Chronique parisienne – Face à tant d’incertitudes, les habitants craquent et revendiquent le droit à se retrouver entre amis… à l’air libre


PAR YANN LE HOUELLEUR

Cela fait près d’un an que la 6ème puissance mondiale se montre impuissante à trouver une stratégie cohérente pour lutter efficacement contre la Covid qui a tout de même fait… plus de 84.300 morts à l’heure actuelle selon un site, statista.fr . Depuis quelques mois, ici comme ailleurs, ce fantôme roublard qu’est la Covid mute… se métamorphose et se reconstitue en variantes qui ajoutent à l’incompréhension générale. S’il en est un qui a fait sa mue, lui aussi, ce serait, paraît-il, le président Macron en personne. En couverture du Point, tout récemment : « Comment Macron a muté ». En résumé : le président s’était trop appuyé sur les diagnostics et « ordonnances » de son conseil scientifique devenu un « conseil des ministres bis ». L’imprévisible chef de l’Etat a changé son fusil d’épaule, décidant qu’il n’y aurait plus de confinement tout au moins à l’échelon national.

Cette version à l’hexagonale du virus aura laissé la France plus que jamais fragmentée. Le virus a mis à bas l’idée, ou l’illusion entretenue par certains, que cette Nation était un « pays prêt à faire face à toutes les épreuves. » Plus que jamais, des querelles d’ordre idéologique, un an avant les élections présidentielle et législatives, sont venues se greffer sur les débats attenant à la Covid. Manière de distraire le peuple, de l’entraîner, à travers les manipulations de plusieurs médias, dans des discussions sans fin permettant à des intellectuels et des essayistes de tout poil de faire la promotion de leurs bouquins ?

Le regain d’agressivité des variantes du virus, aussi bien anglaise que sud-africaine ou brésilienne, dans quelques régions conduit les autorités à expérimenter des formules très contestables de confinement. A Nice, pendant deux week-ends, les habitants de cette ville seront amenés à se cloîtrer. Et il n’est pas exclu, face à un regain de saturation des services en hôpital de réanimation « un peu partout », qu’un confinement général ne se substitue au couvre-feu à 18 heures en vigueur à l’échelle nationale.

Et les vaccins ne sont pas vraiment au rendez-vous : 4,5 % seulement de la population majeure a reçu sa première injection… Face au manque de doses, les préfets interdisent aux maires d’installer des « vaccinodromes ».

Résultat de toute cette cacophonie, d’un Etat si peu stratège : les Français se mettent à craquer, à se « gaver » d’anxiolytiques et d’infos tournant en boucle sur des chaînes telles que BFM et CNews. « La majeure partie de mes patients me demandent de quoi se tranquilliser », témoigne le Dr Yves Mouillaud, médecin à Asnières-sur-Seine. « C’est affreux : plusieurs de mes patients ont préféré le suicide. »

Mais beaucoup commencent à s’en lasser, à l’instar de David, un financier licencié de fraîche date qui soudain s’est remis à goûter aux bienfaits de la lecture : « J’en ai marre d’être intoxiqué toute la journée. Je ne veux pas tomber sur le champ de bataille de la dépression ».

Et comme l’humain est un animal éminemment social, le besoin de se retrouver entre amis se fait de plus en plus sentir. Le couvre-feu, la fermeture « ad aeternam » des restaurants amène les citoyens à se retrouver, le week-end, entre amis sur les quais de Seine ou du canal Saint-Martin. Le week-end du 20 et 21 février fut l’occasion de voir à quel point la situation devient ingérable.

Très personnellement, j’ai été choqué lorsque j’ai tenté de longer le samedi 23 février la rue de Buci dans le 6ème. Naguère, cette rue avait la cote auprès des touristes, surtout à partir de 22 heures, quand ils se mettaient en quête d’un dernier cocktail à avaler. Parmi les survivants : le bar du Marché (dessin©Yann Le Houelleur), reconnaissable à ses stores striés de rouge et de blanc, dont le comptoir, réaménagé côté terrasse pour la circonstance, était pris d’assaut.

Rue de Buci, la vente d’alcool est interdite.
Photo©Yann Le Houelleur

Comment peut-on se montrer aussi inconscient ou plutôt… aussi égoïste, surtout lorsque les médias ne cessent de nous alerter (on y revient !) sur le risque encore très fort de nouvelles vagues de contamination ? Une ou quelques amendes n’auraient pas fait de mal, juste pour mettre certains inconscients devant leurs responsabilités. Car prendre le risque de contaminer par manque de conscience civique peut constituer un « délit » très lourd de conséquences, ainsi que le rapporte Dominique, un artiste-peintre dans la cinquantaine en émoi devant une telle effervescence : « J’ai attrapé la Covid je ne sais trop comment. Depuis, j’ai des difficultés respiratoires insurmontables. Je ne me déplace jamais sans ma ventoline. Fais gaffe, Yann, le virus existe bel et bien ».

A la suite de ces week-end festifs, aussi bien à la rue de Buci qu’au bord du canal St Martin (photo©Yann Le Houlleur), la préfecture de Paris a interdit, dans quelques portions de quartiers, la vente d’alcool.

Et aussitôt une polémique supplémentaire, dans un pays qui raffole des prises de bec, a fait tache d’encre : faut-il proscrire la commercialisation de boissons alcoolisées dans toute la capitale ? Ce projet est sur le point de se concrétiser, ainsi que le signalait “Le Parisien” daté du 24 février.

L’auteur est journaliste à Paris, fondateur du journal numérique Franc-Parler.

Canal Saint-Martin où la fermeture des restaurants amène les citoyens à se retrouver entre amis. Photo©Yann Le Houelleur



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