Loana ou la fin tragique d’une star de la téléréalité

La jeune femme magnifique qui avait été désignée meilleure participante à l’émission « Loft Story » en 2001 a suivi un parcours chaotique et tragique. Nuits blanches dans des bars et discothèques arrosées d’alcool et saupoudrée de coke, impossibilité d’assumer des relations amoureuses stables, instabilité chronique. Ce qui de loin ressemblait à un rêve a tourné au cauchemar, jusqu’à ce mercredi de mars où elle a été retrouvé morte dans son logement à Nice… La France toute entière est sous le choc.

Loana Petrucciani à Cannes en 2018. Capture d’écran



PAR YANN LE HOUELLEUR, Paris

A travers la porte de son appartement à Nice s’échappait une odeur de putréfaction. Depuis deux jours, les commerçants du quartier ne l’avaient plus vue. Que s’était-il passé chez Loana ? Même les voisins n’entendaient plus son chien Titi japper. Alors, le mercredi 26 mars, une brigade de policiers municipaux s’est rendue sur place : une fenêtre laissée ouverte a permis aux secours de découvrir, sur le champ, son cadavre. Comble de l’horreur ; le petit chien gisait aux côtés de sa maîtresse, sans doute mort de faim. La table de nuit de Loana croulait sous des boites de médicaments, des sachets de substances inavouables et des verres qui avaient servi à étancher sa soif d’alcool. Des bleus un peu partout sur son corps laissaient à penser que cette femme de 48 ans avait fait une mauvaise chute dont elle n’avait pu se relever.

Cheveux blonds et poitrine avantageuse

Dans nombre de médias, l’annonce du décès de Loana Petrucciani a éclipsé une actualité pourtant chargée : les conséquences de la victoire de la France Insoumise et du Rassemblement national dans plusieurs villes stratégiques au second tour des élections municipales le dimanche 22 mars ; l’intervention discrète des forces armées tricolores dans le conflit au Moyen-Orient ; l’hommage national rendu à l’ancien Premier ministre Lionel Jospin décédé à l’âge de 88 ans…

Presque tous les Français qui avaient au moins dix ans au début du millénaire se souviennent avoir vu cette jeune femme magnifique alors âgée de 23 ans, aux cheveux blonds et longs ondulés, aux yeux couleur émeraude et à la poitrine avantageuse ravir la vedette aux dix autres participants d’une émission quotidienne d’un nouveau genre, « Loft Story» (*). Retransmise par M6, Loft Story était produite par Endemol, une multinationale du divertissement. Elle n’allait pas tarder à battre tous les records d’audience. Une moyenne de cinq millions de téléspectateurs chaque soir du 21 avril au 5 juillet 2001, avec une pointe de 8 millions lors de la finale.

Le principe de cette nouvelle génération d’émissions était bête comme choux : onze jeunes gens enfermés dans une maison, espionnés par vingt-six caméras-vidéos avides de saisir leurs moindres faits et gestes retransmis en direct. Dans une France où des émissions culturelles obtenaient encore de beaux succès, cette incursion du cul et du voyeurisme dans les petits écrans ne manqua pas de déchaîner de retentissantes polémiques qui décuplèrent le soir où Loana se mit à faire l’amour avec un beau mec au fond d’une piscine. 

Un appartement au Trocadéro

Le 5 juillet de cette année-là, Loana fut consacrée meilleure participante par le biais d’un sondage auprès des téléspectateurs ; la notoriété n’allait pas tarder à lui faire tourner la tête. A bord d’une luxueuse voiture, elle remonta les Champs Elysées rayonnante de bonheur, plus solaire que jamais, poursuivie par une horde de photographes et acclamée par plusieurs centaines de fans en transe.

Dans un documentaire sur la singulière trajectoire de Loana diffusé par CNews le samedi 28 mars, des personnalités qui l’avaient bien connue ont relaté ses premières années de gloire suivies d’une descente aux enfers. Avec le million et demi de francs (soit 232.000 euros au cours actuel) qui récompensèrent sa victoire, Loana s’offrit un appartementdonnant sur la place du Trocadéro, si onéreux qu’elle dut contracter un crédit ; elle espérait pouvoir honorer ses dettes grâce à une carrière de chanteuse, de mannequin et d’entrepreneur. Mais derrière le paravent de son sourire et malgré sa gentillesse coutumière suintaient des blessures liées à une personnalité fragile ; Loana ne parvenait pas à dompter ses angoisses héritées d’une enfance chaotique pendant laquelle elle fut battue et et victime d’un inceste. Telle fut la description que fit de Loana l’un des chroniqueurs de « Tout  beau tout neuf », une émission présentée par Cyril Hanouna sur W9, une chaine du groupe M6.

Parasites et individus toxiques

Loana avait envie de croquer dans la vie à pleines dents. Elle était approchée et courtisée par une légion de princes charmants et de dragueurs qui prétextaient de factices amitiés avec elle pour avoir accès à des bars, des discothèques, des adresses prestigieuses où ses relations avaient table ouverte. Plus s’exacerbait son anxiété et plus Loana s’imaginait vivre de fructueuses romances. Elle était en réalité la cible de parasites et même d’individus toxiques cachant bien leur jeu. Passablement influençable, elle se laissa entraîner dans un tsunami de drogues toujours plus dures qu’elle consommait simultanément avec des boissons alcoolisées. Son joli minois commença à se flétrir et pour en masquer la détérioration elle eut recours à la chirurgie plastique. 

