Par le petit bout de la lorgnette – Festival de Gruissan 2005, ma rencontre avec Annie Girardot et Georges Lautner


PAR SANTO CAPPON, texte et photos

Du 28 septembre au 1er octobre 2005, se tient à Gruissan (Aude), la 7e édition du Festival National du Film. Vingt-deux courts-métrages se  trouvent là en compétition. Quelques  invités de belle notoriété y ont été conviés. Parmi eux, Antony Delon, dont l’attachement à cette petite ville au bord de son  étang et de la mer (à 12 km de Narbonne), est notoire. 

Aux premières loges également, deux légendes du cinéma français, encore vivantes et auxquelles un hommage appuyé sera rendu dans le cadre de cette manifestation : Annie Girardot (1931-2011), souffrant notoirement de la maladie d’Alzheimer. A ce propos, il est émouvant de rappeler le triste témoignage que sa fille Giulia Salvatori livrera, après la disparition de sa mère en 2011 : « J’ai perdu ma maman physiquement en 2011, mais mentalement en 200O « . Quoi qu’il en soit et dans la mesure où ses forces le lui permettent encore, elle fera encore quelques apparitions en tant qu’actrice dans certains films, dont le dernier sera « Christian » d’Elisabeth Löchen en 2007.

Invité également, un réalisateur très prolifique, véritable incarnation du cinéma  populaire : Georges Lautner (1926-2013). Depuis longtemps, il n’a plus réalisé de films. Son dernier aura été « L’Inconnu dans la maison » en 1992, d’après Georges Simenon et avec Jean-Paul Belmondo. Qui fut l’un de ses acteurs fétiches, de même que Mireille Darc, Michel Galabru, Bernard Blier, Jean Lefebvre, Francis Blanche, Miou-Miou, Michel Constantin, Lino Ventura, Paul Meurisse.

Je vais assister à l’ouverture de ce festival, présenté aux invités et aux badauds devant le Palais des Congrès, par le maire de Gruissan Didier Codorniou. Couper le fameux ruban est le geste incontournable auquel nous n’échapperons pas. C’est à Annie Girardot que revient cet honneur.  Elle se voit remettre la paire de ciseaux prévue à cet effet. Mais la scène deviendra quelque peu dramatique : Annie n’a plus la force d’accomplir un tel geste. Les ciseaux lui échappent des mains et tombent par terre. Elle-même se met à chanceler. Tout sourire, les deux personnes qui l’encadrent vont intervenir pour la soutenir: l’actrice française Katia Tchenko (une bonne soixantaine de films) ainsi que le maire. Sans perdre sa contenance, le maire va ramasser l’objet, tenter de le remettre entre les mains d’Annie Girardot, pour lui-même accomplir finalement le geste inaugural, tout en soutenant la main et le bras de l’actrice. J’ai immortalisé cet instant poignant, sur un instantané photographique qu’il m’a été donné de fixer sur la pellicule (ci-dessus).

A l’intérieur du Palais des Congrès, une exposition consacrée au 7e art. J’y rencontre Georges Lautner, avec lequel  j’échangerai quelques propos. Sur la photo que j’ai prise de lui (ci-dessous), on peut observer à droite sur le mur, l’affiche d’un film-culte réalisé partiellement à Gruissan par J.-J. Beinex :  le mythique « 37,2 le matin ». 

Je ne peux m’empêcher d’évoquer avec Georges Lautner l’incident qui a marqué l’inauguration du festival, et qui concerne la maladie d’Annie Girardot, immense actrice dont la franchise et la « solidité » ont marqué le cinéma français. Pour en sourire plutôt que d’en pleurer, Lautner m’observe et me dit :

« Que voulez-vous cher Monsieur, en vieillissant nous sommes tous destinés à nous ratatiner. Mais si, comme c’est votre cas, on a la chance d’avoir au départ une grande taille, à l’arrivée il en restera toujours quelque chose … »

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