Le texte que nous publions n’est autre qu’un chapitre extrait du livre de Santo Cappon, « De la purée avec un œuf à la coque – Autour et par-delà une vie en phase terminale » tout récemment paru aux Éditions Maïa. Chroniqueur méticuleux apprécié des lecteurs d’infoméduse, l’auteur est aussi aquarelliste. Dans l’esprit de Ferdinand Hodler qui a peint les derniers jours de Valentine, Cappon prend la plume, lui, pour rendre hommage à Liane, la compagne d’un très long chemin, décédée en 2024. L’hommage empli de tendresse consciencieuse, respectueux du mystère des choses, d’un amoureux de la vie à l’amour de sa vie. CC
La gamberge
« Rien ne se perd tout se transforme », aurait dit le chimiste et philosophe Antoine Lavoisier. Autrement dit, la matière serait éternelle sous une forme ou une autre, faisant concurrence à l’esprit.
Santo se met à gamberger. On peut le comprendre, vu les circonstances. Alors que Liane s’en est allée, définitivement. Elle ne reviendra pas en chair et en en os, même sous une forme recyclée ou sous l’apparence d’un ectoplasme. Lorsque la matière vivante s’efface dans la proximité, c’est donc l’esprit qui doit prendre le relais ! Santo cherche à s’en convaincre. L’esprit doit triompher, aussi bien dans l’intuition et grâce à l’intuition des proches survivants tels que lui. Quant à celles et ceux qui ont disparu, pourquoi ne pas les retrouver étonnamment vivants dans le cœur et la tête des êtres qui à leur tour disparaitront un jour !
Curieusement et paradoxalement, philosopher ainsi devient plus accessible en accomplissant de simples gestes quotidiens. Ou en déambulant, comme les « péripatéticiens » de la Grèce antique. Lorsque le rythme d’une vie à deux est ralenti de moitié, il convient de sublimer ce qui en reste, car ne dit-on pas que la nature a horreur du vide !
Raison pour laquelle Santo va se concentrer sur la moindre de ses actions quotidiennes, ne serait-ce que pour ne pas perdre pied face à une réalité soumise au cadran de toutes les horloges. « La gestion du deuil », la belle affaire ! C’est le mot « gestion » qui dérange. Car il concerne les gestionnaires en tout genre. Et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit. Sauf que le deuil n’en fait qu’à sa tête. Doit-on le vivre ou le subir ? Les deux mon Capitaine.
Les jours où Santo se résout à intégrer le flot des vivants qui vaquent à leurs occupations, il franchit sa porte qui donne sur la rue. Lorsqu’en revanche il cherche à s’isoler, l’autre porte, celle qui débouche sur le jardin, lui offre cette alternative. Sauf qu’à celui qui sait observer, même là on n’est jamais seul. Un écureuil qui saute d’une branche à l’autre, d’un arbre à l’autre, est là pour rappeler une évidence : c’est parfois dans l’immobilité consentie que la vie s’exprime aussi en silence. Alors que dans la confusion et la frénésie du mouvement, on passe à côté de certaines vibrations sous-jacentes.
Santo Cappon


