“Too Big To Stay”, les limites du capitalisme suisse ?


PAR PIERRE ROCHAT

L’économie suisse a bien fonctionné depuis 1870, sachant se jouer des conflits et saisir les opportunités. Sans accès direct à la mer et sans matières premières, la Suisse a accompli un exploit. Mais les lauriers ne sauraient être une garantie pour l’avenir. L’économie suisse doit poursuivre son « sans faute » en faisant attention que sa prospérité ne soit pas uniquement due au fait que « c’est pire ailleurs ».

Comme nos aïeux, gardons la faculté d’accepter le risque. En économie, c’est un péché capital que choisir le confort de la certitude. Mais il ne faut pas tomber dans l’excès contraire car alors c’est le suicide. 

Au nom du “risque zéro”

Or, au nom du « risque zéro », nous sommes en train de pousser UBS dans le bras des USA. Il est certes louable que nos autorités fédérales cherchent à border cette banque TBTF (Too Big To Fail) car son bilan est un multiple du produit intérieur brut de ce petit pays qui n’atteint « que » 800 milliards de francs. Par son activité mondiale, le bilan de UBS concentre tous les problèmes, existants ou potentiels, de la planète. Or, la Suisse ne s’en est-elle pas sortie parce qu’elle a su rester en dehors des problèmes du monde ? 

Tout cela est juste et pourtant cela ne fonctionnera pas. Les choix de UBS ne seront pas patriotiques. La majorité de ses actionnaires n’est pas suisse, la majorité de ses clients n’est pas suisse et la majorité de ses dirigeants n’est pas suisse. En cohérence, UBS tient ses comptes en dollars, paie son dividende en dollars et cote ses actions à Wall Street, en écho à Zurich. Elle se mesure à JP Morgan Chase, Citigroup et Bank of America, ses concurrentes, pas aux banques suisses.

UBS à New York, tout est déjà prêt!

Posons des exigences, certainement juste d’un point de vue suisse, mais non alignées sur la pratique mondiale et UBS prendra la décision de transférer son siège à New York. Tout est déjà prêt.

UBS perdra certes les clients qui ont peur de la Lex America, mais elle se mettra sous la protection de la première puissance mondiale, comme le feront les capitaux si la stabilité mondiale continue à se détériorer. 

Mais est-ce vraiment un mal que UBS transfère son siège hors de Suisse ? Certainement pour l’orgueil national, mais après ? Est-ce raisonnable pour un pays de 800 milliards de PIB d’avoir sous sa « responsabilité » une banque qui pourrait entraîner la perte de l’épargne nationale ? 

Au lieu d’essayer de corseter UBS dans nos règles prudentielles propres, dictées par notre petite taille, faisons-nous à l’idée que UBS n’est plus à sa place en Suisse, ce sera moins dur pour l’égo le jour J. Ou acceptons le risque en adoptant les règles de tous.

Big Apple. Photo ©2022 EB

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Un commentaire à ““Too Big To Stay”, les limites du capitalisme suisse ?”

  1. Avatar photo
    Pierre Santschi 13 mai 2024 at 08:26 #

    Ne faut-il pas que la grenouille
    Arrête de se croire un bœuf
    Avant de partir en quenouille?
    Qu’elle pose donc ce gros œuf
    Qu’est l’UBS, chez le taureau
    Qui, à Wall-street, devant la porte
    Des rois du pognon, ces héros, (var: leurs zéros)
    Montre les muscles qui le portent…

    En hommage du “Rimeur trouble-fête” hors rubrique éponyme…

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