Médias et toréadors


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Le refus par le peuple de l’aide directe aux médias ne changera rien dans l’immédiat à l’offre des professionnels de l’information. Les journaux ne seront pas plus mauvais. Ils n’empêcheront pas non plus les lecteurs de s’énerver contre tel traitement de l’actualité. Au hit parade des métiers, le journalisme figure en queue de liste. A tel point que l’on peut s’étonner qu’une plus forte majorité de citoyens ne lui tienne pas rigueur finalement de sa grande médiocrité dans la couverture de l’événement Covid. A moins que la véritable raison du rejet du projet gouvernemental ne soit ailleurs. Dans les ambiguïtés du projet, surtout.

L’aide directe à la presse est nécessaire. La France la pratique à la française, en tenant à bout de bras les journaux respectés par le pouvoir. Dont « L’Humanité », qui lui doit sa survie. La Scandinavie parvient à équilibrer le soutien au papier et au numérique. Dans l’idéal, la Suisse aurait dû se calquer sur ce système qui voit les médias sortir de brillantes enquêtes. Hélas, les méandres constitutionnels du pays ne le permettent pas. En 2012, le Conseiller aux Etats vaudois Luc Recordon avait eu la noble idée de réserver une obole publique à l’encouragement des nouveaux médias en ligne, artisans d’une couverture de l’actualité en marge des courants dominants. infoméduse aurait pu bénéficier de cette manne, par exemple. Mais le projet est resté en rade à Berne.

En lieu et place, le parlement et le gouvernement ont concocté un texte hybride, volant certes au secours de la presse régionale et des petits journaux mais accordant simultanément un coussin de paresse aux grands groupes qui soignent le dividende accordé à leurs actionnaires. Douteux, dans la mesure où la répartition du gâteau, laissée à la discrétion de l’administration, laissait la voie libre aux abus et à une certaine injustice. D’autant que certains titres jouissant d’un monopole régional, à l’instar de « La Liberté », comptent déjà des entités étatiques parmi leurs propriétaires.

Ce sont ces contradictions qui ont rebuté beaucoup de votants. Il reste à souhaiter que les organisations de journalistes remettront l’ouvrage sur le métier en proposant d’allouer cette fois les fonds aux entités vraiment dans le besoin. Il conviendra d’aller très vite en besogne car la situation de certains journaux et périodiques s’avère très précaire. Il s’agira surtout d’éviter l’écueil de la lassitude du public devant la perspective d’une nouvelle mise à mort. Ne vient-on pas de nous annoncer que la redevance radio-tv sera la prochaine cible des toréadors de la politique?

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2 Responses to “Médias et toréadors”

  1. Joseph Goldinger 14 février 2022 at 10:11 #

    Malheureusement, vous avez raison. Espérons que les parlementaires bourgeois se souviennent enfin qu’ils devraient faire de la politique pour la majorité du peuple et pas seulement pour leur clientèle et l’industrie.

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    Pierre Santschi 15 février 2022 at 09:57 #

    D’accord à propos des difficultés de la presse écrite, et surtout des petits journaux locaux.
    Cependant il semble vraiment, à lire les réactions des media, que les media aux ordres n’ont rien compris sur la nécessité de se montrer un peu plus critiques et équilibrés.
    Ce ne sont pas non plus les pages entières de publicité dans ces media payées par nos impôts sur commande de l’OFSP pour les injections dites anti-Covid (appelées abusivement « vaccination ») de la population, qui pouvaient laisser présager une indépendance de ces media par rapport aux mensonges officiels tels que matraqués ad nauseam durant la crise sanitariste: excellent signe de ce que donnerait l’arrosage sur lequel nous nous prononcions ce week-end si la proposition de ce qui nous sert de gouvernement avait passé!!!
    Pour aider la presse par l’entremise d’un soutien de la collectivité (à ne pas confondre avec l’État), on pourrait suggérer que la fiscalité prévoie que chaque don à un journal, choisi par le contribuable et non par les copains de l’appareil d’État, puisse être déduit des impôts (ce qui serait bien meilleur, car bien plus social, qu’une déduction du revenu imposable!).

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