Médusément vôtre – Louis Fouché, hockey, brigade Azov, feu les historiens, complotistes, Katalin Karikó


Parfois, la traque du “complotiste” ne s’embarrasse pas de scrupules. Traité d’éditeur “controversé”, coupable d’avoir publié des “ouvrages révisionnistes”, Slobodan Despot n’en revient toujours pas d’apparaître tel un paria du système dans le script de l’émission télévisée suisse “Vraiment” consacrée à Louis Fouché, le nouveau Raoult, “le médecin qui fait peur à la Suisse”. La RTS, à laquelle Despot collabore en tant qu’invité de débat, a reconnu “une erreur typographique”. Un comble pour le service public qui, dans sa grande sagacité, a érigé le fact-checking en nouvelle priorité du journalisme d’investigation. Les “bons”, les “mauvais”, brûlez ces sorciers que je ne saurais voir! Le Moyen-Age serait-il de retour, ses inquisiteurs (sur notre image wikipedia, le procès de Galilée par Joseph-Nicolas Robert-Fleury) aussi?

♦️

Perdants de la finale du championnat du monde contre la Tchéquie à Prague, les hockeyeurs suisses semblaient inconsolables lors de la remise du trophée. Un match qui, soit dit en passant, a replongé les aînés dans l’épique souvenir de la finale de 1969 remportée par la Tchécoslovaquie contre l’URSS occupante. Le KGB avait mis longtemps à se remettre de l’affront. C’est une loi de la nature: le bonheur ne touche que les gagnants. A se dire que les Suisses, pour revenir à eux, auraient mieux fait de perdre contre le Canada pour jouer la petite finale et gagner contre la Suède? Le sourire du vainqueur aurait au moins illuminé leurs visages. Etre une heure, une heure seulement, beau, beau, beau et…

♦️

Créé en 2014 lors des événements de Maïdan en Ukraine, composé de repris de justice, proche de l’extrême-droite voire de mouvances néo-nazies, le bataillon de combat Azov jouit d’une image pour le moins sulfureuse. De fait, il n’a rien à envier à la milice russe Wagner, diabolisée en Occident. Mais cette triste réputation n’a pas de quoi refroidir la presse Tamedia qui encense une “brigade plus populaire que jamais” en Ukraine, au moment où elle célèbre dix ans d’existence. “Sa défense héroïque de Marioupol, en 2022, a inspiré une nouvelle génération de combattants”, s’exalte la correspondante en Ukraine de “24 Heures” et la “Tribune de Genève”. A l’heure où la présidente Amherd claironne son credo atlantiste en militant pour une PAX OTANA dans les colonnes du “Temps”, voilà qui fait douter encore plus de la volonté de Moscou de signer la paix au Bürgenstock.

♦️

Viola Amherd, continuons à parler d’elle. “Accusée d’être moche, célibataire et avare, Viola Amherd se fait dézinguer par une émission de propagande russe malveillante”, titre le Blick. Lequel ne s’arrête pas en si bon chemin: “elle est aussi dénigrée comme «tueuse de bébés» et «sataniste». Une foule de détails sordides dont on se demande pourquoi ils sont relayés, vu qu’ils émanent d’une “émission de propagande”. Si le quotidien croit vraiment au vocable qu’il utilise, il devrait savoir qu’il fait ainsi le jeu du manipulateur présumé. Un piège vieux comme le monde.

♦️

Qui suis-je, où vais-je, dans quel étagère? Boîte aux doléances des mécontents de l’information écrite, le Conseil suisse de la presse traverse une phase de doute lancinant, à lire sa présidente, Susan Boos, dans le rapport annuel de ladite instance de surveillance des médias. En cause: la multiplication des sources d’information qui noient le poisson du professionnalisme. “Qui peut-on qualifier de journaliste?” se demande la rédactrice en chef de l’hebdomadaire de gauche “Wochenzeitung”. Une angoisse existentielle face à “un débat qui prend un nouveau tour déplaisant à l’heure de ChatGPT”, poursuit-elle. Susan Boos s’avoue “dépassée”: “Pour quels médias le Conseil suisse de la presse est-il compétent?” L’aveu d’impuissance de cette journaliste est inquiétant. Se pourrait-il qu’elle oublie les préceptes de la Charte à la base des décisions de l’organe qu’elle préside? Une Déclaration des devoirs et des droits que chaque journaliste inscrit(e) au Registre professionnel est tenu(e) de signer. Cette appartenance fait quand même toute la différence.

