Nus et paysages de Rodolphe-Théophile Bosshard à l’Atelier De Grandi, une peinture qui respire l’harmonie et le bonheur


PAR PIERRE JEANNERET

Le peintre vaudois Rodolphe-Théophile Bosshard (1889-1960), qui vécut à Riex et Chardonne, est surtout connu pour ses nus féminins. Si bien que ceux-ci ont donné lieu à une pléthore de faux… Des nus – authentiques bien sûr – on pourra en admirer plusieurs dans la belle exposition que propose L’Atelier De Grandi. Tantôt ils séduisent par leur riche carnation, leurs courbes ondoyantes, leur érotisme, qui ont valu à Bosshard le qualificatif de « Renoir vaudois ». Tantôt les corps sont disloqués, et l’on reconnaît là l’influence du cubisme qui s’est exercée sur toute une génération de jeunes peintres pendant leur séjour à Paris dans les années 1920. Cet intérêt pour le corps féminin peut s’expliquer par le fait que l’enfance de Bosshard, orphelin de père, baigna dans un véritable gynécée…

Mais l’intérêt de l’exposition est de montrer que l’œuvre de l’artiste ne se réduit pas à ses nus. Lui-même frère d’un professeur de grec ancien, il fut fasciné par l’Antiquité grecque. Un grand tableau, Escales (1922) apparaît comme la quintessence de son œuvre : on y retrouve des corps féminins alanguis, des ruines antiques, un paquebot, mais aussi des éléments de la modernité. Les toiles de Bosshard ont quelque chose de poétique. C’est d’ailleurs un poème de Stéphane Mallarmé qui a inspiré un tableau étrange et d’esprit surréaliste, Le Tombeau d’Edgar Poe, lequel est situé à Baltimore, et que le peintre n’a jamais vu en réalité.

Grand voyageur, Rodolphe-Théophile Bosshard fut, comme bien d’autres peintres, enthousiasmé par les couleurs de la Méditerranée. On découvrira donc des œuvres peu connues, réalisées non seulement en Grèce, mais aussi en Corse ou encore en Algérie. La mer et les bateaux sont un autre de ses sujets de prédilection. Pendant la Seconde Guerre mondiale, empêché de voyager à l’étranger, Bosshard peignit beaucoup au Tessin et dans les Grisons.

Il y a quelque chose de très « vaudois » dans sa peinture. On remarquera par exemple que l’artiste préférait les tons assourdis aux couleurs éclatantes. Rien d’excessif, rien de provocateur chez lui. C’est une peinture aimable, lumineuse, sans excès, qui pouvait plaire à la bourgeoisie locale. Souvent en difficultés financières, l’artiste devait répondre aux attentes de ses acheteurs potentiels… Il n’empêche que l’œuvre de Rodolphe-Théophile Bosshard, parfois un peu suave, est une peinture qui respire l’harmonie et le bonheur. À juste titre, l’exposition plaira donc à un large public.

« R.-Th. Bosshard. Visions d’ailleurs » , l’Atelier De Grandi, Chemin d’Entre-deux-villes 7, Corseaux/Vevey, du jeudi au dimanche de 13h30 à 18h, jusqu’au 30 octobre.

Paysage de Sicile, huile sur toile, 1956

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