A Buenos Aires, la brasserie La Pétanque du Jurassien Pascal Meyer va fêter ses 20 ans d’existence 


PAR NADINE CRAUSAZ, texte et photo

En poussant la porte de La Pétanque, entre les rues Defensa et Mexico, on entre dans un autre univers. Le tumulte de Buenos Aires semble s’apaiser pour laisser place à une ambiance familière, imprégnée de charme et d’authenticité. 

Célébrant deux décennies d’existence en 2025, cette institution emblématique du quartier historique de San Telmo, fondée par le Jurassien Pascal Meyer, a su conquérir les palais des habitants et des visiteurs, offrant une escapade gastronomique française sans quitter la ville : « A la Pétanque, on vend du bonheur », selon le patron, toujours présent pour accueillir les clients et deviser avec chacun au cours du repas (photo ©2024 NC). Avec le look et la gouaille d’un titi parisien, le patron fait définitivement partie du décor.

“J’ai quitté New York, juste après les WTC”

Dans un contexte économique et social complexe en Argentine, la brasserie émerge comme un havre de convivialité et de tradition culinaire française au cœur de la capitale. Nichée à seulement dix minutes de marche de la Casa Rosada (le palais présidentiel) et de la célèbre Plaza de Mayo, cette brasserie typiquement française offre une escapade gustative au cœur même du quartier historique de Buenos Aires. C’est il y a deux décennies que Pascal Meyer a posé ses valises dans cette ville :

J’ai quitté New York, juste après les WTC et j’avais le sentiment d’avoir fait le tour. Je suis arrivé à Buenos Aires, sans parler espagnol, mais j’ai aimé toute de suite cette ville qui ressemble beaucoup à Paris. 

Meyer a découvert cet espace lumineux qui correspondait parfaitement à ses aspirations : il a conçu entièrement le décor, tout refait de A à Z : des sols en mosaïque calcaire, un long bar en étain, d’anciens miroirs sur lesquels les convives peuvent lire le délicieux menu et l’incontournable grande horloge (pour ne pas rater le train, comme dans les brasseries de gare d’antan) placée ici sur une grande étagère qui regorge de nombreux souvenirs. Histoire de coller avec l’esprit du quartier et l’ambiance de la vieille ville portègne

Ainsi, un voyage à travers la tradition française débute dès l’entrée. En plus de la fameuse soupe à l’oignon, idéale pour les températures hivernales, et des escargots, parmi les entrées figurent également les huîtres fraîches, un délicieux pâté en croûte maison et l’incontournable quiche lorraine.

En cuisine, notre “Ratatouille” jurassien a su trouver l’équilibre en combinant les produits argentins, les viandes succulentes, et les délices de la mer dans l’art de la brasserie, sans oublier le steak tartare, plat emblématique. Ajoutez à cela une sélection des meilleurs vins du pays, et vous obtenez l’essence même de La Pétanque.

Le gratin politique, les grands acteurs

Originaire de Delémont, Pascal Meyer est  animé par une passion dévorante pour la bonne cuisine et la convivialité. Son père a toujours cuisiné, son frère en a fait son métier en Nouvelle Zélande et sa sœur est restée à Delémont également dans la restauration. Après des études en hôtellerie et en marketing, il a rapidement embrassé une carrière internationale, qui l’a mené aux quatre coins du globe. C’est à New York qu’il avait affiné son expertise culinaire et découvert sa vocation de guide gastronomique.

Doté d’une curiosité insatiable et d’un amour pour les différentes cultures, Pascal parle couramment cinq langues et a visité plus de 75 pays :

Chaque voyage a été une occasion d’explorer de nouveaux horizons culinaires, de découvrir des saveurs inédites et de partager ma passion avec les autres. J’ai eu la chance de côtoyer des grands chefs … des personnages extraordinaires. 

C’est au fil de ses périples qu’il a développé une véritable philosophie de la vie, basée sur le plaisir de la découverte et le partage des bonnes choses.

La gastronomie est bien plus qu’une simple nourriture pour le corps ; c’est un art de vivre, une façon d’exprimer sa créativité et de cultiver le lien social.

Ainsi, lorsque Pascal a posé ses valises à Buenos Aires il y a deux décennies, c’était avec la ferme intention de créer un lieu où il pourrait partager son amour pour la bonne chère avec les visiteurs de cette ville vibrante et cosmopolite. 

Quand ce n’est pas lui qui parcourt le monde, c’est le monde qui vient à lui : le gratin politique argentin de tous bords, les grands acteurs dont les photos décicadées ornent les murs :

Nous avons reçu John Cusack, Bradley Cooper, John Malkovich, Tomy Lee Jones et ils ont tous apprécié l’endroit.

