Il y a tout juste un an, le Tribunal fédéral condamnait définitivement Tariq Ramadan pour « viol » et « contrainte sexuelle » à trois ans de prison dont un an ferme. Non seulement le prédicateur n’a toujours pas été incarcéré, mais il annonce l’ouverture des inscriptions de son école baptisée Chifa, « placée sous le thème de la justice »…
PAR IAN HAMEL, à Genève
Il est passé par ici, il repassera par là. En mars dernier, Tariq Ramadan n’a pas assisté à son procès pour viols à Paris, prétextant une hospitalisation à Genève. Des internautes le photographiaient se promenant tranquillement en ville. Depuis, le prédicateur déjeune fréquemment dans un restaurant de Carouge, dont la spécialité est le cochon de lait. A moins qu’il ne prenne son café à la terrasse d’un bistrot, juste en face du palais de justice, ou carrément de l’autre côté de la frontière, du côté d’Annemasse, alors qu’il y est recherché. Cerise sur le gâteau, la réouverture de Chifa (image ci-dessous), son centre de formation « féministe » et « humaniste » créé en 2020, après de longs mois de détention. Tariq Ramadan fait pourtant l’objet d’un mandat d’arrêt international et la justice français l’a condamné à dix-huit ans de prison pour viols. Elle considère qu’il n’a pas assisté à son procès sans « aucune excuse valable ».
Par ailleurs, les juges parisiens parlent de « réitération d’un comportement criminel élaboré » sur lequel il ne s’est jamais interrogé.
Dans la certitude de sa toute-puissance, il s’est montré incapable de se remettre en cause et a projeté sur les autres, victimes, experts, enquêteurs, juges d’instructions, avocats des parties civiles, ses propres transgressions.
La RTS a publié en avril des extraits de la feuille de motivation de la Cour, expliquant pourquoi les juges ont prononcé une telle peine à l’encontre du prévenu. En clair, Tariq Ramadan demeure un homme particulièrement dangereux.
Que fait l’État de Genève ?
Alors, pourquoi n’est-il pas incarcéré ? Si la condamnation française risque d’être longue avant d’être appliquée. Le prédicateur étant suisse, il ne peut pas être extradé. La France doit alors demander à la Confédération qu’il effectue sa peine dans son pays. En revanche, comment expliquer que Genève ne l’ait pas mis derrière les barreaux alors qu’il a été condamné à trois ans de prison dont un an ferme par le Tribunal fédéral en août 2025 pour « viol » et « contrainte sexuelle » ? L’exécution de la peine de Tariq Ramadan n’est pas du ressort du pouvoir judiciaire, mais du service de la réinsertion et du suivi pénal (SRSP), de l’État de Genève. Plus précisément du Département des institutions et du numérique (DIN), dirigé depuis 2023 par la socialiste Carole-Anne Kast.
Nous avons demandé au DIN pourquoi Tariq Ramadan n’exécutait pas sa peine. Celui-ci nous avait promis une réponse la semaine dernière. Celle-ci ne nous est pas parvenue. Ce silence est d’autant plus assourdissant que le prédicateur continue sur les réseaux sociaux à s’en prendre à ses victimes. Les juges français évoquent pourtant « une entreprise de destruction psychologique des plaignantes et un cyberharcèlement d’ampleur », et aussi « un climat de terreur » qu’il a fait régner.
Ce n’est qu’après avoir reçu l’article paru dans Infoméduse lundi que le DIN nous a répondu:
Conformément à la loi régissant la protection des données, nous ne sommes pas en mesure de communiquer des informations sur les cas particuliers de personnes sous notre responsabilité.
Ne pas être accusé d’islamophobie
Par ailleurs, la presse romande, fort peu curieuse, ne s’est toujours pas inquiétée qu’un violeur récidiviste puisse circuler librement à Genève, comme dans le reste de la Suisse. Début août, le Collectif Némésis, un mouvement « féministe et identitaire », classé très à droite en France, a collé des affiches et distribués des tracts contenant la photo de Tariq Ramadan, posant la question :
Savez-vous qu’un violeur se promène librement dans le quartier [sic] de Carouge ?
Le Collectif Némésis est allé jusqu’à en déposer au Centre islamique de Genève, dirigé par Hani Ramadan. Ce dernier promet la lapidation en cas d’adultère, mais il n’a jamais mis en cause son frère Tariq.
Ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la Direction générale des Services extérieurs (DGSE), Alain Chouet était en poste à Genève dans les années nonante. Il a été le premier à alerter sur la dangerosité des Ramadan, membres actif de la Confrérie des Frères musulmans. « Tariq Ramadan toujours en liberté ? C’est pathétique mais cela ne m’étonne guère quand on connaît l’aplaventrisme des élus de gauche. Ils ont tellement peur d’être accusé d’islamophobie, qu’ils sont capables de trouver toutes les excuses à Tariq Ramadan », souligne l’auteur de « Sept ans vers l’enfer », consacré au séparatisme islamiste.




