Tribune libre – Tamoil, capital contre travail


L’annonce faite par Tamoil de fermer son site de raffinage valaisan à Collombey est un événement de plus dans le processus de désindustrialisation de la Suisse romande.

PAR JEAN-CLAUDE COCHARD

Après l’affaiblissement de la structure du tissu industriel régional, consécutif à la disparition des anciens Ateliers mécaniques de Vevey et ceux de Giovanola à Monthey, allons-nous assister à l’élimination des raffineries du Rhône?

Cela va dépendre de l’ampleur de la mobilisation de la classe ouvrière contre la logique du capital. A première vue, ce site industriel est condamné à mort! Mais sur le plan politique, il ne l’est pas. D’autres luttes ouvrières, présentées comme sans espoir, ont prouvé le contraire et se sont soldées par la victoire pour les travailleuses et les travailleurs!

Il serait inacceptable de délocaliser le raffinage de notre consommation de produits pétroliers vers des pays à bas salaires, avec une législation environnementale déficiente. Le surcoût du raffinage «made in Switzerland» peut être financé avec le produit de la taxe CO2, perçue auprès des consommateurs-contribuables. Cette usine joue aussi son rôle de centre de compétence dans la formation pratique liée aux métiers de l’industrie pétrolière et chimique. Enfin, les entreprises de taille moyenne contribuent, indirectement, à la cohésion sociale de la société civile suisse. Ingénieurs, cadres commerciaux et personnel d’exploitation travaillent pour la même compagnie. Souvent le niveau de rétribution n’est pas équitable, mais cela permet aux syndicats d’organiser la classe ouvrière plus facilement que dans les PME pour la sauvegarde des acquis sociaux, héritage précieux du temps de la Guerre froide avec l’Union soviétique!

Acheminé par un pipeline depuis le port de Gênes, le pétrole brut est raffiné à Collombey avant d’être transporté par rail vers les centres de distribution de proximité. En matière de logistique de transport, on ne peut pas faire mieux pour l’environnement et pour la sécurité. Il serait vraiment regrettable de démanteler cet héritage industriel des années 60, construit avec intelligence. La classe politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, a tout intérêt à soutenir la lutte des travailleuses et de travailleurs de Tamoil. Si non c’est l’ensemble des contribuables qui devront payer la facture et la fracture sociale de ce dramatique événement!

L’auteur est membre du comité de l’Union syndicale vaudoise.

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5 Responses to “Tribune libre – Tamoil, capital contre travail”

  1. Pierre-Henri Heizmann 15 février 2015 at 11:09 #

    Le maintien de la rafinerie de Colombey est en effet sur un plan énergétique et environnemental parfaitement justifié voir même nécessaire. De même si la lutte pour la protection des acquis sociaux est un juste combat, votre assertion déclamatoire indiquant que la (dixit) “sauvegarde des acquis sociaux, héritage précieux du temps de la Guerre froide avec l’Union soviétique!” me laisse quelque peu pantois… Un prochain article pourra vraisemblablement m’éclairer! Dans tous les cas, plein succès à vous pour le maintien d’un rafinerie à Colombey!!!

  2. Lunard / Arnaud Régis Childéric Némoz 15 février 2015 at 23:50 #

    Dire qu’il s’agissait de l’industrie de Khadafi, l’homme qui a révolutionné la Libye.

  3. Cochard Jean-Claude 16 février 2015 at 13:15 #

    Merci pour votre commentaire, M. Heizmann. Dans cette deuxième décennie du XXIème siècle, on oublie un peu vite que l’extension des droits sociaux, congés payés, retraites, accès au système de santé, accès à l’université pour les enfants d’ouvriers, par exemples, sont le fruit d’une période propice, comprise entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la chute du mur de Berlin qui entraina la disparition de l’Union soviétique!

    A l’époque de la Guerre froide, les Etats-Unis et l’URSS se livraient à une guerre d’influence considérable. Pour les organisations syndicales, l’Union soviétique, qui avait gagné la guerre contre l’Allemagne nazie, représentait un allié idéologique de première importance, en Europe et en Amérique du nord. Par peur de la propagation de l’influence communiste, les syndicats patronaux accordèrent des avantages sociaux que l’on appelle aujourd’hui les «acquis sociaux».

    Depuis la fin de l’Union soviétique, les partis communistes ont fortement régressé et les syndicats ouvriers ont perdu beaucoup d’importance dans les pays occidentaux, notamment par la désindustrialisation, en Europe et en Amérique du nord, au profit d’une société de services qui favorise uniquement l’industrie financière!

    Aujourd’hui, je pense qu’une majorité du peuple russe doit se reprocher d’avoir succombé aux belles promesses du couple présidentiel Bill & Hillary Clinton, qui avaient promis aux Russes l’accès au rêve américain. Les Chinois, plus malins, ont conservés les structures maoïstes de l’Etat communiste, bien que l’on assiste, d’une certaine manière, à la restauration du capitalisme dans ce pays!

    Voilà! J’espère que mes explications vous ont éclairé sur mon point de vue et je vous avoue que je ne sais pas vraiment comment on va pouvoir contenir l’augmentation de la pauvreté dans notre société civile, en Suisse comme ailleurs!

    Avec mes cordiales salutations.

