Un épais coton imbibait de gris tout le paysage, on n’y voyait goutte.
En ouvrant sa fenêtre, la moue affligée de Gilles traduisait son humeur, alors que, derrière lui, Zoé souriante, s’écriait:
– Chouette ! on est dans le duvet, tout caché, bien protégé ! »
Et Gilles de lancer:
– A chacun sa journée ! et de disparaître, désappointé, en emportant sa moue.
Accoudée à la fenêtre, Zoé inspirait lentement cet air humide et ouaté; elle réalisait que, ne rien voir, c’était être libéré, pour découvrir cette nouvelle attention d’observation, patiente, éveillée en émerveillements.
Dans cet air cotonneux et argenté, le gris s’étirait lentement, transformé en une fente claire horizontale et prometteuse.
L’opacité n’était qu’une annonce d’espérance.
Bientôt, la bruine révélait la luminescence des feuilles et les arbres fêtaient Noël.
L’enveloppe du brouillard qui semblait d’abord tout masquer, cachait le mystère de la discrète préparation lumineuse, glissant du gris vers l’orange. Le spectre des couleurs dépliait un éventail éphémère et changeant.
Dans cette attente silencieuse, le bleu-noir ouvrait ça et là des hublots qui déversaient leur clarté céleste sur la terre, pour effleurer, allumer et vivifier les crêtes, l’écorce des arbres, et jusqu’aux mousses.
Lumière, puissante et victorieuse, coalescent avec l’arrivée du paysage nouveau.
Zoé referma la fenêtre, la lumière, entrée en elle, déployait une luminescence.
Claire-Dominique


