ONU: chantage contre Jean Ziegler


L’organisation UN Watch continue ses attaques contre Jean Ziegler, candidat à un poste d’expert aux Nations Unies, en recourant à un moyen plutôt indédit: le chantage. 

PAR MICHEL BÜHRER

Dans une lettre adressée à l’ancien parlementaire fédéral genevois le 20 septembre, UN Watch le somme de confesser «que dans les mois passés vous avez menti et trompé le peuple suisse». L’ONG accuse Jean Ziegler de «dissmulation massive» sur ses relations avec le «Prix Muammar Khadafi pour les droits de l’homme»  et le fait d’avoir reçu ce prix à Tripoli en décembre 2002. La polémique a été lancée en juillet de cette année, après l’annonce de la candidature de Ziegler.

Dans sa lettre, mis en ligne sur son site (www.unwatch.org), l’ONG donne 72 heures à Jean Ziegler pour a) confesser cette dissimulation; b) s’excuser auprès du peuple suisse («et notamment du ministre Didier Burkhalter pour l’avoir trompé»); c) admettre que ses «mensonges» et «tromperies intentionnelles» sont en contradiction avec le critère de haute moralité exigée pour le poste de membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme auquel il candidate, et d’annoncer le retrait de sa candidature. Si Jean Ziegler ne s’exécute pas d’ici lundi 23 septembre 2013, UN Watch annonce qu’elle publiera un dossier «nouvellement acquis» de documents, photos et vidéos «susceptible d’embarrasser ceux qui soutiennent votre nomination».

Etablie en 1993, UN Watch se donne pour mission de «surveiller les performances des Nations Unies à l’aune de sa propre Charte», dont l’ «égalité de traitement des Etats membres», et spécifiquement d’Israël. L’organisation est l’émanation du Congrès juif mondial et de l’American Jewish Comittee.

Jean Ziegler a répondu dans les médias aux attaques dont il fait l’objet de la part d’UN Watch en les qualifiant de «calomnies». Sans nier avoir fait partie du comité de lancement du prix Khadafi, il réfute avoir accepté le prix ainsi que toute accointances avec l’ancien dictateur libyen. Il estime que cet acharnement a pour origine le rapport sévère qu’il a produit en 2002 sur la situation dans les territoires occupés par Israël, alors qu’il était rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation. Interrogé par le quotidien «Le Temps» en juillet, UN Watch assurait qu’il ne s’agissait que d’une question de compétence et de crédibilité.

Le Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme est un organe de 18 experts chargé d’étudier des questions spécifiques et de faire des propositions au Conseil. Jean Ziegler en a été membre de 2008 à 2012. Les experts y siègent en leur capacité individuelle, mais doivent être présentés par un Etat, ce qu’a fait la Suisse. La Commission des affaires étrangères du Conseil national a déploré cette candidature par 12 voix contre 10, le 20 août. UN Watch s’est immédiatement félicité que «le Parlement suisse» se soit prononcé dans ce sens. Le porte-parole du Département des affaires étrangères, Jean-Marc Crevoisier, avait confirmé en juillet le soutien de la Suisse à Jean Ziegler, considérant «qu’il a l’expérience qu’il faut et qu’il est internationalement reconnu pour ses compétences».

Ce soutien est toutefois très discret par rapport à la véritable campagne électorale que la Suisse avait menée lors de la première candidature du Genevois au Comité consultatif, en 2008. La Confédération avait alors édité une brochure A5 de 8 pages sur papier glacé pour vanter les mérite du candidat Ziegler. Elle fut distribuée en décembre 2007 aux 47 membres du Conseil des droits de l’homme (qui nomme le Comité d’experts), ainsi qu’aux ambassades à Genève et aux Nations Unies à New York. Plusieurs délégations étrangères avaient jugé cette campagne tout à fait exceptionnelle.

Entretemps, la polémique sur les relations de Jean Ziegler avec l’ancien dictateur libyen est ressortie des tiroirs à l’occasion du changement de régime, et sert maintenant de combustible au chantage d’UN Watch. Ceci peut expliquer cela.

L’auteur est journaliste indépendant.

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