrainien rompt avec le rêve teinté de naïveté d’un futur dépourvu de tout conflit armé sur le vieux continent. Et malgré tout ce qu’ont pu dire les « pousse à la guerre », c’est qu’un tel conflit était sans doute évitable. D’une part, les accords de Minsk n’ont pas été respectés ; d’autre part tous nos hauts dirigeants savaient fort bien, pour avoir négocié avec Poutine lors de multiples réunions (y compris en le château de Versailles !) qu’humilier la Russie, un pays désireux de renouer avec sa grandeur ternie, c’était prendre le risque, entre autres périls, de rendre le « nouveau tsar » Poutine incontrôlable. Désireux de prouver à leurs peuples qu’ils étaient du côté de la Raison, nombre de nos chefs d’Etat et ministres, en Europe de l’Ouest, ont une part énorme de responsabilité dans la durée et de la férocité des combats en Ukraine. Ils ont voulu donner de Poutine l’image d’un tyran affamé de sang, d’un réactionnaire moralisateur, d’un faiseur de désordres mondiaux mais aussi, pire encore, d’un septuagénaire gaga atteint de maladies incurables. Comparé à Poutine, l’ex-clown Volodymyr Zelensky émergeait tel un habile chef d’Etat valeureux, un héros dénué de tout péché et prenant la défense des intérêts européens tout autant que de son peuple, un peuple dont les qualités de courage et de résilience, il est vrai, sont indéniables autant qu’admirables.

LES FRASQUES HUNTER BIDEN Les premiers à avoir massacré des innocents, parmi les Ukrainiens, ce sont sans doute ces médias mainstream qui sautent sur la première occasion, le premier champ de mine pour récolter une mine de publicité à grands coups de reportages entachés de sensationnalisme. Les lâches ! Et c’est maintenant seulement que ces mêmes médias commencent à évoquer la sénilité de Joe Biden et les frasques de son fils Hunter dont l’ordinateur portable décortiqué par un technicien dans son officine aux USA a révélé les manigances, la malhonnêteté et la supposée démence. (L’investisseur et affairiste Hunter, très libertin et même amateur d’orgies, est allé jusqu’à devenir accro au crack !)

La famille Biden connaissait fort bien l’Ukraine, un pays hélas encore très profondément gangréné par la corruption et elle y faisait de fructueuses affaires bien avant que cet Etat ne soit constamment sous les projecteurs de l’actualité. En attendant un hypothétique cessez le feu, très illusoire, et alors que Poutine fraie, il est vrai, avec des « alliés » fort dangereux (l’Iran et la Turquie), les Ukrainiens s’apprêtent à endurer un hiver des plus rigoureux tandis que Joe Biden se voit condamné à subir une retentissante défaite lors des « midterms », le 8 novembre 2022.

Et nous constatons que certains « grands » médias, comme saisis par les repentirs, font preuve d’un peu plus de clairvoyance et d’objectivité en nous soufflant à l’oreille que… si Donald Trump avait été réélu il y a deux ans, la guerre entre Russes et Ukrainiens qui a fait couler tant de sang n’aurait peut-être pas eu lieu, tout au moins dans de telles proportions.

L’auteur est dessinateur de rue et concepteur du journal numérique « Franc-Parler ».

Photo 2022 YLH

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