Berne propose des remèdes économiques éculés


Dans le «Matin dimanche» du 6 janvier 2013, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch dit craindre que la Suisse ne «se repose sur ses lauriers». L’inquiétude est légitime et probablement fondée mais pour d’autres raisons que celles invoquées par la directrice du Secrétariat d’Etat à l’économie, le seco. 

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Les arguments proposés dans l’interview par Mme Ineichen-Fleisch contribuent en effet à relayer de fausses analyses, reflétant le conformisme d’un système de pensée économique éculé, promu par une dialectique guerrière, au final destructrice de valeurs et de biens. On peut redouter dans ces conditions que les remèdes proposés ne soient pas pires que le mal.

D’abord la directrice du seco prévoit un taux de chômage de 3,3% en Suisse en 2013. Un niveau relativement bas, commente Mme Ineichen-Fleisch. Cette estimation relève de la désinformation. En effet, le chiffre de 3,3% ne tient pas compte des chômeurs en fin de droit dont la courbe a subi un mouvement ascendant ces deux dernières années avec le racourcissement de la durée des allocations de chômage. 

Il ne dit rien non plus sur la pauvreté en Suisse. Près de 8% de personnes seraient concernées en dépit des assurances de l’Office de la statistique. Ce dernier déclare que la pauvreté a reculé depuis 2008, une constatation qui étonne dans la mesure où elle ne cadre pas avec l’évolution conjoncturelle. 2008 est quand même l’année où a éclaté une crise économique mondiale.

La conséquence d’un «bas» taux de chômage, se réjouit Mme Ineichen-Fleisch, s’exercera favorablement sur la consommation. Grâce à un pouvoir d’achat intact, celle-ci pourra continuer à afficher une évolution conforme aux standards des vestales du PIB, une référence dont on n’a jamais réussi à prouver qu’elle constituait la condition sine qua non du bonheur sur terre. Le consumérisme ambiant traduit plutôt la schyzophénie d’une société qu’effarouchent les changements climatiques mais qui n’établit aucun lien de cause entre ce phénomène et l’hystérie de son comportement acheteur. La montagne de papiers d’emballage jetés n’importe comment dans les bennes à ordure au lendemain de Noël atteste de cette contradiction.

La directrice du seco n’est pas plus inspirée quand elle s’engage en faveur de la privatisation de la santé et de l’éducation ou bien lorsqu’elle déclare comprendre l’augmentation des tarifs  des CFF, une mesure à la fois anti-sociale et anti-écologique. Elle ne fait pas preuve de plus d’empathie citoyenne quand elle lance une pique contre les milieux agricoles qu’elle souhaiterait moins rétifs devant les mots d’ordre des organisations économiques prônant le libre-échange. Le discours n’est pas nouveau et alimente une autre névrose collective, celle du mal-être qu’induit l’importation de marchandises produites dans des régions où les conditions de travail de la main-d’oeuvre laissent à désirer. La recherche du meilleur prix ne justifie pas ce compromis moral, d’ailleurs incompatible avec la lutte contre la concurrence déloyale, dogme libéral s’il en est. 

Toujours au chapitre du libre-échange, un cas de conscience analogue ne semble pas troubler Mme Ineichen-Fleisch lorsqu’elle aborde la perspective d’un prochain accord avec la Chine. La directrice du seco voit dans cette nouvelle alliance une compensation heureuse aux blocages européens. La question à lui poser illico eût été de lui demander comment le seco se positionne face à la politique d’un pays qui n’a pas renié ses options dirigistes et bafoue des droits élémentaires telle que l’action syndicale.

La Suisse dort sur ses lauriers, peut-être. Mais ce n’est pas avec les formules toutes faites du seco qu’elle émergera de son sommeil munie du bagage susceptible d’empoigner des options dignes des nouveaux enjeux environnementaux et sociaux.

 

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