Pascal Meyer rigole en se remémorant la visite de Doris Leuthardt :

Elle était présidente de la Confédération et avant d’aller rencontrer le président Macri, elle et son équipe sont venus manger ici. 

La Brasserie la Pétanque est donc bien plus qu’un simple restaurant ; c’est le reflet d’une vie entière consacrée à la découverte des plaisirs de la table et à la recherche de la convivialité, dans cette ville bouillonnante d’énergie.

Revivre après deux ans de fermeture

Pascal Meyer a lui aussi fait face à deux années de fermeture difficile en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19 : « Je n’ai reçu aucune aide du gouvernement » … Malgré ces défis, son équipe est restée unie et motivée. Grâce au dévouement de tous, le Jurassien a réussi à rouvrir les portes lorsque les conditions l’ont permis. Il peut  toujours compter sur une brigade très professionnelle formée par ses soins et le soutien indéfectible de son bras droit, Dani. 

Milei a promis de venir 

Dans ce payage urbain tumultueux la Pétanque n’est pas seulement à vocation culinaire, mais elle c’est aussi un pôle sociopolitique :« Tous les présidents sont venus manger à la Pétanque, tous les députés ou sénateurs, quel que soit le parti, c’est la convivialité qui prime. Milei a promis de venir. Mais sa présence constituerait un sacré défi au niveau de la sécurité. Il ne s’est pas fait que des amis…»

Face aux multiples défis auxquels est confrontée l’Argentine, avec des fluctuations monétaires et des taux d’inflation élevés, le soutien de Pascal Meyer au président Milei et à ses mesures radicales pour rétablir l’économie de la nation peut sembler surprenant. Cependant, pour Meyer, ces actions, bien que drastiques, représentent une lueur d’espoir dans un contexte où les solutions traditionnelles semblent inefficaces ; «Le taux d’inflation a crevé le plafond avec 900 pour cent en 5 ans».

Dans cette atmosphère de bouleversements économiques et sociaux, que la Pétanque offre encore un refuge où les convives peuvent savourer non seulement leurs bons petits plats, mais aussi un sentiment de stabilité et de continuité dans un monde en perpétuelle évolution. En tant que symbole de tradition, elle incarne à la fois le passé et l’avenir de Buenos Aires, rappelant aux citoyens et aux visiteurs la richesse culturelle et gastronomique de cette ville dynamique, même dans les moments les plus difficiles.

L’absence envahissante du copain Arnaud Bédat

On ne peut s’empêcher d’évoquer le souvenir encore vivace d’un bon client, bon vivant. L’ajoulot Arnaud Bédat, disparu en juillet 2023. La Pétanque était une destination appréciée du regretté journaliste. Bédat est vite devenu un proche de Pascal : « J’ai appris son décès par un ami commun de Montréal. Cette nouvelle a été un véritable choc. A chaque voyage en Argentine, Arnaud passait du temps à La Pétanque, on buvait des verres, à refaire le monde. C’est à sa table habituelle qu’il avait commencé à rédiger les premières pages de son livre sur le Pape François. Il laisse un énorme vide, ici aussi.» NC

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2 commmentaires à “A Buenos Aires, la brasserie La Pétanque du Jurassien Pascal Meyer va fêter ses 20 ans d’existence ”

  1. Le Houelleur Yann 24 juin 2024 at 12:06 #

    C’est un savoureux article qu’Infoméduse nous a offert au petit déjeuner, ce lundi 24 juin. Les médias parlent si peu de l’Amérique du Sud, faut-il le déplorer, et grâce à vous, Madame Nadine Crausaz, cet oubli – cette injustice, même – est en parti réparé. Profitons-en pour relever que vous évoquez l’étonnante trajectoire de Pascal Meyer sur fond de considérations économiques et politiques qui donnent une idée de l’interminable « crise » dans laquelle s’enfoncent les Argentins. A l’heure où le vieux continent connaît à son tour une certaine descente aux enfers, nous aurons toujours plaisir à rencontrer, grâce à des plumes journalistiques talentueuses, des Européens partis vivre des aventures durables dans des pays autrement plus difficiles que les nôtres. Et ces ambassadeurs de notre culture, de notre art de vivre en déshérence, nous montrent assurément le chemin à suivre.

    • nadine 26 juin 2024 at 22:02 #

      Merci beaucoup pour votre commentaire encourageant. Et longue vie à La Pétanque et à notre Pascal national.

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