Messi n’a pas encore son Église, Maradona si!


PAR NADINE CRAUSAZ

Ok, OK, Leo est devenu le nouveau messie, avec la conquête du titre suprême, le seul Graal qui manquait encore à un palmarès unique au monde ! Mais, dans le cœur des millions de fanatiques, toutes générations confondues, qui ont célébré ce sacre en Coupe du monde, un seul homme occupera toujours une place prépondérante : Diego Armando Maradona, D10S.

Le terme D10S (Dios, dieu en espagnol) fusionne le mot « dieu » avec le numéro 10 mythique du génie argentin. Les Argentins peinent encore à se remettre de sa disparition, le 25 novembre 2020, à tout juste 60 ans ! Autant dire que ce titre mondial met du baume sur le cœur d’une nation plongée depuis des années dans une inexorable crise économique.

Avec la complicité des réseaux sociaux qui n’existaient pas à l’époque de Maradona, Messi surfe sur la vague planétaire de la popularité avec des centaines de millions de « followers ». Mais gageons qu’il ne parviendra jamais à égaler son glorieux prédécesseur en termes de vénération et d’adoration. En Argentine, le football se vit comme une religion Les catholiques glorifient Jésus, les musulmans vénérant Mahomet et les Argentins, c’est bien connu, encensent… Maradona.

L’exemple de la glorification poussée à son paroxysme en est l’Eglise maradonienne. Elle a été créée par des supporters argentins qui ont hissé leur admiration pour celui qu’ils estiment comme étant le meilleur footballeur de tous les temps au niveau d’adoration «divine».

Ce groupement réunit très sérieusement des adeptes du monde entier. Dans sa présentation, l’église précise: « Notre religion représente le football et comme toute religion nous nous devons de posséder un Dieu. Notre fonction est de maintenir en force la passion et la magie avec lesquelles notre Dieu a joué au football, sans oublier les miracles qu’il a accomplis sur les terrains devant les yeux de tous et le sentiment qu’il éveille en nous les fans, jour après jour. »

Rien qu’un homme


Les fans ne se formalisent pas avec les nombreux aléas « terrestres » qui ont émaillé la vie de Diego Maradona, un Dieu qui reste finalement très humain et si proche d’eux. Tout au long de son existence en effet, il fut en proie aux excès en tout genre, cures de désintoxications pour ses sévères addictions à la drogue, rémissions, divorces, déchirures, résurrections comme coach ou sélectionneur et rechutes toujours aussi brutales. On l’a dit cent fois mort, mais Maradona « El Pibe de Oro », le gamin d’Or, renaît sans cesse, tel le Phénix de ses cendres.

Les membres de l’église maradonienne se portent garants des grandes valeurs véhiculées par le football: « La passion qui éveille le sport le plus beau et le plus populaire du monde. Respecter les croyances religieuses pour tous de manière égale et sans intention de les discréditer ». Les fondateurs ont également élaboré les dix commandements de leur église : le neuvième précepte encourage l’adepte à désigner Diego comme le second prénom de son fils ; le dixième stipule de ne pas vivre loin de la réalité et de ne pas être pas inutile. Le terme D10S (Dios, dieu en espagnol) fusionne le mot « dieu » avec le numéro 10 mythique du génie argentin.

A Naples aussi 

Ce vent de folie maradonienne souffle aussi sur le sud de l’Italie. Pour saisir un tant soit peu cet engouement hors normes qui peut légitimement prêter le flanc à la critique, il est fondamental de situer le contexte du sud de l’Italie et de la ville de Naples, en particulier. Il est bon de rappeler que si la religiosité est fortement ancrée à Naples, elle demeure toutefois bien particulière et fortement teintée de paganisme, et ce, souvent au grand dam de l’Église traditionnelle. Le culte des Saints occupe une place prépondérante dans la culture napolitaine: la ville se targue en effet de compter 52 saintes et saints patrons, au premier rang desquels le célèbre San Gennaro, Saint Janvier de Bénévent.  Saint Gaétan de Thiene et Sainte Patricia sont également extrêmement populaires.

Dans ce contexte très particulier, un saint de plus ou de moins dérange à peine les habitants de la ville, surtout s’il s’agit de Diego Maradona qui a écrit les plus heures glorieuses de l’histoire du club napolitain entre 1984 et 1991… On le sait, à Naples, comme en Argentine, le football est élevé au rang de religion… Alors une église pour Maradona… 

« Je suis le Diego du peuple »

La Bible de cette «religion» ne consiste en rien d’autre que les paroles de l’ex-footballeur prodiguées au cours de ses pérégrinations à travers le monde. Elles sont condensées dans de nombreux livres et biographies qui lui sont consacrés: « Je suis le Diego du peuple« . En dépit de sa fortune et de sa gloire planétaire, Maradona n’avait en effet jamais renié ses origines très modestes. Il a grandi dans un bidonville surpeuplé et insalubre, dans une banlieue sud de Buenos Aires. Son père travaillait sur des chantiers de construction tandis que sa mère faisait des ménages. Et en dépit de la distance avec sa famille (il a joué dès l’âge de 22 ans en Espagne, puis en Italie), il a constamment maintenu un lien très fort avec ses parents et sa fratrie. 

Deux fêtes ont lieu chaque année

Les membres de la communauté notent deux fêtes sur leur calendrier annuel; la Noël maradonienne, célébrant la naissance de Maradona (30 octobre). Les Pâques maradoniennes, le 22 juin, en l’honneur du match de l’Argentine contre l’Angleterre, en 1986 au Mexique et son but qui a généré la plus intense polémique de toute l’histoire de l’humanité : il avait été marqué de la main, mais avait étémvalidé par l’arbitre.

« L’Argentine est devenue championne du monde et moi, j’étais le plus fort ».

La main de Dieu

Ce but, émanant d’une tricherie, manifeste fut lourde de conséquences pour les  Anglais. L’Argentine remporta cette partie et fut qualifiée pour la suite de la compétition. Elle devint championne du monde ! Maradona alimenta encore la polémique naissante avec le commentaire suivant: « un poco con la cabeza de Maradona y otro poco con la mano de Dios». («Un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu».) Quelques années plus tard, il est revenu sur cet épisode : «Si je pouvais m’excuser, revenir en arrière et remanier l’histoire, je le ferais. Mais ce but reste un but. L’Argentine est devenue championne du monde et moi, j’étais le plus fort…»

Il semble que Dieu soit intervenu en d’autres occasions pour donner «un coup de main» à quelques heureux élus. En championnat d’Espagne, en 2007, le bien nommé MESSI, y alla aussi de la main pour marquer un but qui ressemblait à s’y méprendre au geste de Maradona. Autre grand moment de gêne : le 18 novembre 2009, lors du match des barrages pour la Coupe du monde 2010, contre l’Irlande, le Français Thierry Henry ne marqua pas directement, mais il remit le ballon en jeu de la main, avec pour conséquence, un but qualificatif pour la France.

Maradona, un culte à Naples. Photo Nadine Crausaz

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