Après l’arrestation du rappeur catalan Pablo Hasél, le silence coupable de l’UE


PAR PIERRE ROTTET

Depuis plusieurs jours, des milliers de personnes, aussi bien en Catalogne que sur territoire espagnol, multiplient les manifestations. Elles rassemblent des citoyens indignés après l’arrestation du rappeur catalan Pablo Hasél,

Arrêté mardi par les “Mossos d’Esquadra”, le rappeur Hasél, de son vrai nom Pablo Rivadulla Duro, a été incarcéré pour purger neuf mois de prison. Son crime ? Le rappeur s’en est pris dans des tweets aux forces de l’ordre espagnoles, et s’est rendu « coupable » selon la justice espagnole d’apologie du terrorisme, d’injures et calomnies à l’encontre de la couronne.

Dit en passant, la même justice espagnole qui, en octobre 2019, a condamné 12 dirigeants catalans à des peines de 9 à 13 ans de prison pour leur rôle «dans la tentative de sécession de la Catalogne en 2017».

Le rappeur est devenu pour beaucoup un symbole de la liberté d’expression en Espagne. Qui fait gravement défaut, là aussi. A coups de slogans, porteurs de banderoles sur lesquelles on pouvait lire “Assez de censure”, les manifestants réclamaient – réclament – la “Liberté” pour Pablo Hasél.

Condamné pour injures à la couronne? Au-delà de la décision des juges espagnols, de nombreux citoyens, sur fond d’opinion publique désenchantée par la royauté, partagent aujourd’hui, en partie tout au moins, le point de vue du rappeur à propos d’une monarchie, d’un Etat et de ses rambos, qui rêvent de bâillonner la contestation.

Qui injurie qui ? se demandait en ce début de semaine un manifestant.

Dans un pays soumis à une crise sans précédent, sanitaire et économique, les membres de la famille royale espagnole n’ont jamais été autant montrés du doigt, désavoués, blâmés, voire conspués.

Les faits pour ne pas écrire les méfaits s’accumulent en effet, à commencer par les révélations sur les chasses en Afrique de Juan Carlos, alors roi, sur le dos des contribuables, puis, plus récemment, avec le scandale autour d’une fortune de 100 millions de dollars planquée dans les banques suisses par le désormais ex-roi Juan Carlos, actuellement exilé aux Emirats arabes unis. 

Une maison royale également secouée par l’inculpation de l’infante Cristina pour blanchiment d’argent et délit fiscal.

Des injures, somme toute, qui s’ajoutent à la dernière, faite au bon peuple par le roi Felipe lors de son discours de Noël dernier. En plein marasme et drames sociaux, il avait évité de condamner les frasques de son père Juan Carlos, pourtant dans le collimateur de la justice pour sa fortune cachée sur des comptes non déclarés.

C’est peu dire que l’affaire du rappeur empoisonne le gouvernement socialiste du Premier ministre Pedro Sánchez. Sur la défensive, le gouvernement a promis «une réforme» pour que les «excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques, culturelles ou intellectuelles» ne relèvent plus du droit pénal et ne se traduisent plus par des peines de prison.

Surtout, l’édifice politique du gouvernement socialiste repose sur des alliances avec Podemos et l’ERC, parti indépendantiste catalan. Des mouvements qui reprochent à Sanchez ses positions ambiguës et ses liens en soutien inconditionnel à la monarchie.

La claque reçue par le Premier ministre Sanchez, qui s’est personnellement investi lors des élections de dimanche dernier en faveur du candidat socialiste en Catalogne pourrait lui valoir de perdre l’appui de l’ERC, sans lequel sa majorité parlementaire pourrait s’effondrer. Une gifle d’autant plus retentissante que les indépendantistes, malgré le Covid 19, ont renforcé leurs positions majoritaires en Catalogne. 

L’affaire du rappeur survenue deux jours après cet échec vient à point nommé pour rappeler au Premier ministre espagnol Sánchez que sa majorité gouvernementale tient pour l’heure à un fil, ténu, grâce aux appuis de Podemos et de l’ERC, dont les militants, avec ceux du mouvement des « indignés » forment le gros des troupes aujourd’hui dans la rue pour condamner le délit d’opinion dont est victime Hasél. Et ce, dans le coupable silence des gouvernements d’Europe, et notamment de la France, de l’Allemagne et de l’Européenne Bruxelles, pourtant si prompts à réagir lorsque semblables bavures se passent en Russie, en Chine… Ou à Hong Kong…

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