L’Europe face aux risques de déstabilisation et de guerre


Sur l’échiquier de la géostratégie mondiale, l’Eurasie constitue le premier enjeu pour la superpuissance américaine. Il s’agit pour elle d’éviter que ses principaux rivaux, la Chine et la Russie, y assurent leur hégémonie. Parmi les “concurrents”, figure aussi l’Allemagne d’où l’idée fixe d’empêcher une alliance entre cette nation et la Russie, une vieille phobie qui avait préludé à la Deuxième guerre mondiale. Pour parvenir à cet objectif, les Etats-Unis utilisent avant tout l’arme économique, les sanctions, la surveillance électronique.

L’Europe face aux risques de déstabilisation et de guerre était le titre d’une conférence qu’a tenue mardi 22 mars 2016, le jour des attentats de Bruxelles – un hasard dramatique! – , l’expert en géopolitique Gyula Csurgai. Le directeur et fondateur de l’Institut d’Etudes Géopolitiques de Genève était l’hôte de la Société Militaire de Genève.

Un autre arme américaine est l’accord de libre-échange appelé TAFTA ou TTIP que Washington négocie avec Bruxelles dans la plus grande opacité.

L’Europe, assure le conférencier, s’affaiblit par trois biais: la guerre en Ukraine qui a déjà coûté plus de 300.000 emplois à l’Allemagne du fait des sanctions contre la Russie, la fragmentation et la segmentation d’Etats arabes séculaires comme l’Irak, la Syrie et la Libye où l’on assiste au massacre des chrétiens, les migrations, encouragées notamment par le financier George Soros et son réseau No-borders. Le remodelage politique de ce qui pourrait correspondre à un Grand Moyen-Orient répond à une stratégie connue sous le nom de plan Yinon, datant des années 1980. Nous en voyons l’accomplissement avec la partition de l’Irak et de la Syrie. Au milieu de ces territoires, s’installe un Sunnistan, l’Etat islamique, Daech, en d’autres mots.

L’intervention de 2011 en Libye a abouti au chaos, c’était une “énorme faute”, a commenté l’expert. Lequel n’hésite pas à parler d’ “Hiver arabe” pour qualifier les événements qui ont suivi le fameux “Printemps”. S’ajoutant à la chute des prix des matières premières et à l’explosion démographique en Afrique, tous ces événements ne constituent que les prémices d’un “tsunami” migratoire avec tous les dangers que cette évolution comporte pour la sécurité intérieure des Etats européens. Une libanisation de la France est de l’ordre du possible. Des désordres sont aussi prévisibles en Allemagne, comme le soutient l’économiste de gauche Thilo Sarrazin dans son bestseller “L’Allemagne disparaît”.

Dans un tel contexte, la zone euro est mal prise. Elle va éclater, comme est vouée à l’échec la politique d’austérité, prédit M. Csurgai. Lequel conseille aux dirigeants d’une Union européenne en voie de désintégration de “maintenir son esprit de défense”. Les prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis, également menacés par une crise financière sans précédent, ne changeront rien à la donne.

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5 Responses to “L’Europe face aux risques de déstabilisation et de guerre”

  1. Arnaud Némoz 23 mars 2016 at 02:58 #

    J’essaie difficilement d’écrire un livre. On parle tellement de guerre, voire de la troisième guerre mondiale, je préfère réfléchir et contribuer à ralentir certaines idées par esprit de contraction. Je ne vois pas le terrorisme et toutes ses horreurs continuer, plutôt une période de paix pointer.

    “Dans un tel contexte, la zone euro est mal prise. Elle va éclater, comme est vouée à l’échec la politique d’austérité”:

    C’est ce qu’a écrit mon père il y a longtemps. Comme beaucoup, il pense que la zone euro était une erreur, principalement le traité de Maastricht.

  2. Heizmann 23 mars 2016 at 08:07 #

    Excellente synthèse de cette conférence. Il est si rare d’évoquer la géopolitique dans nos contrées où seules les idéologies dominantes, pardonnez le pléonasme, politiquement correctes, matinées d’une bonne dose d’émotions médiatiques, déterminent les décisions à courtes vues de nos gouvernant-e-s…
    L’analyse de Gyulua Csurgai n’est certes pas rassurante, mais son réalisme une fois le chaos venu, autorisera ceux et celles qui l’auront entendu, d’avoir la satisfaction de pouvoir dire : “mais je le savais…”. Une belle jambe en somme!

  3. Lecerf 23 mars 2016 at 11:07 #

    Je ne partage pas du tout cette vision pessimiste qui prend en compte des faits actuels (réfugiés, crise au Proche-Orient,…) sans intégrer des mesures concrètes possibles et probables de la zone Euro. Cette dernière ne va pas éclater mais au contraire sortira renforcée de ces épreuves car un ensemble régional est plus fort que des états isolés et sans coordination.

  4. Claude Oberson 23 mars 2016 at 21:41 #

    Brillante et fascinante synthèse de géopolitique européenne et…. combien plausible. Cette synthèse relève carrément du “position paper” auquel recours les dirigeants pour agir. J’aime ce coté “pratique”. Par oppositions, il y a les analyses de géopolitique distillées par les professeurs de Science Po’ dans des émissions telles que “C dans l’air”. Celles-ci sont tellement tarabiscotés qu’à la fin on comprend moins que le peu que nous savions du sujet au début de l’exposé.

  5. Christian Campiche 29 mars 2016 at 15:15 #

    Il n’y a pas un seul islamiste à la tête de Daech. L’analyse d’un criminologue patenté, spécialiste des services secrets:
    https://www.facebook.com/IBNDAWLA/videos/1145558778830178/

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