Qui rêve encore d’être maire?


Dans le Jura, faute de candidats intéressés à accepter une fonction municipale, il y a eu peu de batailles électorales. Est-ce très différent ailleurs?

PAR JEAN-CLAUDE CREVOISIER

De nombreux maires, uniques candidats lors du dépôt des listes, ont été élus tacitement. Il en a été de même pour de nombreux membres d’exécutifs communaux. Les urnes n’ont dû rendre un verdict que dans les chefs-lieux de district et dans quelques autres localités. Là où les partis se mesurent encore périodiquement ou alors lorsque des clans locaux se sont affrontés ponctuellement, comme ce fut le cas, au début de l’année 2012, dans quelques villages entre partisans et adversaires de projets de fusions communales. En quelques endroits, même, aucune liste n’a été déposée et des élections dites libres ont désigné les «heureux élus» (1).

On peut en conclure que l’obtention d’un siège dans un exécutif communal n’est plus un objet de convoitise. Une partie de l’explication réside vraisemblablement dans le mouvement généralisé de repli sur la sphère privée (famille, loisirs et travail). Le service à une collectivité, qu’elle soit politique ou associative, ne trouve plus preneur.

La démocratie locale, dont beaucoup se gargarisent, est-elle dès lors condamnée à terme? Il faut bien reconnaître que les fonctions de maire ou de conseiller communal ont perdu leur pouvoir d’attractivité. Il y a plusieurs raisons à cela. Commençons par citer l’absence de reconnaissance et de respect de la fonction. L’élu communal est souvent pris comme paratonnerre des mécontentements populaires. Pour les félicitations et les remerciements, il faut souvent attendre longtemps.

Autre élément d’explication: la variété, la complexité et les difficultés des tâches dévolues aux élus locaux. Ceux-ci sont confrontés au foisonnement et à l’évolution continue de la législation. Ils doivent prendre en compte et «jongler» avec les impératifs techniques et financiers qui relèvent notamment de leur département. Mais il y a plus encore et peu y sont au départ préparés. Un responsable communal doit savoir diriger et animer une équipe (du personnel, des commissions municipales); il doit suivre sinon élaborer des projets, les présenter ensuite à ses collègues puis les faire accepter par la population; il doit fréquemment gérer et apaiser des conflits interpersonnels; il doit aussi avoir une vision de l’avenir de sa commune qui va au-delà d’une législature; il doit enfin avoir le courage de dire publiquement les choses, même désagréables à entendre (par exemple dire non à l’occasion).

Toutes ces compétences ne sont pas innées. Et il est illusoire de croire qu’elles peuvent s’acquérir «sur le tas». Une formation, pas seulement technique dans le domaine particulier qui les concerne, doit donc être proposée aux personnes qui assument des charges communales. Mais pour que cela soit possible, il est indispensable que les intéressés bénéficient d’un crédit temps rétribué, pris en charge par la commune.

Reconnaissons enfin qu’aujourd’hui, presque tous les services à la société et à la personne sont entrés dans la sphère marchande. Dès lors, le bénévolat se raréfie voire se tarit. Chacun s’estime légitimé à demander à être indemnisé pour le temps et les compétences qu’il consacre à la société. Mais, dans la plupart des communes, la population est loin d’admettre plus qu’une indemnité symbolique autant que chiche pour ceux qui gèrent les affaires publiques. Il appartient alors au canton d’édicter en la matière, comme il l’a fait dans d’autres domaines (les crèches par exemple), des règles d’indemnisation obligatoire.

Ainsi, les trois éléments développés ci-dessus sont liés. La pérennité de la structure communale, avec un personnel politique de milice, repose sur la valorisation, la reconnaissance et le respect des élus locaux, sur une préparation (par une formation adéquate) aux responsabilités de ceux que la démocratie appelle aux commandes et sur une juste rétribution du temps qu’ils consacrent à ce travail.

(1) A Corban, village jurassien, les personnes ainsi désignées ont toutes refusé leur élection!

Article paru dans “Courant d’Idées

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One Response to “Qui rêve encore d’être maire?”

  1. dieta 4 novembre 2012 at 08:43 #

    L’immigration à flots continus pose un problème évident auquel il convient de s’attaquer sérieusement. L’islamisme, variante extrémiste de l’islam, doit être combattu. Il n’est plus possible de se voiler la face sur le fait que la délinquance violente est majoritairement le fait de populations maghrebines. Mais si l’on redoute les effets pervers du communautarisme il convient de s’interroger aussi sur l’influence de la communauté juive de notre pays dans les états-majors des deux grands partis qui trustent le pouvoir. Dray, DSK, Fabius, Le Guen, …au PS. Pareil ou presque à l’UMP. Il n’est pas normal que le CRIF convoque la classe politique et les plus hautes autorités de l’Etat une fois par an. Et qui’on ne vienne pas me dire que nos compatriotes de confession juive ne constituent qu’une part infime de la population. Justement ! Leur poids et leur influence sont disproportionnés. Si je ne peux admettre que des jeunes “français” défilent avec des drapeaux algériens, je ne peux pas davantage admettre qu’un ex-candidat à la présidence ait pu se vanter de se lever tous les matins en pensant à Israël. Combien de musulmans à l’assemblée ? Il est sain et légitime de se poser la question du communautarisme mais de TOUS les communautarismes.

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