Le hasard sous la coupole


On a pu croire un moment, jeudi dernier, que Christoph Blocher avait cessé de bluffer. Erreur.

La direction de l’UDC était avertie avant la réunion le 1er décembre de son groupe parlementaire que son candidat au Conseil fédéral, Bruno Zuppiger, trainait une sérieuse casserole. Cela n’a pas empêché Christoph Blocher d’y aller au culot et de faire introniser Zuppiger. Seul l’impact dévastateur de la révélation médiatique de cette affaire a imposé une réunion de catastrophe jeudi dernier. Et là, nouveau coup de bluff, Blocher sort de son chapeau Hansjörg Walter l’obéissant, un homme tellement peu considéré jusqu’ici par Blocher et consorts qu’il avait dû décliner expressément une éventuelle élection contre Ueli Maurer: sa toute neuve présidence du Conseil national lui ayant été offerte en compensation. Pour solde de tout compte, aurait-on pu dire, n’était cette panique de l’affaire Zuppiger a contraint l’état-major général à le rappeler et lui faire dire «coucou, me revoilà!»

Le pire, c’est que ça risque de marcher! Réfugié samedi dans une caserne vaudoise, le «premier parti de Suisse» a fait honneur à l’esprit des lieux, et avalisé, au garde-à-vous, la propulsion du Thurgovien dans l’arène.

Le pire encore, c’est qu’il n’est pas exclu que cela marche aussi mercredi 14 décembre. Tout de même, les dommages collatéraux sont légion, qui font douter du résultat.

Les tensions linguistiques, entre autres dommages: «Zut, on avait oublié qu’il est nul en français!» Allons, ce n’est pas un dommage, c’est seulement un peu dommage. Le même détail n’empêche pas Walter d’être président de l’Union suisse des paysans, où il est flanqué de deux vice-présidents alémaniques, comme à la tête du Conseil national. Alors, vous n’allez pas pinailler! Pascal Broulis avait été écarté pour ses difficultés en allemand? Ce n’est bien sûr pas la même chose… Surtout que les radicaux avaient alors besoin de ce prétexte pour barrer la route à un centriste.

Domages d’image, aussi. Blocher, «ce grand communicateur», comme aiment à dire ses fans, patauge dans les vapeurs de l’incohérence depuis le résultat des élections fédérales, où le coup d’arrêt du Conseil national a été aggravé par le fiasco de l’opération de conquête du Conseil des Etats. Il ne sait plus que dire, quand on vient encore l’interroger.

S’agissant du deuxième siège UDC au Conseil fédéral, lui et son staff ont fait preuve d’une impréparation confondante. Qu’en était-il, à fin octobre, de cette exigence du deuxième fauteuil, martelée pendant quatre ans? L’UDC n’avait pas de nom à avancer, une fois l’impopulaire Bader éliminé. Il ne restait plus que le Romand Jean-François Rime, vous imaginez, un Romand!

Au moins cette peur du vide les a-t-elle stimulés, encore qu’ils n’aient pas cherché loin. Ils ont pioché à l’aveugle dans le vivier zuricois, qui est, on le sait depuis l’affaire Swissair, une garantie de qualité suisse.

C’est l’épisode Zuppiger. Puis il a fallu pousser quelques kils plus loin, Richtung Saint-Gall, ça nous donne l’épisode Walter.

Il ne semble pas que la farce soit appréciée de tout le monde. On déchiffrera à cette aune les déclarations samedi de Marin Bäumle, chef de file des Verts de droite. Il fait partie du marais, et ne donne pas du tout l’impression d’avoir été enthousiasmé par l’arrivée du sauveur Hansjörg Walter. Petit indicateur d’une situation parfaitement confuse. Place maintenant aux manoeuvres de couloirs. Qui sait: en fin de compte, peut-être seul le hasard tranchera. La dernière opération de Blocher jouée à pile ou face, qui sait.

Article paru dans “Courant d’Idées”

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