Les candidats fantômes de l’extrême droite française  


Dans la 3ème circonscription de l’Ain, qui jouxte le canton de Genève, les électeurs ont voté à 37 % pour Karine Dubarry, une candidate d’extrême droite qu’ils ne connaissent pas. En fait, le Rassemblement national (RN), qui se disait prêt à prendre le pouvoir, manque cruellement de cadres. 

PAR IAN HAMEL

Dans son édition du 7 juillet, “Le Monde” révèle que des cadres locaux du RN auraient incité certains aspirants à la députation à ne pas s’exposer sur le terrain. De peur qu’ils ne dérapent. En tenant des propos racistes ou en étalant leur incompétence. En Corrèze, une candidate d’extrême droite dénonçait les campagnes « envahies » par les immigrés. Quand on lui a fait remarquer que l’on n’en voyait pas dans les rues, elle a répondu : « c’est normal, à cette heure-là, ils dorment tous ». Un autre candidat RN, pour prouver qu’il n’était pas « facho », racontait qu’il avait vu récemment un curé de couleur, « eh bien, je ne l’ai pas écrasé avec ma moto »…  

Olga Givernet, députée “macroniste“  de la 3ème circonscription de l’Ain depuis 2017, a eu très chaud au premier tour de l’élection législative du 30 juin dernier. Elle n’a recueilli que 17 420 voix (32,43 %), talonnée par Karine Dubarry, la candidate du Rassemblement national, 17 252 voix (32,11%). Pire, la porte-parole de la majorité présidentielle était largement devancée à Bellegarde, la principale agglomération de la circonscription, avec seulement 23,44 % des voix contre 37,39 % pour Karine Dubarry. Or, cette candidate, âgée de 49 ans, est totalement inconnue de la population. « J’ai pu lui parler une fois par téléphone, mais impossible de la rencontrer », assure un journaliste local.      

D’Éric Zemmour à Jordan Bardella           

Sur ses affiches, Karine Dubarry fait surtout la promotion du président du RN en annonçant : « Bardella Premier ministre ». Dans sa profession de foi, elle se contente de donner la parole au président du parti. Les priorités ne sont que nationales, comme « expulser les délinquants et criminels étrangers », « réduire drastiquement l’immigration », ou « baisser les factures d’énergie ». En revanche, son adversaire Olga Givernet multiplie les propositions locales. Elle réclame pour les Français davantage d’accès aux soins en Suisse, plus de trams, plus de bus, plus de voies vertes. Elle se bat pour que le Léman Express aille jusqu’à Seyssel et Nantua.   

Karine Dubarry n’est pas forcément très bien placée pour défendre les positions du Rassemblement national. Elle était, il n’y a pas si longtemps, membre de… Reconquête, la formation créée par Éric Zemmour. Distancée que de 168 voix au premier tour le 30 juin, sans bouger le petit doigt, elle pouvait encore croire à la victoire au second tour. C’était sans compter avec le front anti-Rassemblement national. Christian Jolie (La France insoumise), qui avait obtenu 25,12 % des suffrages, s’est désisté en faveur d’Olga Givernet. Le 7 juillet, la députée « Ensemble pour la République », qui n’est plus vraiment “macroniste“, a été réélue dans un fauteuil avec 63 % des voix. 

Des candidats envoyés au casse-pipe

Comment ne pas s’interroger sur le manque de professionnalisme du RN, qui affirmait pourtant haut et fort qu’il était prêt à diriger la France ? Pourquoi, depuis tant d’années, ne réussit-il pas à former dans les régions, les départements, des candidats qui tiennent la route. Qui prennent des responsabilités au niveau des communes, des cantons. En clair, une « élite populaire ». A Bellegarde, il n’y a pas un seul conseiller municipal RN qui pourrait apporter la contradiction au maire. Pourtant le centre-ville se meurt, les commerces ferment. Pris au dépourvu par la dissolution de l’Assemblée nationale, Marine Le Pen et Jordan Bardela ont été contraints d’envoyer au casse-pipe des candidats, sans préparation. 

Sans se manifester, Karine Dubarry a tout de même obtenu 37 % des voix. Dans le Pays de Gex, notamment à Divonne-les-Bains, Ferney-Voltaire, Gex, Thoiry, des communes peuplées de frontaliers, ont largement plébiscité Olga Givernet, parfois à plus de 70 %. En revanche, la candidate lepéniste arrive en tête dans des petits villages, dès que l’on s’éloigne de la frontière suisse. « Dans les campagnes, il va falloir aller chercher ces électeurs pour construire avec eux », reconnaît la députée dans “Le Dauphiné Libéré”, au lendemain de sa victoire.

La lepéniste Karine Dubarry cartonne dans des petits villages. Pourtant elle est totalement inconnue de la population.

 

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