Quel est le plus beau rite que l’homme ait inventé? Le chant traditionnel ! Qu’il soit d’origine paysanne, nationale ou religieuse, l’hymne est un symbole ancré dans l’histoire humaine et nombre exemples nous viennent à l’esprit dont un universel : Auld Lang Syne. Ecrit en 1788 par Robert Burns dans un effort de préservation de la langue et de la culture écossaises, on le connaît dans toutes les langues dont le français sous le titre : ce n’est qu’un ‘au revoir’ !
Le rite qui s’accompagne naturellement d’un rituel ou d’une cérémonie est constitutif de trois piliers de l’humanité que sont la culture, l’histoire et la religion. Symbolique ou sacré, le rite se veut habitude, règle, ou simplement routine répétée dans le temps qui scande le quotidien sur des périodes plus ou moins espacées, parfois répétitifs ou cycliques. Dans l’ensemble, c’est une marque de la tradition d’une tribu, un peuple ou une religion, mais aussi individuel.
Les cycles de la croissance
On le connait dans nos calendriers qui commémorent la vie des saints, les dates marketing (fête des parents, black Friday) ou, plus récemment, les journées internationales qui éclosent comme celle de la Paix le 1er janvier ! Ce peut être aussi un temps religieux issu de pratique païenne ou de fête traditionnelle (carême, ramadan, Noël ou Pâques). Il s’agit tel le chant de conserver la mémoire, interpréter et faire évoluer sa répétition et transmettre une ‘tradition’.
Veiller car nul ne connaît ni le jour ni l’heure, le rituel est là pour marquer les évènements de la vie: naissance, sacrements, mariage (qui s’est vu affubler d’une ribambelle d’étapes plus récentes), et, bien sûr, la mort ! Il y avait auparavant un rappel des premiers cycles de 7 ans amenant à la fin de la croissance ; âge de raison, adolescence, majorité, adulte ; ce dernier mot vient du latin adolesco, croître, participe passé, j’ai cru et il me faut préserver cet acquis !
7000 dialectes
Au-delà des passages, la cérémonie peut être intercession (pluie, victoire, sécurité) auprès d’un être connu pour ses miracles : St Charbel pour la guérison, St Antoine pour les objets perdus, Ste Rita pour les causes désespérées ou les Clarisses pour un mariage ensoleillé. Elle est aussi et surtout appartenance : adoubement des chevaliers, rite franc-maçonnique, baptême chrétien, bat-mitzvah juive, cinq prières de l’Islam, crémation hindoue sur le Gange.
Le rite nous élève de la condition ancrée d’être humain (humus, la terre) et s’associe souvent à la respiration (spir, le souffle de vie). Parfois trop de rituels pourraient créer des barrières, des contraintes et l’intergénérationnel nous a montré, avec l’avènement du virtuel et des réseaux, que, s’il est interdit d’interdire, l’individualisme croissant et l’épanouissement personnel, peut nous éloigner du rituel. Prenons les mots et leur utilisation et laissons Pierre Perret chanter.
Pourtant la langue et ses subtilités sont une assurance d’une appartenance clamée sur tous le fronts quand on pense aux 7000 dialectes mondiaux, résultat de la Tour de Babel. Si l’on veut la sérénité mondiale, on sait qu’elle ne serait solide qu’à condition que chacun cherche sa paix intérieure en tout premier lieu mais œuvre à une concordance des mots répétés avec un sens commun, comme-un, plutôt que ceux des va-t-en-guerre qui encouragent le conflit !
Mouvement, décision, association
Référons-nous en au sens tribal bien ancré chez les peuples africains. La palabre africaine est l’assemblée des sages du village, où s’échangent les nouvelles, se discutent les affaires pendantes, se prennent les décisions importantes. Tout le village est à l’écoute, en cercles concentriques, avec quelques gamins qui courent dans les pattes des adultes. Il y a aussi l’écoute des morts et les rites animistes sont un appel à leur participation à la vie tribale.
Les droits humains fondamentaux sont le mouvement, la décision et l’association ; les rites, tradition ou progrès, sont des instruments de cette liberté que nous voulons préserver. Ils font partie intégrante de nos piliers car ils contribuent à notre alignement vertical entre le matériel et le spirituel : ancrage et réconfort, d’une part, élévation et connexion de l’autre. Ne les oublions pas, ce qui nous empêche nullement de leur permettre d’évoluer dans le temps.


