Aux portes de Paris, la population se soulève contre le projet d’un méga-entrepôt


 PAR YANN LE HOUELLEUR, à Gennevilliers

Le long de la Seine, à quelques kilomètres seulement en aval de Paris, un projet pharaonique baptisé fallacieusement Green Dock («entrepôt vert»), fait s’échauffer les esprits au sein de collectifs et mouvements environnementaux alors que se multiplient les signes avant-coureurs d’un écroulement climatique dans presque tous les pays. 

Des entrepôts d’une envergure correspondant à deux stades de France côte à côte devraient voir le jour à proximité d’une réserve naturelle où s’épanouissent moult espèces d’oiseaux rares: Martins pêcheurs, Sternes pierregarin, Busards cendrés et Busards Saint-Martin, Gorgebleue, etc.

Les chiffres donnent effectivement le vertige : ces hangars géants feront 600 mètres de longueur, 30 mètres de hauteur; ils présentent une capacité d’hébergement de 40.000 tonnes de marchandises réparties sur près de 100.000 m². Situé sur le territoire de Gennevilliers, Green Dock aura un impact désastreux non seulement sur plusieurs communes du 93 (la Seine Saint-Denis, le département le plus densément peuplé de la région parisienne) mais également sur l’écosystème propre à la Seine. Malgré tout, le maire de Gennevilliers, Patrice Leclerc, s’est déclaré favorable à un tel projet de plateforme multimodale. Comptant parmi les hommes liges du PCF (Parti communiste français) il administre une ville jadis industrielle où «les rouges» font la pluie et le beau temps depuis quatre-vingts ans. Patrice Leclerc s’est donc mis à dos plusieurs formations politiques qui ont fourni des élus à sa majorité municipale lors des élections locales en 2014 puis en 2020.

Bords de Seine en automne, photo YLH

Une bombe oratoire – Ainsi, la France insoumise (LFI) et Europe Ecologie-les Verts se sont joints à la constellation de collectifs et mouvements (Soulèvements de la Terre, Extinction-Rébellion, etc.) qui lors du dernier week-end de mai ont investi les marches de l’escalier à l’entrée de l’impressionnante et austère tour de la mairie de Gennevilliers. Avant d’entreprendre une pérégrination à destination de l’Ile Saint Denis, où se situe la réserve ornithologique, des centaines de militants ont écouté les discours plutôt alarmistes de personnalités politiques et chefs de file de l’écologie, notamment Marine Tondelier et Eric Coquerel.

Une bombe de nature oratoire a été lâchée par ce député élu dans la 1ère circonscription du 93, un proche du tribun d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. Cette «circo» comprend notamment l’Ile-Saint-Denis et Epinay-sur-Seine.

Eric Coquerel a éructé : «Patrice  (note : Leclerc) je ne comprends pas que tu puisses justifier ce projet (Green Dock).» Dommage que le maire de Gennevilliers n’ait pas profité de l’occasion pour défendre sa position en public. Afin d’être aussi objectifs que possible, mentionnons un article publié sur la page facebook de l’association Protection Berges de Seine : «Patrice Leclerc explique que le site va s’implanter sur d’anciens entrepôts, transformés en friches, et de nouveaux espaces verts seront dégagés, soit 30 % de la surface actuellement artificialisée. »

Eric Coquerel,
photo YLH

Si les maires des 34.955 communes françaises ont vu leurs prérogatives réduites au cours des dernières années, ils disposent toujours d’une «arme» déterminante : le pouvoir de signer les permis de construire. Le port de Gennevilliers, l’un des plus importants ports fluviaux en Europe, est une poule aux œufs d’or pour cette ville de 50.000 habitants qui a réussi l’exploit d’attirer sur son territoire de nombreuses entreprises, principalement dans le tertiaire.

Or, Green Dock est devenu le symbole d’un capitalisme débridé qui désormais soumet les consommateurs à la dictature du «clic», ou si vous préférez le «click and collect». La révolution, plus que jamais, est de nature non plus idéologique mais technologique !

Modèle ravageur –
 Il faut bien avoir à l’esprit «la chose» suivante : lorsque nous commandons un article, sur le site d’Amazon par exemple, nous contribuons à un modèle économique suivant, ravageur pour l’environnement.  Lesdits articles sont stockés dans des entrepôts avant d’être emmenés dans les grands centres urbains. Selon les cas, routes, rails ou cours d’eau sont à disposition. Puis ces biens pour la plupart importés de pays asiatiques sont apportés aux consommateurs par ces « petites mains » que sont les livreurs enfourchant des vélos ou des motos. Esclaves des temps modernes, souvent en quête d’un permis de séjour, ces travailleurs précaires perçoivent des appointements minables contrastant avec les millions d’euros brassés par les acteurs de la logistique qui, eux, nagent au milieu d’un océan de bénéfices. Si l’on en croit l’un des orateurs qui, micro en main, se sont exprimés le samedi 25 mai, le secteur de la logistique correspond à 10 % du Pib français et il est le 5ème plus important recruteur. Dès lors, on comprend mieux, à la lumière de tels chiffres, pourquoi les élus ne peuvent rester sourds aux pressions exercées par les 150 entreprises de ce florissant secteur !

Multinationale australienne – L’opérateur qui a remporté l’appel d’offres pour la future plateforme multimodale à Gennevilliers est une multinationale d’origine australienne, Goodman. Les promoteurs et les partisans de Green Docks enfument l’opinion publique en prétendant que le transport fluvial est le plus vertueux en matière de logistique. «En réalité, seulement 15 % du trafic généré par ce projet se fera via la Seine», s’est écrié l’un des intervenants samedi dernier. Qu’en est-il des 85 % restants ? Aussi incroyable que celui puisse paraître : la route se taillera, ainsi, la part du lion. Un ballet de camions sera mis en scène, au rythme de 1.200 par jour, selon une association. Dès lors, on conçoit le surcroît de pollution (particules fines, en particulier) que ces entrepôts géants infligeront à une région déjà très atteinte.

Une pointe d’humour, sur la pointe de l’île Saint-Denis : « Les colis c’est pour Paris, les soucis c’est pour la Seine-Saint-Denis », résume Antoine Gaudin au nom du collectif Stop Green Dock.

Photo YLH

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