On ne combat pas efficacement la violence politique avec des effets d’annonce


À l’heure où l’affaire des «Paradise Papers» révèle à quel point nombre de nos élites n’ont que faire des préoccupations existentielles quotidiennes du peuple, de nouveaux attentats terroristes sont à craindre.

PAR FRANÇOIS MEYLAN

Premièrement, parce que les fondamentaux demeurent inchangés par rapport à la situation qui prévalait il y a douze mois. À savoir, une lutte d’influence entre le clergé saoudien sunnite wahhabite et le clergé chiite symbolisé par l’Iran. Les alliés des protagonistes – qu’ils soient de circonstance ou contre nature – s’exposent particulièrement à l’action terroriste.

On ne le répétera jamais assez, le terrorisme n’est qu’une manière de faire de la politique. Ensuite, l’opération militaire «Daesh» qui visait initialement à renverser le dictateur de Damas a échoué. Les mercenaires de l’État islamique (EI) ont non seulement perdu leur sale guerre mais ils ont pour beaucoup été abandonnés sur le champ de bataille. En premier lieu par la Turquie d’Erdogan qui s’est finalement agenouillée devant le menaçant Poutine. Également par les marionnettistes du Golfe qui ont peu à peu changé leur fusil d’épaule, nul ne voulant s’afficher à côté du vaincu.

Un vaincu qui subit la loi du vainqueur. La tumeur a été traitée par une chimiothérapie sans précédent, à savoir les bombardements aériens de la coalition. Mais ce traitement n’a pas réussi à bloquer les métastases qui se sont au contraire multipliées. Les revenants du front irakien-syrien, ces franchisés et autoproclamés djihadistes circulent librement sous nos latitudes. La main-d’œuvre terroriste est nombreuse. Reste à savoir qui va l’employer et contre qui.

Comme le relève Jean-Christophe Victor, directeur du Laboratoire d’études politiques et cartographiques (Lépac) et concepteur de l’émission de télévision d’Arte «Le Dessous des Cartes»: «la violence des actes terroristes suscite des réactions émotionnelles et morales peu propices à l’objectivité qu’exige l’analyse politique. Ainsi, en l’absence de distance critique, la question du terrorisme devient à la fois le sujet et l’objet de multiples amalgames. Autant de confusions qui invoquent de l’examiner avec recul et méthode.»

Et d’ajouter le paradoxe de la domination militaire occidentale. Depuis les interventions militaires en Afghanistan, en Irak comme en Libye, on comprend que rien, aujourd’hui, ne peut empêcher les Occidentaux d’user de l’outil militaire, tant ils en maîtrisent supérieurement la technologie.

Dès lors le rééquilibre du rapport de force ne peut être atteint qu’en déplaçant  l’affrontement sur un terrain où la supériorité militaire n’est pas le facteur décisif. L’action terroriste permet d’atteindre cet objectif. Quatre types de cibles s’offrent à la violence politique:

1) Les personnes visées pour ce qu’elles représentent politiquement;
2) Les sites et structures telles que ambassades, centres de commandement, quartiers des affaires, Direction du renseignement, etc, etc, pour ce qu’ils représentent;
3) Les cibles permettant d’atteindre des symboles tels que sommets pour la paix, ONG, jeux olympiques etc, etc;
4) La vaste catégorie des anonymes que l’on peut atteindre dans toutes les concentrations de foule telles que manifestations, marchés de Noël, salle de spectacle, centre de loisir etc, etc.

Cette dernière est actuellement la plus visée. Parce que vulnérable du fait d’une multitude de commanditaires aux messages pas toujours très clairs. Mais aussi parce qu’elle permet d’atteindre une couverture médiatique importante. Communiquer plus fort que son voisin!

La prévention de l’action terroriste ne saurait faire l’économie d’une parfaite coordination entre l’échelon diplomatique, le politique, le renseignement, l’anti-terrorisme et la police de proximité. Quelles sont les conséquences de notre politique étrangère, sur quel pied marche-t-on?, se demande à bon escient le criminologue français Xavier Raufer. Quels sont les réseaux et viviers de nos possibles adversaires sur notre territoire? Sont-ils infiltrés par nos services de sécurité? Avec quels médiateurs et autres interlocuteurs potentiels  pouvons-nous travailler efficacement pour détecter et dissuader à temps le passage à l’acte?

Ce n’est qu’en dernier ressort que l’on liste et protège les cibles potentielles. Tout comme l’arrosage sécuritaire qui consiste à placer des militaires et des policiers devant tous les sites sensibles, la multiplication de nouvelles lois en la matière n’est qu’une action de communication. On ne combat pas efficacement la violence politique avec des effets d’annonce mais grâce à un travail de fond et en coulisses.

 

Gare de Lyon Paris, juin 2017. Photo FM (floutée)

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