Au lieu de voler à son secours, de l’aimer pour ce qu’elle était vraiment, ses amis s’en détournèrent, la boudèrent. Cette déesse du petit écran qui avait suscité tant de fantasmes et fait battre tant de cœurs, perdit son appartement du Trocadéro. S’en suivit alors une assez longue période d’instabilité à tous points de vue pendant laquelle Loana fut recueillie par des connaissances. Puis elle occupa un petit appartement à Nice, vivant sous perfusion de l’Etat : elle disposait du RSA pour survivre. (Le RSA est un revenu minimal destiné à des citoyens embourbés dans la précarité.)

Appartenant au dernier carré d’amis qui prenaient encore de ses nouvelles, Laurent Amar a revu Loana une ultime fois un mois avant sa mort. Dans le reportage diffusé par CNews, il a évoqué sa dégringolade : 

Elle n’avait plus un sou pour manger, sa ligne téléphonique avait été coupée à cause de défauts de payement, elle était lessivée… 

 Laurent Amar a compris que « Loana était malade psychologiquement lorsqu’il a découvert « le souk » auquel s’apparentait son logement :

Elle ne rangeait plus rien ; elle laissait trainer un peu partout des boites remplies de médicaments ou contenant d’autres choses… 

(*) Un loft est un type d’appartement doté d’un petit étage ouvert donnant sur un rez-de-chaussée décloisonné. Souvent importante, la hauteur sous plafond permet l’aménagement de cet étage. Les lofts sont souvent aménagés dans d’anciens bâtiments industriels réhabilités.

C’est à Nice que Loana était allée vivre après avoir dû se délester de son appartement au Trocadéro à Paris. « Luxe et décadence » est-on tenté de dire à propos de sa vie, à l’instar de Nice, une ville qui présente elle aussi un double visage. Une très belle ville, réputée prospère, où se sont implantées des poches de paupérisation en proie à une forte criminalité. Dominant la Baie des Anges, l’hôtel Le Negresco incarne l’élégance et le luxe à la française, des vertus auxquelles Loana aspirait. Mais les malheurs qui se sont cristallisé autour d’elle l’ont condamnée à vivre dans un quartier populaire, en retrait de la prestigieuse baie. Bénéficiant d’aides sociales pour survivre, la gagnante de « Loft Story » en 2021 avait basculé dans la précarité, incapable de fréquenter la haute société. Dessin @Yann Le Houelleur


« La téléréalité préfigurait nos réseaux sociaux actuels »


Ceci dit, on ne saurait échapper au triste constat qu’a fait à l’auteur de l’article que vous avez sous les yeux un traceur (*) passionné de sociologie, Yoann Leroux :

La téléréalité, qui a fait gagner tant d’argent à des chaînes de télévision telles que M6 et TF1 préfigurait nos réseaux sociaux actuels qui nous condamnent à vivre en permanence épiés, voire traqués, dans une atmosphère de totale désinhibition. 



Effectivement, qui donc, aujourd’hui, dans sa vie personnelle et professionnelle, pourrait se passer d’Instagram qui présente aussi l’avantage de pouvoir abuser des trompe-l’œil dans la déclinaison de ses projets et réalisations ? Or, on l’oublie trop souvent, les êtres humains adorent se vanter, pérorer, piétiner autrui, déclenchant des tsunamis de jalousie. Faire le mal, cela fait tant de bien à quantité de pervers narcissiques et prédateurs… 

L’un des aspects les plus significatifs de cette « affaire » : les hommages rendus à Loana par l’ensemble des médias et sur les réseaux sociaux se sont déroulés à l’instar d’une émission de… téléréalité à laquelle elle a ainsi, déjà morte, participé malgré elle. Une fois de plus, toute sa vie, sa déchéance plus précisément, ont été mises en scène sans retenue aucune. Une ultime overdose de voyeurisme destinée à rassurer les bonnes âmes menacées, à leur tour, de verser dans des tragédies similaires. Censée instaurer le culte de la transparence, les réseaux sociaux sont la plupart du temps le fruit d’une effroyable incohérence, la volonté farouche d’exister en dépit d’un traumatisme auquel peu d’entre nous échappent : la certitude inavouée que personne n’est vraiment pire ou meilleur par rapport à ses voisins et plus largement ses contemporains. La prédation, elle, n’a pas de fin…  YLH                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

(*) Le mot « traceur » désigne les jeunes gens qui escaladent les façades de maisons pour entreprendre un florilège d’acrobaties et de cascades sur les toits, les plus raisonnables d’entre eux étant munis de cordes et de piolets. Certains en profitent pour peindre, au moyen de bombes, des figures et des mots que l’on découvre sur des supports divers : cheminées, portions de façades, pylônes, ponts… Sans oublier les viaducs où défilent les rames de métro aérien.
 

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