Et si l’on inscrivait l’être humain au patrimoine de l’humanité? 

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Le monde est-il si moche? Au patrimoine mondial, les monuments ou sites intouchables en raison de leur valeur définie comme inestimable ne sont pas légion. Au total, l’esthète suprême en recense 1248. A une échelle planétaire, c’est très peu, en soi. Seule concession à la générosité, l’Unesco qui déniche ces merveilles n’a pas voulu prendre de risques diplomatiques. Ses joyaux sont localisés dans la quasi-totalité des pays.

La palme revient probablement à l’Italie avec plus de 60 ensembles urbains protégées. En Suisse, dans cette catégorie, seule notre bonne vieille ville de Berne obtient la consécration. Théoriquement, elle ne pourra jamais subir de bombardements. Lavaux de Franz Weber non plus. Ces deux zones bénies figurent au classement des intouchables. Vous les convoitiez, Monsieur le Promoteur? Désolé, elles ne sont pas à prendre!

Inutile de dire qu’une telle classification ne peut faire que des jaloux. Les cités s’écharpent pour obtenir la consécration. Avec des chances très inégales. L’homme est ainsi fait qu’il n’aime rien tant qu’établir des hiérarchies. La beauté ne fait pas exception. Même si elle est partiellement subjective. Le Génie de Berne et l’âme de Fribourg, chantait Gonzague de Reynold… La vieille ville de Fribourg a-t-elle quelque chose à envier à sa rivale des bords de l’Aar? Toujours est-il qu’elle a postulé au début du millénaire mais elle a été recalée.

Hors les enceintes des cités, la concurrence n’est pas moindre. Rares sont les espaces étoilés dans les registres des faiseurs de la perfection sur Terre. Pardon?, vous cherchiez la carrière du Mormont? Aucune chance pour elle d’accéder au graal. Il faut quand même laisser les pelles mécaniques répondre aux exigences des bétonneurs.

A une échelle plus vaste, une poignée de pays fait bande à part. L’Unesco n’y recense aucun site remarquable. C’est le cas de la Somalie et du Soudan du Sud, deux territoires en guerre. Un hasard? On dirait que là où ne se décrète aucune splendeur, il soit permis de massacrer, déporter, détruire sans état d’âme. Quelle beauté sauvera un jour la corne de l’Afrique?

Et si l’on inscrivait tout simplement l’être humain au patrimoine de l’humanité? 

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2 commmentaires à “Et si l’on inscrivait l’être humain au patrimoine de l’humanité? ”

  1. santo cappon 3 août 2026 at 09:00 #

    L’être humain est bel et bien un monument méritant d’être classé au patrimoine de l’UNESCO. Monument vivant et complexe, de mémoire et de créativité dans tous les sens du terme …. En tant qu’édifice biologique et mémoriel, il conserve le souvenir de ses ancêtres sur une double chaîne hélicoïdale que l’on nomme ADN. Double chaîne hélicoïdale au même titre que l’escalier du château de Chambord, lui-même classé au patrimoine de l’UNESCO. CQFD.

    Chaque être humain est ainsi le dépositaire d’une histoire biologique multimillénaire, avec toutes les strates que cela suppose, où se sont empilées les vicissitudes et autres incidents de parcours. Car même si sa destinée est menacée, par sa propre faute, souvent, l’être humain conservera bon an mal an sa valeur « monumentale ». Voyez par exemple et métaphoriquement, la Piazza del Duomo à Pise, rendue célèbre par sa Tour Penchée menaçant de s’écrouler à tout moment : elle est inscrite au patrimoine de l’UNESCO ! Preuve s’il en est qu’une menace peut inspirer le respect découlant d’une telle singularité esthétique défiant les lois de la physique !

    A Paris le devise est « Fluctuat nec Mergitur », qui illustre le farouche mérite de ses habitants, à refuser de se noyer. Alors que le Radeau de la Méduse impressionne par la volonté de survie pyramidale de ceux qui s’y trouvent, au sommet de laquelle on lorgne l’horizon avec espoir. Dans le prolongement et en tant que référence ultime méritant ici d’être classée à l’UNESCO, voyez l’Infoméduse …

  2. Lionel de Pontbriand 3 août 2026 at 18:02 #

    Fort dommage pour Fribourg, en effet! Et Lausanne? La Ville olympique mérite-t-elle des lauriers urbanistiques? La cité a été abandonnée aux plantureux verdoyants écologistes pastèques sans frein à la dépense et à la limite de l’endettement.

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