Le billet d’Albert – Parlez-moi d’humour…


Avoir le sens de l’humour n’est pas donné à tout le monde comme dirait ma concierge qui en a assez peu quand que je lui cache son balai en descendant l’escalier.

PAR ALBERT EBASQUE

Elle fait donc partie de ces gens qui n’ont pas la chance soit de faire rire leurs contemporains, soit d’apprécier certaines histoires ou certaines situations que d’autres trouvent drôles ou amusantes, même à leur dépens. Evidemment, cela relève du caractère ou du tempérament de chacun. Mais l’humour – comme la beauté – est avant tout un élément subjectif. Il est aussi une question d’âge. Il est en effet assez rare qu’une personne, une situation ou un film parviennent à faire rire une famille entière où trois générations sont réunies.

C’est que l’humour est lui aussi soumis à des modes. De nos jours, il y a deux techniques pour faire rire les gens: soit la situation plutôt vulgaire du style tarte à la crème en pleine figure ou plat de spaghetti dans le pantalon. Sur certaines chaînes de la télévision française c’est le succès garanti, ce qui est parfaitement affligeant pour certains et normal pour d’autres. Soit, et c’est la seconde technique, un type qui parle seul sur une scène mais se révèle être assez méchant, voire agressif, avec ses contemporains. Or à mon avis le summum de l’humour, du vrai, de l’authentique humour lorsque quelqu’un parle d’une personne, c’est que cette dernière trouve cela drôle… et pas méchant. Il faut par exemple écouter ou réécouter les séances du fameux «Tribunal des flagrants délires» où le Procureur Pierre Desproges prononçait ses réquisitoires contre des personnalités qui étaient les premières à trouver les textes drôles, fins et pleins de talent. Du grand art! Et tout cela a une trentaine d’années mais pas une seule ride.

Enfin, l’humour est aussi une question de culture. Un asiatique ne rit pas toujours des mêmes choses qu’un européen et vice-versa. Certes, il y a des zones de convergence avec des sujets universels comme par exemple le mari trompé avec l’amant dans le placard ou bien les blagues, généralement gentilles et affectueuses, sur les belles-mères. Mais en dehors de ces grands classiques, chaque culture a ses propres canons en la matière.

Reste une grande question que Desproges posait il y a trente ans: peut-on rire de tout avec tout le monde? L’humoriste-journaliste répondait oui à la première partie de la phrase mais non à la seconde. Autrement dit: oui, on peut rire de tout… mais pas avec n’importe qui. Soit parce que cette personne n’est pas réceptive par nature; soit parce qu’elle n’a pas – mais alors pas du tout – le sens de l’humour. Et dans ce cas, les choses peuvent très mal se passer pour qui est à l’origine de la plaisanterie. Les évènements tragiques de “Charlie-Hebdo” illustrent cette réflexion s’il en était besoin. Les extrémistes ne sont pas des rigolos, loin de là, et il est vraisemblable qu’ils considèrent l’humour comme un interdit parmi de nombreux autres…

Mais nous entrons ici dans un champ relevant de la psychanalyse, voire de la psychiatrie. Car le fanatique n’a pas le recul nécessaire pour apprécier une situation donnée. Il réagit de façon violente en fonction de ses obsessions et la rigidité de ses principes. Quand il explose, ce n’est pas de rire… On a donc bien raison de dire que l’humour c’est en quelque sorte ce qui distingue l’Homme de la bête. Et encore, pas toujours: ainsi mon chat trouve-t-il très drôle que je lui offre un cadeau à la mi-Août. Surprenant, non?

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One Response to “Le billet d’Albert – Parlez-moi d’humour…”

  1. HEIZMANN 10 février 2016 at 07:29 #

    Voilà de bon matin un billet des plus rafraîchissants, c’est rigolo, non?

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