Médias français (I) – Dans un paysage acquis à la gauche, les milliardaires échangent leurs titres


PAR YANN LE HOUELLEUR, à Paris

Ces temps-ci, plus que jamais, les médias français réservent bien des surprises pour qui s’intéresse à leur évolution, à moins que ce ne soit carrément une révolution. De nombreux titres emblématiques changent de propriétaire,  à commencer par le plus fort tirage des magazines hebdomadaires. Paris Match vient de célébrer en grande pompe les 75 ans de sa naissance. Avec ses 450. 000 exemplaires, une flottille de publicités au milieu d’un océan de reportages richement illustrés et minutieusement rédigés, le navire amiral des hebdos français se porte plutôt bien. Mais son actionnaire, le groupe Lagardère, contrôlé en fait par Vivendi (sous la houlette du controversé Vincent Bolloré), se voit contraint de se délester de cette pépite afin de soulager un trop fort endettement. 


Marianne, lâchée par un autre milliardaire

Paris Match a été estimé à 120 millions d’euros, une somme que le géant LVMH peut sans difficulté aucune débourser, d’autant plus que son capitaine, le tout puissant Bernard Arnault, en rêve depuis plusieurs années. Bernard Arnault compte parmi le club sélect des milliardaires français qui ont investi dans les médias pour accroître leur influence et mieux peser sur la vie politique. Il possède déjà Les Echos, journal de référence dans les milieux économiques, et Le Parisien, un quotidien à la fois national et régional. La signature d’un accord définitif entre LVMH et Lagardère est prévue au cours de l’été 2024.

Autre titre appelé à changer d’actionnaire: Marianne, le benjamin des hebdos d’information générale, est lâché par le milliardaire d’origine tchèque Daniel Kretinsky. Cet avocat qui a fait fortune dans le secteur de l’énergie s’est invité dans la constellation des médias français où il brille désormais: dans sa besace cohabitent des hebdos tels qu’Elle (anciennement dans le groupe Lagardère !), Télé 7 Jours, Franc-Tireur, ainsi qu’une participation charnière dans le groupe Le Monde. La ligne éditoriale de Marianne, teintée de souverainisme, se trouve en porte-à-faux par rapport aux convictions europhiles et libérales de Kretinsky.

L’avenir du paysage audiovisuel

Au tour de la télévision, maintenant, à subir de profondes restructurations. Le milliardaire Patrick Drahi, qui officiellement réside en Suisse où il est sensé acquitter ses impôts, est en train de se délester de BFM-TV. Ce magnat, dont les affaires sont plombées par une dette abyssale, est décidé à se concentrer sur la branche télécom (SFR) de son empire.

Ainsi, Altice Médias, propriétaire de BFM, fait l’objet de négociations avec Rodolphe Saadé. Principal actionnaire du troisième transporteur maritime au monde, CMA-CGM, Rodolphe Saadé est un milliardaire franco-libanais qui a le vent en poupe. Il détient aussi 9 % du capital d’Air France. Saadé se rêve en « nouvel empereur des médias ». Il a pris des participations dans plusieurs quotidiens régionaux ainsi que dans le holding contrôlant le groupe Le Monde qui outre le quotidien éponyme édite Le Nouvel Obs, Télérama, La Vie. Ce sont tous des titres ancrés résolument à gauche.

Enfin, en 2025 se jouera l’avenir du paysage audiovisuel en France. L’arbitre de ces compétitions entre de grands et plus petits groupes est l’Arcom, l’Autorité de la régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Quinze services de télévision d’envergure nationale, sur un total de trente et un, parviendront à échéance d’ici un an. Dix groupes sont concernés. Les regards sont tournés vers CNews et C8 dont la galaxie Bolloré détient la concession. Ces deux chaînes de télévision suscitent des polémiques en raison des opinions politiques, conservatrices, du magnat Vincent Bolloré, qui tire les ficelles des médias français à travers le groupe Vivendi. Sur le point de devenir la première chaîne d’info en continu de l’Hexagone, CNews est violemment critiquée par les plus hystériques des activistes de gauche en raison des sympathies qu’elle affiche pour la droite, toutes « chapelles » confondues.

Contre les atteintes à la liberté de la presse

Ce renforcement du pouvoir des capitaines d’industrie et des financiers dans les  médias inquiète énormément les journalistes qui s’estiment soumis à des pressions croissantes. Tout un paradoxe: en France les journalistes sont en grande majorité acquis à la cause des partis de gauche voire d’extrême gauche. Le mot «extrême droite», si souvent employé à tort, a été prononcé à plusieurs reprises lors de la soirée de lancement de l’Ofalp, l’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse, dans un espace branché de Paris. En l’occurrence la REcyclerie (photo YLH), en plein 18ème arrondissement. La REcyclerie est une association qui occupe une gare désaffectée, dorénavant vouée à des initiatives citoyennes et à des activités associatives.

Prochain article: L’Ofalp, nouvelle association pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse.

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