Le thème est universel. Laquelle d’entre nous n’a pas été émue par Marlon Brando dans Un Tramway nommé Désir ou le rebelle Johnny Depp d’avant Vanessa ? Le théâtre, le cinéma, la télé qui ont adapté à plusieurs reprises et dans le monde entier l’histoire de Liliom, ne s’y sont pas trompés.
Pour son troisème opus, le metteur en scène lausannois Matthias Urban, d’origine hongroise, part sur les traces de son passé en proposant cette pièce écrite par Ferenc Molnàr en 1909.
Liliom n’est pas un ange, tant s’en faut. Dans la banlieue de Budapest, au son des violons de la fête, le jeune forain déploie toute la panoplie du mauvais garçon. Celui auquel les filles ne peuvent et ne savent résister. Quitte à en pleurer d’amour. Dans ce manège infernal, tout semble possible : l’univers oscille entre rêve et réalité, cauchemar et rédemption, aller et retour pour le paradis.
Servi par une langue à chaque phrase bousculée, réinventée, incarnée – très beau travail de traduction – François Florey interprète Liliom avec l’accent des cabossés de la vie. Il est entouré d’une formidable équipe de comédiens qui tous – distribution oblige – jouent de multiples partitions, esquissant avec malice une galerie de portraits qui pourraient être les nôtres tant les préoccupations de cette tragi-comédie sont contemporaines.
A la question de savoir ce qui le touche dans le personnage de Liliom, Matthias Urban raconte l’enfant qui cherche en vain la clé du monde des « grandes personnes », le paradoxe de l’adulte perdu dans son quotidien, les trajectoires brisées, les êtres à la dérive, ces anti-héros dont les dramaturges font des héros. Il ajoute : « On n’excuse pas, on comprend, et on retrouve en lui l’enfant qui est en nous ».
Un autre théâtre, qui nous vient de l’est, en balançant du rire aux larmes.
Théatre du Crochetan, Monthey, vendredi 15 avril 2011
Article publié dans Valais-mag