DSK: la vérité si je mens


L’interview de Dominique Strauss-Kahn (DSK) à TF1 devrait être étudiée par tous les experts en communication. Comment ne pas répondre aux questions que se pose le public? Comment apparaître comme une victime quand on a été accusé de viol? Comment plomber la candidature de son «amie» politique, la première secrétaire du parti socialiste? Comment utiliser ses compétences pour faire la leçon aux gouvernements européens? Tout cela, en 24 minutes, devant 13 millions de spectateurs. Du grand art, chapeau, l’artiste!

L’agence de communication Euro RSCG, qui a organisé la contre-offensive médiatique de DSK, a bien mérité ses honoraires. D’abord, en choisissant Claire Chazal, la présentatrice du journal de TF1, une amie de la femme de DSK, Anne Sinclair, les communicants étaient certains que les questions ne seraient pas trop incisives. Ensuite, en imposant à DSK un visage grave, une attitude de contrition publique, un débit lent, des silences étudiés. Mais le plus fort, c’est d’avoir trouvé, comme l’écrit le “Monde”, la formule magique : «un mot-clé capable d’exprimer le regret sans évoquer l’accusation de viol. Capable d’admettre la réalité d’une relation sexuelle en évacuant toute connotation délictuelle. De limiter la gravité des faits à la morale familiale, en éliminant toute agression physique présumée.» Le mot-clé de DSK, c’est “une faute morale”. Qui vous parle de violence, de contrainte, d’agression sexuelle, de viol? Une faute, et même pas tarifée, foi de DSK!

Claire Chazal a gobé cela sans réagir. Autre truc médiatique, comme dans une série américaine: brandir, comme preuve de son innocence, le rapport du procureur de New York qui a laissé tomber les charges contre DSK. La femme de chambre qui l’accuse aurait «menti sur tout». Un peu léger, le résumé du rapport. En réalité, le procureur Cyrus Vance n’a pas dit qu’une agression sexuelle n’avait pas eu lieu, mais qu’il avait des doutes sérieux sur la crédibilité de la plaignante. DSK contre-attaque en laissant entendre qu’il a peut-être été victime d’un complot ou d’un piège. De qui ? Peut-être de l’hôtel Sofitel: Je me demande pourquoi on a voulu aider celle qui voulait m’accuser”. En passant, DSK aussi balayé les accusations «imaginaires» de la journaliste Banon, qui a porté plainte pour tentative de viol. Bref, DSK est responsable de «légèreté» envers les femmes, mais pas coupable!

On l’attendait aussi sur la politique. Et là non plus, DSK n’a pas déçu son public: oui, il voulait être candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle. Oui, il avait conclu un pacte avec Martine Aubry, la première secrétaire du parti socialiste: le vainqueur des «primaires» socialistes d’octobre serait le candidat officiel et l’autre se retirerait. Sauf qu’en confirmant ce secret de Polichinelle, DSK donne un «baiser de la mort» à son «amie», en la faisant passer pour une candidate de substitution. Du pain bénit pour le favori des sondages, François Hollande. Gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge!

Mais là où DSK a sorti le grand jeu, c’est quand Claire Chazal lui a demandé son avis sur la crise de l’euro. DSK, coincé dans un rôle de composition, s’est alors libéré. Il était en terrain connu et il pouvait étaler ses compétences économiques. L’ancien directeur général du FMI, redevenu volubile, n’a pas manqué l’occasion de donner une leçon financière aux gouvernements européens empêtrés depuis des mois dans la crise de l’euro et de la dette grecque. Il a conclu l’entretien par un appel du pied: il n’est candidat à rien, mais toute sa vie a été consacrée au service public. «Alors, on verra».

Habile, sûrement. Convainquant, certainement pas. Sauf pour ses amis politiques. La plupart des réactions ont été que, sur la forme, DSK a en fait des tonnes, comme un vieux cabotin. A gauche, les socialistes les plus aimables ont souhaité que DSK se taise à l’avenir. Les plus critiques ont parlé de «confession lamentable», d’ “exhibitionscandaleuse”. A droite, évidemment, on relève que DSK a été «plus à l’aise pour afficher sa compétence que sa sincérité. La décence eût été le silence”. Tous les ingrédients étaient réunis pour un show médiatique: le sexe, l’argent, la chute d’un homme puissant rattrapé par la machine judiciaire, le tsunami médiatique.

Et la vérité dans tout ça? Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer!

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2 Responses to “DSK: la vérité si je mens”

  1. ACKERMANN Guy 22 septembre 2011 at 01:59 #

    Bravo Marc. Excellent papier. ! Clairvoyance dans l’observation, clarté,dans l’énonciation équilibre dans l’analyse. Une belle qualité suisse, c’est à dire une neutralité vive au milieu du trouble tourbillon “eurotique”.Amitiés Guyack

  2. Doni 22 septembre 2011 at 15:07 #

    Très bien écrit.
    Le ton employé par DSK m’a semblé déplacé et peu convainquant. Il a emprunté le regard, les gestes, le rythme de parole et les intonations d’un orateur face à son public qui prononce un discours pre-établi, un discours de campagne. Le moment n’avait rien d’une interview et Claire Chazal, transparente, n’a pas fait mine de rétablir le rapport entre le journaliste et l’interviewé que l’on attend dans ces cas. Décevant…

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