Lettre aux journalistes qui prétendent que la Suisse a perdu à la loyale

Chers journalistes,

Vous qui concluez que la Suisse a été « éliminée à la régulière » lors du quart de finale contre l’Argentine, vous avez parfaitement le droit de formuler une telle analyse. Cependant, laissez-moi vous dire que cette affirmation ne reflète pas pleinement la réalité complexe du match, du parcours de l’Argentine et du contexte institutionnel plus large qui entoure cette Coupe du monde.

  • Oui, Breel Embolo a commis une erreur en simulant (ou pas, d’ailleurs, car le contexte, l’emplacement de cette simulation est un peu aberrant…selon moi), et son expulsion peut se défendre au regard du nouveau règlement de la VAR. Mais réduire tout le match à cette seule décision est insuffisant. 
  • De nombreuses fautes argentines n’ont pas été sanctionnées avec la même rigueur, et plusieurs situations litigieuses favorables à la Suisse n’ont pas été revues par la VAR (un résumé de 9 minutes de fautes argentines non sanctionnées est visible sur les réseaux)
  • Cette accumulation nourrit un sentiment légitime d’arbitrage à géométrie variable.

Casseroles argentines

De fait, le parcours de l’Argentine a été marqué par plusieurs polémiques arbitrales documentées et avérées : 

  • Contre l’Algérie : Faute studs-up (coup de crampon) de Messi non sanctionnée qui méritait largement le rouge (plainte officielle de la Fédération algérienne).
  • Contre l’Autriche : Faute dans la construction du but de Messi non sifflée.
  • Contre le Cap-Vert : Décisions incohérentes sur les fautes et le temps additionnel.
  • Contre l’Égypte : But annulé pour une faute lointaine, penalty probable non accordé sur Mohamed Salah (plainte officielle de la Fédération égyptienne contre l’arbitre François Letexier).
  • Contre la Suisse : Carton rouge d’Embolo via « mistaken identity », jugé « inacceptable » par Murat Yakin en personne.
Qui c’est qui commande ici? Image capture d’écran

On aurait aimé lire ceci dans vos articles : l’Argentine n’a affronté aucune équipe du top 10 FIFA jusqu’aux demi-finales. Elle a aussi bénéficié d’un groupe et d’un tableau favorables, ainsi que d’un calendrier qui a nettement limité ses déplacements par rapport à beaucoup d’autres équipes. 

Une pétition internationale demandant son exclusion frise les 3 millions de signatures en 48 heures. Cette pétition n’aboutira probablement à rien, mais elle démontre la haine viscérale engendrée sur toute la planète.

Le pragmatisme suisse est bien connu : le supporter helvétique ne va pas vendre sa maison et sa voiture, comme certains Argentins le font, pour aller hurler à la gloire de millionnaires de l’Albiceleste dans une tribune de Kansas City. 

Quels experts?

Les Suisses acceptent une défaite avec dignité, sans excès. Sérieux ?

Le rôle du journaliste à ce stade de la compétition frelatée est de se poser des questions ou d’y apporter des réponses avec des faits sourcés et avérés et pas des experts anonymes. Ceux-ci n’ont, vu leur anonymat, aucune crédibilité face à Urs Meier, par exemple, ancien arbitre international suisse qui a officié lors de deux Coupes du monde (1998 et 2002) et qui fustige le niveau abyssal de l’arbitrage de cette édition et notamment cette Argentine – Suisse !!! 

De même, citer Romain Molina, « journaliste français indépendant qui craint pour sa vie vu qu’il fait feu de tout bois », sur le FBI et les affaires de l’AFA (la fédération argentine) permet de se « laver les mains » sans trop s’engager. On en parle « mais c’est celui qui dit qui est !! »

En revanche, dès novembre 2025, mes enquêtes sur le média indépendant infomeduse.ch, menées lors d’un séjour de trois mois en Argentine dénonçaient déjà les dérives mafieuses de l’AFA sous son président Claudio Tapia : perquisitions massives, soupçons de blanchiment via des intermédiaires, rétention de cotisations sociales et flux financiers suspects.

À la mi-décembre, les supporters criaient déjà #fueratapia dans les rues. Tapia fait en effet l’objet de plusieurs procédures judiciaires en Argentine. La justice argentine lui a par ailleurs accordé une autorisation exceptionnelle de séjour à l’étranger jusqu’au 20 juillet 2026 (lendemain de la finale), à condition qu’il se présente ensuite devant les autorités judiciaires argentines dès son retour sur sol argentin. 

L’enquête du FBI

L’enquête du FBI sur les flux financiers internationaux de l’AFA intervient elle aussi dans ce timing particulier, après l’élimination des USA ! Comme par hasard. 

On se demande si les journalistes suisses ont peur de se faire sucrer leurs accréditations pour la prochaine Coupe du monde, ou s’ils vont enfin suivre les traces d’Andrew Jennings ou Declan Hill, ces lanceurs d’alertes qui ont osé dénoncer les scandales FIFA sans compromis, au risque de leur vie !!! 

Les supporters suisses savent accepter une défaite. Ce qu’ils refusent, c’est qu’on leur présente une analyse qui occulte les controverses bien réelles. Ce n’est pas du chauvinisme, c’est une exigence de transparence et d’honnêteté intellectuelle.

Cordialement,

Nadine Crausaz, Journaliste RP, ex-jury Ballon d’Or

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