Je ne vous raconterai pas ma “guerre 14” mais la fin de “L’Hebdo” me fait prendre un sacré coup de vieux


Boudiou!!! Il y a des nouvelles qui vous filent un sacré coup de vieux en quelques instants !

PAR MANUEL RUCH

Des infos qui vous font prendre une conscience accrue et tangible du temps qui passe, du changement de société, de la destruction créatrice chère à certains économistes.

En ce qui concerne celle-ci, après une autre apprise la semaine dernière, elle éradique l’un des (sinon le) derniers survivants d’une période où j’étais (hyper)actif au sein de ce milieu et proche de l’épicentre qui avait vu le combat de “la bataille des hebdos” entre “Le Temps Suisse et international” et “L’Hebdo”, ce dernier l’emportant par abandon avant le second round du premier pour cause de dissensions entre egos des promoteurs. Une telle nouvelle me fait remonter des flots de souvenirs: brillants journalistes, idées un peu folles mais réussies, coups d’audace des petits jeunes (nous) pour se propulser à la table des grands (les porteurs de projets)….

Souvenirs d’une époque un peu débridée où l’on osait oser, et où pouvait le faire dans un/des métier/s aujourd’hui en voie de disparition.

Je me sens (un peu, n’exagérons pas quand même) comme un allumeur de bec de gaz à l’arrivée de l’électricité. Mais rassurez-vous je ne vais ni vous raconter ma “guerre 14”, ni radoter avec des “c’était mieux avant”. Pas encore tout à fait gâteux!

En fait la question que je me pose et que me posent deux disparitions importantes apprises en une semaine est: comment aurais-je réagi à la survenue du numérique et d’internet si j’étais resté dans ces métiers? Là est la question. Le numérique, no problem, j’étais à la pointe, mais internet et sa bulle qui je vous le rappelle a éclaté en 2000. Y aurais-je participé? En aurais-je profité sans scrupule? Serais-je resté dans mon audacieuse prudence? Quel modèle économique puisque même les plus grands s’y sont cassés les dents? Ma seule conclusion est que quoi que je puisse imaginer rétrospectivement, la réalité aurait été tout autre.

Belle leçon pour les jeunes d’aujourd’hui: votre avenir est un peu l’évolution générale, et beaucoup vos propres décisions. Sachant qui vous êtes et que vous êtes actifs vous pouvez/devez écrire votre propre histoire ou… subir celle que certains décideront pour vous.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre la vie de “L’Hebdo” et cette période du glorieux avènement de François Mitterrand, mai 81, où est né “L’Hebdo” et la quasi disparition actuelle du Parti socialiste français. O tempora, o mores.

“L’Hebdo” reflète bien l’ère contemporaine. Un Hebdo entre deux Siècles. Le premier un grand journal qui paru de 1836 à 1932 et le second un important cercle d’influence parisien qui poursuit ses activités. Un Hebdo qui porta le “Bondy blog” des banlieues enflammées entre la grande presse passée et les lobbyings d’avenir, n’est ce pas une belle illustration pour son requiem?

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2 Responses to “Je ne vous raconterai pas ma “guerre 14” mais la fin de “L’Hebdo” me fait prendre un sacré coup de vieux”

  1. Sima Dakkus Rassoul 24 janvier 2017 at 17:25 #

    Comment dire adieu?
    Un mot sur la disparition de l’Hebdo et en pensées avec les journalistes et l’équipe du journal.
    Avoir un regard critique sur les médias par des médias, c’est une chose saine en démocratie.
    Mais l’état des lieux des problèmes médiatiques dépasse largement le domaine des médias et relève du fonctionnement hypermatérialiste de notre temps. Les réseaux sociaux et l’information citoyenne ne remplacent pas et ne doivent pas se suppléer au travail professionnel des journalistes.
    Pour garder un esprit critique, ce serait absurde que l’objet même disparaisse de la vision.
    Je déplore la situation. Comme pour la culture, ce n’est pas la rentabilité qui garantit la qualité et l’éthique. La recherche de solutions doit passer nécessairement par les conditions viables pour les professionnels. Par là, il faut entendre gestion du temps, les conditions de l’exercice de ce métier, etc.

  2. Jean Godel 24 janvier 2017 at 18:05 #

    impressum – les journalistes Suisses, Section Fribourg
    24 janvier 2017 : disparition de L’Hebdo
     
    A l’instar d’impressum Suisse (http://www.impressum.ch/fr/content/details/impressum-est-consterne-par-la-disparition-de-l-hebdo/?tx_news_pi1%5Bcontroller%5D=News&tx_news_pi1%5Baction%5D=detail), la section Fribourg de l’organisation professionnelle de journalistes est affligée par l’annonce de la mort de L’Hebdo. Et surtout par l’aveuglement et l’irresponsabilité sociale, économique et sociétale d’une coentreprise aussi puissante que Ringier Axel Springer ! Qui consultera leurs sites quand la population aura perdu tout sens critique, tout goût pour la polémique, toute intelligence du regard, toute envie de s’informer ?

    Le groupe Ringier a bâti sa puissance sur la diffusion d’informations, avant de vampiriser ses médias en s’appropriant leur principale source de revenus, les petites annonces, désormais sa chasse gardée et vache à lait de ses insolents bénéfices. Qu’attend-il, gorgé de cette manne, pour se montrer inventif et audacieux dans la recherche d’un modèle financier viable à long terme pour ses titres ? Il suffirait qu’une partie du revenu des petites annonces, fût-ce par le biais d’un financement croisé qui n’aurait rien de honteux, contribue à nouveau à entretenir de vraies rédactions aux projets ambitieux. Le basculement du monde vers le digital a bon dos…

    Nous ne pouvons qu’espérer un sursaut général. De Ringier Axel Springer d’abord, des annonceurs ensuite et, enfin, des lecteurs, afin que tous privilégient des sources d’informations plurielles, indépendantes et affûtées. Il en va de la survie de notre modèle démocratique.

    Le comité d’ impressum Fribourg espère que, de ce désastre, naîtront des initiatives intelligentes et responsables, qui prouveront que ce journalisme-là a toute sa place, comme l’ont fait avec brio les pères de L’Hebdo il y a 35 ans. Aux équipes fauchées dans leur action, il témoigne sa révolte, sa peine, sa solidarité, mais surtout les encourage à poursuivre leurs efforts et à s’unir pour la défense et le renouveau d’une profession plus que jamais indispensable au maintien d’un vivre ensemble apaisé et serein.

    Jean Godel, impressum Fribourg (079 507 89 22)

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