♦️

Les réseaux sociaux ne donnent pas seulement le “blues” aux journalistes. Ils créent la zizanie aussi chez les historiens. “Les récits de désinformation, portés plus que jamais par les nouvelles technologies sont en train de déformer l’histoire”, se désole l’historien américain Jason Steinhauer dans les colonnes de “La Libre Belgique” et de “La Liberté”. “Les gens se disent: pourquoi ai-je besoin de suivre un cours d’histoire alors que j’ai Wikipédia à ma disposition gratuitement? Résultat: aux Etats-Unis, et même en Europe, des professeurs sont licenciés, des départements d’histoire sont fermés, des musées d’histoire luttent pour attirer des financements.” Aux armes, citoyens! Là où les historiens ne savent plus sur quel pied danser, les vampires mènent le bal.

♦️

Un ramassis de 500 complotistes dans les rues de Genève? Le chiffre et le message diffusés par le téléjournal suisse dans sa couverture de la manifestation du 1er juin, ne correspondent pas à la réalité. Ils devaient être au moins 2000, les opposants aux ukases de l’Organisation mondiale de la santé, en provenance du monde entier (photo capture d’écran). Parmi eux, des orateurs de grande qualité, comme ces scientifiques anglo-saxons qui dénoncent la logique des va-t-en-guerre inféodés à l’industrie de l’armement et à Big Pharma. Rien à voir avec les marionnettes qui les représentent souvent au sommet de l’Etat. Le déni du service public n’est pas sans rappeler les rendez-vous altermondialistes du début des années 2000. Porto Alegre, Florence, Bombay. Autant d’événements maltraités par l’information officielle au prétexte que des violences émaillaient les défilés de clôture. Les “black blocs” ont au moins disparu de la circulation, démasqués par des témoignages faisant état d’agents provocateurs infiltrés par les forces de l’ordre, comme lors des grands rassemblements de Gilets jaunes avant la pause Covid. On n’a pas forcément les semeurs de troubles que l’on mérite.

♦️

On peut critiquer le principe de l’ARN messager mais cela n’altère en rien la qualité de la philosophie de vie de son inventrice. Réfugiée hongroise, la nobélisée Katalin Karikó a dû vaincre une foule de préjugés pour parvenir à imposer ses idées. Mais dans le “Matin Dimanche”, elle explique à Saskia Galitch pourquoi elle ressent malgré tout de la “gratitude” quand une difficulté se présente à elle.

Quand j’avais 16 ans, j’ai lu ‘Le stress de la vie”, de l’endocrinologue Hans Selye, et cela a bouleversé ma manière d’envisager les choses. C’est un concentré de sagesse qui dit en substance: concentrez-vous sur ce que vous pouvez changer, ne vous prenez pas la tête avec ce qui ne dépend pas de vous. Autrement dit, tout dépend de la manière dont vous traitez un événement qui vous touche: soit vous vous laissez atteindre et dévaster, soit vous faites un pas de côté pour rebondir. Je vous donne un exemple: adolescente, j’avais un professeur de russe qui m’avait prise en grippe et m’avait assuré qu’il ferait en sorte que je ne sois pas acceptée à l’université. Eh bien s’il ne m’avait pas menacée, je ne me serais pas sentie mise au défi, je n’aurais jamais préparé mes examens avec autant d’acharnement et j’aurais peut-être échoué! Donc je le remercie, tout comme je remercie toutes les personnes qui ont essayé d’une manière ou d’une autre de rendre ma vie misérable – et il en a eu! – car c’est au fond grâce à eux que j’ai travaillé dur et que je me suis améliorée. Et puis la colère et la rancune, ça vous empoisonne vous, et personne d’autre. Quant à la vengeance, elle ne fait qu’enclencher une spirale infernale: tu me frappes, je te rends les coups, tu me refrappes et ainsi de suite. Non, vraiment, je préfère voir les choses par le prisme de la gratitude, c’est beaucoup moins stressant! J’ai toujours fonctionné comme ça.

Christian Campiche

Tags: , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Les commentaires sous pseudonyme ne seront pas acceptés sur la Méduse, veuillez utiliser votre vrai nom.

Mentions légales - Autorenrechte

Les droits d'utilisation des textes sur www.lameduse.ch restent propriété des auteurs, à moins qu'il n'en soit fait mention autrement. Les textes ne peuvent pas être copiés ou utilisés à des fins commerciales sans l'assentiment des auteurs.

Die Autorenrechte an den Texten auf www.lameduse.ch liegen bei den Autoren, falls dies nicht anders vermerkt ist. Die Texte dûrfen ohne die ausdrûckliche Zustimmung der Autoren nicht kopiert oder fûr kommerzielle Zwecke gebraucht werden.