Le Thalys pour la caserne de Thoune


France, le 21 août 2015. Un homme monte armé jusqu’aux dents dans le train pour Paris.

PAR ONCLE PHIL

Heureusement, trois gentils G.I. Joe américains empruntaient la même route et ils ont pu intervenir à temps pour neutraliser le dangereux spécimen. On ne sait pas vraiment ce que tous ces énergumènes faisaient par là, mais une chose est sûre, la présence d’un homme armé dans un train a fait couler beaucoup d’encre et pleuvoir des décorations militaires.

Suisse, un dimanche comme un autre. Des grappes de recrues boutonneuses vêtues de treillis bariolés grimpent dans l’Intercity pour Berne, où elles transiteront pour la caserne des grenadiers de chars de Thoune. Tous ces jeunes hommes y apprennent à défendre le territoire en se promenant à bord de véhicules blindés, en tirant sur des cailloux et en buvant beaucoup de bières. Armés d’un fusil d’assaut – plus communément appelé « Fass 90 » (fass nonante) – et de tout un attirail de survie (chocolat suisse, couteau suisse, biscuits militaires suisses, gourde suisse au contenu polonais…), ces jeunes gens montent dans des trains et se fondent dans la masse des civils qui s’en vont travailler ou passer une journée merveilleuse au Technorama de Winterthur avec Kaïla et Yoamaëlle, leurs enfants de respectivement 7½ et 9 ans. Ils prennent le train, armés, en Suisse.

Cela ne choque personne, à part peut-être les touristes qui s’imaginaient les Helvètes yodlant allègrement dans un costume traditionnel, comme ils l’ont vu à l’aéroport de Zurich. Des militaires tenant une canette de bière dans la main et la fameuse carabine entre les jambes, ce n’était pas prévu dans la comm’ de Zurich-Airport, you see? Certes, le fusil d’assaut de ces gamins n’est – en principe – pas chargé. Aucun risque donc, tout est sous contrôle, y a pas l’feu au lac, on peut remettre ses écouteurs sur les oreilles et profiter du doux bercement des luxueux wagons CFF de 2e classe. Arrivés à la caserne, les recrues reprennent leurs quartiers. Elles sont tenues de marcher droit, mais on tolère qu’elles titubent de temps en temps après des sorties bien méritées au troquet du coin. D’ailleurs, les soldats en devenir sont désormais tellement fiers de servir leur patrie qu’il leur arrive de se prendre en photo avec leurs smartphones: ils se mettent en scène, jouent les colosses et publient parfois des messages inspirés des meilleurs nanars ricains sur les réseaux sociaux. Ils sont bien loin les clichés à papa qui posait sagement dans son costume un peu trop grand au milieu de ses camarades, avec la recrue Dodole qui tenait un panneau «ER-Delémont-Sud 22.08.1963» pour immortaliser le service rendu à la Patrie.

C’est pas grave, parce que les armes ne sont pas chargées. Elles ne représentent donc aucun danger pour la population, puisque les Suisses sont des gens responsables et bien sous tous rapports. Pourtant, en lisant cet article, on se rend compte que les armes à feu sont bien plus nombreuses que ce que l’on croit dans ce petit pays où seuls les gens bien sous tous rapports en possèdent une. On a tendance à oublier la tragédie de Zoug et les diverses «bourdes» des autorités militaires, comme le jour où 82 fusils et munitions ont été subtilisés dans un bâtiment de la protection civile à Marly. Etrangement, ce sont les mêmes gens qui n’ont rien à se reprocher qui refusent de fournir plus de transparence dans les registres sur les armes. Tant que les fusils de la Patrie peuvent dormir dans l’armoire des citoyens, à la buanderie, sur une étagère entre une paire de skis et des instruments de jardinage, que nos citoyens-soldats peuvent trimballer leurs armes où bon leur semble, les Helvètes sont rassurés.

En Suisse, on continue à prendre le train avec son arme de service, parce que les G.I. Joe et les flingues, on aime bien ça. Visiblement, l’Oncle Sam s’est trouvé un cousin qui partage la même passion que lui en Europe, et il ne va pas lui sauter dessus dans un Intercity pour le neutraliser, puisqu’il est déjà neutre. Enfin, ça c’est une autre histoire…

OnclePhil.ch

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