Grèce, c’est quoi, la question?


Personne de bonne foi n’oserait prédire comment va se terminer la crise grecque.

PAR MARC SCHINDLER

Après des mois de négociations au plus haut niveau, Alexis Tsipras, le premier ministre grec, a renversé la table: il a refusé en bloc les propositions du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission de Bruxelles. Et, à la surprise générale et sans prévenir personne, il a sorti son joker: les propositions des institutions, que le gouvernement grec rejette, seront soumises par référendum aux électeurs grecs.

Résultat: les dirigeants européens sont en pleine confusion, les marchés financiers décrochent et les commentateurs de tous poils essayent de comprendre. Allez donc y voir clair entre la position du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, qui appelle les Grecs à voter non, Jean-Luc Mélanchon qui dénonce «l’humiliation d’un peuple», et le premier ministre espagnol qui souhaite que le oui l’emporte pour que les Européens puissent négocier avec un autre gouvernement grec. Sur les réseaux sociaux, l’affrontement est féroce entre ceux qui portent au pinacle le nouveau héros de la démocratie grecque, Alexis Tsipras, et ceux qui sont consternés par l’irresponsabilité du premier ministre grec. C’est une guerre sans merci, à coups d’expertises financières, d’appels enflammés et de rhétorique révolutionnaire. Un conflit entre des adversaires irréconciliables. Ceux qui ne sont pas d’accord avec la noble démarche d’Alexis Tsipras sont traités au choix de suppôts du néo-libéralisme ou de victimes de lobotomie. Ceux qui critiquent la Grèce proclament: «Ce pays tricheur et malhonnête, ils ne rembourseront jamais et Tsipras est prêt à promettre la lune pour rester dans l’Union Européenne.»

Dans cette cacophonie politique et médiatique, Pavlos Tsimas, le directeur éditorial de HuffPost Grèce, pose une bonne question: sur quoi vont voter les électeurs grecs, dimanche? Sur le plan européen rejeté par la Grèce, sur les nouvelles proposition grecques ou sur un éventuel compromis? Alexis Tsipras somme ses concitoyens de dire non, mais à quoi? à toute proposition qui garantit à la Grèce de rester dans l’Euro au prix de nouvelles mesures d’austérité? non à l’euro? «Quoi qu’il en soit, la réponse sera claire et précise: « oui» ou bien «non».

Dans mon pays, la Suisse, on a l’habitude des référendums. Ceux qui sont obligatoires, parce qu’ils modifient la Constitution ou qu’ils engagent la Suisse, comme l’arrêté fédéral concernant l’initiative populaire «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» ou l’arrêté fédéral relatif à l’initiative populaire «Protection contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire». Au total 218 référendums, dont 163 acceptés depuis 1848. Et ceux qui sont facultatifs, c’est l’arme des groupes de pression contre une loi voté par le Parlement et qui menace leurs intérêts, comme la «Loi fédérale sur le transit routier dans la région alpine (LTRA) (Réfection du tunnel routier du Gothard)». 177 dont 99 acceptés. Les citoyens suisses sont appelés à voter sur des textes juridiques complexes difficiles à comprendre pour les électeurs. C’est la caractéristique de la démocratie directe suisse.

Le referendum grec est d’une toute autre portée, à la fois technique et politique. Selon Alexis Tsipras: «Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. (…) Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec.» . Mais, d’ici à dimanche, un autre projet d’accord aura peu-être été conclu.

La Grèce n’a pas gardé un bon souvenir de son précédent referendum, en 2011. En pleine crise financière, le Premier ministre Georges Papandréou avait annoncé un référendum sur un accord avec ses créanciers, avant de l’abandonner face à la perspective d’un “non” menaçant la Grèce de quitter la zone euro. A l’époque, Papandréou avait été désavoué par ses troupes et il avait dû démissionner. Aujourd’hui, Alexis Tsipras joue à quitte ou double et on a envie de lui demander: vous pouvez répéter la question?

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One Response to “Grèce, c’est quoi, la question?”

  1. C’est une bonne chose qu’il aient refusé, ces institutions n’ont jamais prouvé autre chose que leurs capacités à piller des pays. Peut-être la Grèce va-t-elle sortir de l’euro et de l’Europe.

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