    Jean-Claude Cochard

  4. Schindler 16 février 2015 at 16:01 #

    On a beaucoup de sympathie pour le personnel de Tamoil Collombey, menacé de fermeture. Mais le plaidoyer de Jean-Claude Cochard ne peut pas masquer les réalités du marché pétrolier, où toutes les compagnies perdent de l’argent dans le raffinage. Et il faut lire l’article de L’Illustré sur l’histoire des Raffineries du Rhône, fleuron de la Libye de Khadafi :
    http://www.illustre.ch/illustre/article/tamoil-l%E2%80%99incroyable-saga-d%E2%80%99une-usine-%C3%A0-l%E2%80%99agonie

  5. J.-V. de Muralt 16 février 2015 at 19:13 #

    C’est très intéressant mais je n’arrive toujours pas très bien à comprendre ce qui se passe à Collombey. L’article de L’Illustré se rapproche de ce que j’avais su à l’époque et j’avais été informé de première main. Roger de Diesbach avait dévoilé le deal avec Khadaffi mais j’avais eu encore d’autres détails par d’autres sources.

    Le pauvre Ghattas avait perdu des quantités épouvantables d’argent dans des spéculations avec l’entreprise allemande Klöckner. Il avait des promesses d’achat de sa raffinerie de Collombey par des Saoudiens à un prix énorme qui lui aurait permis de se refaire complètement. La transaction nécessitait l’autorisation de la Confédération pour des raisons de sécurité d’approvisionnement stratégique de la Suisse. CETTE APPROBATION AVAIT ETE DONNEE. Ghattas était donc sauvé. Mais patatras, il y a eu ces délégués de la Croix Rouge pris en otages et toute la Suisse en prières qui mettait des bougies aux fenêtres “pour Elio et Emmanuel”. C’est alors que les sbires de Khadaffi sont entré en action et ont promis de sauver les deux garçons si on leur donnait la raffinerie. En catastrophe le Conseiller fédéral Delamuraz a révoqué l’autorisation de Ghattas et conclu, à un prix très inférieur – raison pour laquelle Ghattas a plongé – à un nommé Tamzini, Italo-Libyen et gros actionnaire de la Juventus à Turin. Je mentionne ce point car la Juventus c’est la famille Agnelli et Gianni Agnelli avait réussi à se tirer d’affaire alors qu’il se débattait dans des problèmes très graves en faisant entrer le colonel Khadaffi au capital de la Fiat. Je pense donc que l’intervention d’Agnelli a eu lieu aussi auprès de JPD et que cela a bien facilité les choses. Les Valaisans ont d’ailleurs pu se rendre compte, quand leurs jeux olympiques leur ont passé sous le nez en faveur de Turin, que la famille Agnelli a le bras long.

    C’est ainsi que GATOIL (Ghattas) est devenu TAMOIL (Tamzini). Quant à Elio et Emmanuel ils ont été sortis des griffes du Hezbollah. On ne sait pas si Kadhaffi a payé pour ça, ni combien, ou quels moyens de pression il a mis en oeuvre pour ça, mais les deux délégués du CICR ont été relâchés.

    Je me souviens aussi que dans le cadre du deal avec la Libye, MIGROL était devenue actionnaire aussi de la raffinerie de Collombey, sauf erreur à hauteur de 30%, AVEC UN DROIT DE PREEMPTION EN CAS DE REVENTE.

    Maintenant on entend que la raffinerie de Collombey va être fermée. On nous dit que c’est à cause du marché mondial qui fait que les activités de raffinerie ne sont plus rentables. Peut-être, mais je ne suis pas tout à fait convaincu.

    Je me pose deux questions:

    Est-ce que la raison pour laquelle les Libyens ne veulent plus, ou ne peuvent plus, continuer l’exploitation ne serait pas plutôt cette guerre que Sarkozy et son ministre BHL ont faite “sans l’aimer”, dans l’unique but d’éliminer physiquement le colonel Khadaffi qui risquait de faire des révélations gênantes ? Avec les conséquences désastreuses que l’on sait et qui sont qu’aujourd’hui la Libye est dans le chaos le plus sanglant. On ne sait pas exactement qui sont à l’heure actuelle les véritables actionnaires de TAMOIL. Est-ce toujours M. Tamzini de la Juventus? Bien sur tout cela n’était surement pas tout à fait transparent. Le bénéficiaire ultime était-il la famille Khadaffi ? En tous cas on pourrait assez bien s’imaginer que ces actionnaires aient quelques soucis en ce moment qui les obligent à réaliser.

    Et qu’en est-il du droit de préemption de MIGROL ? On n’en parle jamais et c’est ce qui m’étonne le plus. Ne serait-il pas intéressant pour la MIGROS de reprendre les 350 stations services et shops TAMOIL? Ne serait-ce pas LA solution la plus judicieuse dans l’intérêt du pays et est-ce que ce ne serait pas pour MIGROL une façon de renvoyer l’ascenseur après la faveur qui lui avait été faite en 1990 d’entrer au capital de cette affaire à prix discount ? Même si pour cela il faut maintenir une activité de raffinerie moyennement rentable.

    Je m’étonne qu’on ne nous dise rien là dessus et je serais très intéressé d’en apprendre un peu plus sur toute cette affaire sur laquelle je trouve qu’on est mal informés.

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