Match et concert


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Qu’il est bon, en des temps où les bruits de bottes monopolisent l’actualité, d’écouter les archanges chanter! Ce fut le cas, dimanche, dans le cadre médiéval du Temple de Lutry, où se sont posées, débarquées en car de la lointaine Hongrie, les choristes de Cantemus. Une quarantaine de très jeunes femmes qui ont rendu hommage au temps de l’Avent en interprétant, sous la direction magistrale de Dénes Szabò, des Ave Maria ou Salve Regina de Camille Saint-Saens, Giulio Caccini, Miklòs Kocsár et autres Zoltán Kodály. La Paix a ses ambassadrices.

Le concert a eu lieu pendant la finale du tournoi de football au Qatar et pourtant le temple était plein. Comme quoi un spectacle musical organisé dans un contexte local, quand il offre la qualité, parvient à concurrencer la plus grande des scènes, artificiellement installée à grands coups de matraquages publicitaires et médiatiques. Et l’on ne peut que s’en réjouir car la musique adoucit les moeurs.

Ce qui amène à se poser, par association d’idées, cette question existentielle: le sport est-il aussi un ambassadeur de la Paix? Rien n’est moins sûr. Les guerriers du ballon rond qui se sont mesurés pendant trois semaines sous le soleil d’un émirat du Golfe persique avaient pour mission d’en découdre sous la bannière du nationalisme. Coups de coude sous la ceinture, crocs en jambe, gestes offensants adressés aux supporters de l’équipe adverse, l’expression offensive du combattant ne s’embarrasse pas de scrupules. Celle des spectateurs non plus. On ne parle pas ici des milliers de potiches recrutées par le très riche pays organisateur en Inde ou au Liban pour remplir les gradins, mais des VIP. Il fallait voir Macron encourageant l’équipe de France lors du match contre l’Argentine. Bras en l’air, se trémoussant et mimant un chef de guerre en manches de chemise, le président français n’a pas restitué sa dignité à une fonction qui exige de la contenance et du sang-froid.

Pour quel résultat en l’occurrence? Défaite, la France ne fait que subir le destin de toutes les équipes participantes, en dehors du gagnant du dernier match, bien sûr. Mirage du Mondial! On part la fleur au fusil et l’on revient la queue entre les jambes. Qui se souvient encore des vaincus des finales antérieures à celle de Doha? Tous avaient rêvé de la consécration suprême. Tous ont fini gisant sur le terrain, terrassés par leurs larmes, abasourdis comme les peuples dont ils incarnaient l’espoir. Musique!

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2 Responses to “Match et concert”

  1. Heizmann 20 décembre 2022 at 16:05 #

    Quel bel éditorial de Paix et d’Espoir en cette antépénultième veille de l’Avent!!!

  2. Avatar photo
    Pierre Santschi 23 décembre 2022 at 09:44 #

    Le monde n’est pas simple: s’il n’y avait pas d’autruches et de moutons chauvinisés par les manipulations politiciennes et gouvernementeuses, il n’y aurait pas non plus de gens lucides qui écoutent la musique et/ou pratiquent un art. Parmi ces arts, la description, en termes souvent non élégants, de la vérité des comportements des drogués des oripeaux du pouvoir et de son instrument qu’est le « sport » dit de haut niveau et ses corollaires: fric et boursouflure d’ego.
    Alors, en heptasyllabes conçus dans le labo du Beau:

    Lao Tseu l’a déjà dit :
    «Oui ! les mots de vérité
    Manquent souvent d’élégance !
    Le très élégamment dit
    Est rarement vérité !»
    Lors souffrons l’inélégance!…

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