Livres – Le chemin de vie d’une indocile

PAR MARTIN DE WAZIERS

Fatalitas, hereditas ! Depuis 4 millions d’années, l’homme a eu tendance à reproduire des schémas imposés. La psychogénétique aidant, on est obligé d’adopter ce que les parents nous ont mis dans les gènes à la naissance mais cela se doublait d’un respect pour les anciens. La toute 1ère religion n’était-elle pas l’animisme, le culte des âmes que l’on savait en suspens au-dessus de nos têtes et que l’on respectait plus que tout dans son quotidien !

O tempora, o mores ! Autre temps, autres mœurs… les 56 dernières années ont bousculé le monde par une précipitation de révoltes diverses : mai’68, crise du pétrole, SIDA, féminisme, guerres, crises internet/subprime/euro, COVID… et Gaïa/écologie. Et quelle était la toute 1ère si ce n’est la libération sexuelle qui a fait jaser dans les chaumières. Indocile, notre narratrice en a fait partie quand elle parcourt son chemin de vie à la 1ère personne et demande pardon !

« Il paraît que c’est ma fille ; moi, je n’en sais rien! »

Pardon à sa fille, à l’heure des pardons à tout va, cela sonne bien car on pourrait la plaindre dans son mea culpa bien cadencé. Elle a fauté et, à l’heure des avortements clandestins, 9 mois de gestation pour se convaincre de conserver cet enfant qu’elle appellera Nathalie, qui vient du latin ‘jour de naissance’ ! Gabrielle, notre narratrice est ‘Force de Dieu’, cela promet car, avec Vatican II qui pointe son nez dans la foulée de cette naissance, doit-on entendre ?

Que nenni ! Gabrielle a volontiers porté Nathalie à terme mais ne va pas oublier sa révolte… L’indocile qu’elle est à Lausanne s’entiche de Paris, retrouve sa copine Sarah ‘Princesse’ et fait des allers-retours incessants en trimbalant l’enfant : « Je ne sais pas qui c’est ; il paraît que c’est ma fille ; moi, je n’en sais rien ! » Si elle se rêve en femme libre et refuse tout ce qui pourrait entraver sa liberté, mariage et maternité se sont imposés en obligation sociale.

La case du mariage

Elle avait 23 ans en 1959 et profite du même âge atteint par sa fille en 1982 pour lui raconter son rejet pour le rôle exigé et son enfant dont la vitalité et l’insolence l’irritaient constamment. En racontant l’histoire d’une femme souveraine, MDK pose la question du désir d’être mère, un sujet toujours brûlant d’actualité. Nombreuses sont celles qui portent en elles, bien enfoui, le poids du non-désir, la frustration de n’avoir pas eu le droit de se préparer à devenir mère !

Gabrielle aura, quand même, coché la case du mariage avec Marc ‘Mars, dieu romain de la guerre’, mais mai’68 passant par-là, rompt son union au bout de 10 ans, permettant que les années formatrices de Nathalie ne soient pas trop gâchées ! Vont suivre 7 ans de douceur relative où elle va se retrouver après ce qu’elle considère comme abnégation, allaitement compris, non-amour, évitement du ménage où elle considère qu’elle s’est fait dévorer !

Sortir du syndrome de la cabane

Prends ta place, fais confiance, se dit Gabrielle, il est grand temps que tu te libères après t’être cassé la nuque… en vrai ! Il en a fallu de peu pour que je termine paralytique mais, psychosomatique oblige, j’accepte les sensations qui viennent à moi et je les laisse circuler librement. J’accepte les richesses que j’ai à l’intérieur, je n’ai plus à me préoccuper de ce que les autres pensent de moi car je suis pleinement consciente de tout mon potentiel.

Courage, énergie, image de soi, estime, égards, considération, tout cela vient contrer la culpabilité inscrite dans la culture judéo-chrétienne ! Nul besoin de lui reprocher l’amour libre de Walden Sex, car elle est passé de la violence à l’amour. Il y avait heureusement, Grand Maman, tout du long, un grand-parent qui soutient, mais il y a eu Sarah, Giovanni, filles au pair, une féministe forcenée, un Napolitain de passage… mais pas de conseil conjugal !

Gabrielle a bien vécu et a la bonté de livrer son combat de vie à la lumière du monde actuel qui engage les femmes à trouver leur voie ! Doit-on l’admirer pour son courage, doit-on la condamner pour son égoïsme ? Être ou paraître, le difficile choix, nous est donné à tous, quelles que soient les frasques par lesquelles nous passons. Un point clé : think out of the box, it helps to be ! C’est une vérité qui permet de s’autoriser à sortir du syndrome de la cabane !

©Martin de Waziers

« Indocile », par Marie Danielle Koechlin, Ateliers Henry Dougier HD

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