Tribune libre: «Réfugié(e)s syriens à l’Union syndicale suisse, une demande de soutien»


Le 17 septembre 2013, une cinquantaine de représentant(e)s des réfugié(e)s syriens en Suisse ont rendu visite au siège bernois de l’Union syndicale suisse (USS), demandant à pouvoir s’entretenir avec des représentant(e)s de cette dernière.

PAR L’UNION SYNDICALE SUISSE

 

La délégation syrienne a décrit à cette occasion la situation dramatique des réfugié(e)s syriens et signalé en particulier leur camp de protestation situé devant l’Office fédéral des migrations (ODM) ainsi que la grève de la faim entamée sur place depuis le 14 septembre afin de contraindre l’ODM à accélérer les procédures concernant l’accueil de réfugié(e)s syriens. Ils ont aussi demandé à l’USS qu’elle manifeste concrètement sa solidarité et soutienne leur revendication de décisions rapides à leur sujet. Les représentants de l’USS présents à ce moment leur ont expliqué que ce genre de position devait être obligatoirement prise par une instance de l’organisation et qu’il fallait donc passer par la procédure normale. Impressionnés par les souffrances des victimes du conflit syrien, ils ont toutefois proposé de publier une déclaration des réfugiés syriens protestataires et de la mettre à la disposition de la presse syndicale du pays, avec un appel à des dons destinés à atténuer la grande détresse qui règne dans leur camp de protestation.

Voici cette déclaration (1):

«Nuits froides pour des papiers

Le monde est tourné vers la Syrie. La crise y est devenue énorme. Quelques pays européens ont réagi et accordent à des Syrien(ne)s le statut de réfugié(e)s. En Suisse cependant, les dossiers ne sont pas traités. Quelques personnes ont été admises à titre provisoire (permis F), mais peu ont obtenu un permis de séjour stable et beaucoup, qui attendent depuis longtemps que leur demande soit traitée, se retrouvent dans l’attente sans savoir pourquoi. Cette incertitude nous détruit.

Camp de protestation devant l’Office fédéral des migrations

Depuis le 9 septembre 2013, des réfugié(e)s syriens campent devant l’Office fédéral des migrations (ODM), malgré le froid. Ils attendent toujours une réponse positive à leurs demandes d’asile. Le samedi 14 septembre, nous avons organisé avec les gens qui nous soutiennent une manifestation, qui est allée de notre camp au Palais fédéral. Plus de 300 personnes y ont participé dans le but d’attirer l’attention sur nos revendications. Après cette manifestation, 11 personnes ont entamé une grève de la faim. Tant que la situation en matière d’asile ne changera pas, les grévistes poursuivront leur action pacifique. Nous sommes plus de cent personnes, dont environ 40 enfants, à demander un permis de séjour stable (permis B) et le traitement rapide des demandes déposées en Suisse par tous les réfugié(e)s syriens. L’admission provisoire (permis F) n’offre aucune perspective pour construire son futur ici. Dans d’autres pays, comme la Suède, il y a longtemps que les réfugié(e)s en provenance de Syrie ont rapidement, et sans problème, eu droit à résider de manière permanente dans le pays. La Suisse est rapide lorsqu’il s’agit de répondre par la négative à des demandes d’asile, mais lente lorsqu’elle y répond positivement. En réalité, c’est l’inverse qui devrait être vrai.

Des réfugié(e)s syriens parlent de leur vie avec un permis N de requérant(e) d’asile

Rassul (31 ans) est depuis 10 mois en Suisse et évoque son absence de perspectives: «Nous avons besoin de vivre, nous devons chercher un nouveau futur, nous ne venons pas à cause de l’argent. Nous n’avons plus d’avenir dans notre patrie, c’est pour cela que nous sommes venus ici. Mais avec un permis N, nous n’avons pas non plus d’avenir ici, pas de travail, pas d’études. Ma femme est au Kurdistan  après avoir fui par l’Irak et vit dans une tente. J’ai fait une demande d’admission pour elle auprès de l’ODM, mais celui-ci ne m’a jamais répondu. »

Ahmed (36), qui est en Suisse depuis deux ans et trois mois, est confronté aux mêmes problèmes : « J’ai été récemment entendu pour la deuxième fois par l’ODM. Depuis deux ans, je n’ai jamais reçu de réponse de lui. Je ne peux pas travailler, ni faire venir ma famille. Cette situation me stresse constamment, je ne peux pas dormir la nuit. Mes mains sont liées. J’aimerais faire quelque chose. Je n’ai pas non plus absolument besoin de papiers, ni d’habits, ni de nourriture. Ce dont j’ai besoin, c’est de ma famille, de pouvoir être avec elle en sécurité. La Suisse, c’est bien, mais le système de l’asile est mauvais pour les personnes concernées. Je n’ai encore jamais pu voir mon tout dernier enfant. Maintenant, il a deux ans et je ne l’ai jamais vu.»

Appel à la solidarité des syndicats

Dans notre camp de protestation, nous manquons de tout: couvertures, matelas pour dormir, tentes, médicaments pour les enfants et les adultes, de la nourriture et tout aussi bien d’argent. Nous en appelons aux syndicats, ces communautés solidaires qui s’engagent pour les droits des travailleurs et travailleuses quelle que soit leur provenance et leur statut en Suisse: soutenez notre combat pour des droits, ici et maintenant!

Versez vos dons, avec la mention «Protestation des Syriens » sur le compte : Bleiberecht für alle Bern, 3000 Berne, CCP-60-244887-5.»

Les auteurs de cette contribution sont des réfugié(e)s syriens du camp de protestation devant l’ODM.

[1] L’original allemand a été traduit à l’USS.



 

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