Répression au Pérou, des avocats péruviens portent plainte devant la Cour pénale internationale


PAR PIERRE ROTTET, Lima

La violente irruption et répression, samedi passé, de la police nationale à l’Université San Marcos, à Lima, loin d’intimider les marcheurs de la rébellion contre le pouvoir de la présidente Dina Boluarte, semble les avoir galvanisés. L’image du blindé enfonçant la porte en fer de l’Uni pour déloger ses occupants a fait le buzz dans le pays et en Amérique du sud, surtout. Elle a provoqué la révolte d’étudiants qui se tenaient à ce jour en retrait des manifestations.

« Gouverner, c’est prévoir », avait un jour rappelé un de mes amis jurassiens à un important politicien. Le mettant ainsi en accusation de ne pas avoir su prévoir. En donnant samedi dernier l’ordre à sa police de déloger les universitaires qui offraient l’hospitalité aux marcheurs venus d’un peu partout, la présidente Dina Boluarte n’a sans doute pas pensé un instant qu’elle ouvrait la boîte de pandore. Car si l’idée du pouvoir était de semer peur et crainte auprès des marcheurs et de frapper un bon coup dans l’opinion publique, c’est raté. Sauf pour la droite qui préconise des moyens forts. Et même radicaux!

L’échec de cette stratégie de la force s’est illustré mardi 24 janvier 2023. En sus des collectifs d’étudiants, ce sont des corporations ouvrières et syndicales qui s’apprêtaient à rejoindre Lima. Autant dire que les manifestations redoublent de jour en jour dans les vieux quartiers. En même temps que les violents affrontements avec les forces de l’ordre.

L’ex-candidate à la présidence, d’obédience de gauche, Véronique Mendoza, jusqu’ici étonnement muette, a qualifié l’irruption de chars à l’Université d' »inacceptable et propre à une dictature ». Condamnation que partage l’ex-présidente du Conseil des ministres, Mirtha Vàsquez. Celle-ci a mis en relation cette intervention et le massacre de 1992, sous la dictature de Fujimori. En cette même Université San Marcos, haut lieu historique de la contestation estudiantine, plus connu sous le nom de « La Cantuta », un professeur et neuf étudiants furent séquestrés et portés disparus. Il s’agissait d’un coup de force opéré par le groupe paramilitaire Colina de sinistre réputation, appartenant à l’armée péruvienne. Massacre demeuré impuni à ce jour !

Quant au journaliste César Hildebrandt, il s’en prend à la droite. « La droite péruvienne, écrit le journaliste, s’est réjouie en voyant la porte de San Marcos s’effondrer sous l’assaut d’un blindé». Avant d’ironiser: « la détention de terroristes flagrants, d’éminents poseurs de dynamique… Oui, bien sûr! Parmi ces 193 détenus supposément dangereux, seul un étudiant est demeuré en détention… pour un délit commun».

Dans un document dont a eu connaissance mardi « La Republica », les manifestants se sont déclarés en «juste soulèvement, sans armes, réalisant des occupations de routes, de mines, d’aéroports, d’université…». Ils exigent la démission de la présidente, une assemblée constituante à même d’élaborer une nouvelle « Carta Magna », la fermeture du congrès et des élections générales ». Entre autres !

A noter qu’un groupe d’avocats d’Arequipa, dans le sud du Pérou, a présenté samedi dernier une dénonciation pour «crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale». Ils pointent du doigt la présidente Dina Boluarte, le chef de cabinet Alberto Otàrola, dont on dit qu’il est la cheville pensante du pouvoir, le ministre de la justice et des droits de l’homme, José Tello, ainsi que les ex-ministres Pedro Angulo, César Cervantes et Victor Rojas.

Selon la plainte, dont infoméduse a eu connaissance, le gouvernement actuel a « ordonné une politique systématique de répression écrasante contre la population civile, qui a fait à ce jour plus de 50 morts et des milliers de blessés ».

Les manifestants ont de leur côté convoqué une nouvelle marche dans la capitale après 5 jours de mobilisations sans interruption, alors que des militaires arrivent à Puno et Cusco, autres épicentres des manifestations. Mardi dans la soirée, les marcheurs bloquaient la « Panamericana Sur », la route qui relie tout au long du littoral de la côte Pacifique, Tumbes à la frontière de l’Equateur, à Arica à la frontière avec le Chili.

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