Il se passe quelque chose d’assez curieux autour de l’initiative contre les F-35. Une sorte d’épidémie d’amnésie frappant la droite politique et les majorités gouvernementale et parlementaire. L’oubli d’une pratique constante des droits politiques en démocratie (semi) directe : celle de votes répétés sur les mêmes enjeu, ou des enjeux fort voisins.
Pour les partisans de l’avion américain, l’initiative serait coupable de faire revoter sur une proposition déjà acceptée par le peuple. Mais outre que c’est factuellement faux, ce l’est plus encore historiquement. Car on ne cesse, dans ce pays, de voter plusieurs fois sur le même objet – et encore ne serait-ce même pas le cas ici, puisqu’en septembre 2020, le peuple ne s’est prononcé que sur le principe et le crédit d’achat d’un nouvel avion de combat, pas sur le modèle de cet avion (il avait pourtant pu le faire, en 2014, lorsqu’il avait refusé d’acheter des «Gripen»). En 1986, les Suisses refusaient d’adhérer à l’ONU, seize ans plus tard ils votaient pour y adhérer. Et combien de fois a- t-il fallu que les Suisses votent pour qu’enfin les Suissesses aussi puissent voter (et que Viola Amherd puisse être conseillère fédérale) ? Et même la droite qui refuse aujourd’hui de «revoter sur les avions de combat» propose de revoter sur d’autres objets, quand ça l’arrange : en avril, le président de l’UDC suisse et celui du PLR vaudois proposaient de «revoter sur le nucléaire»… dont les Suisses avaient voté la sortie… Et le 25 septembre prochain, le peuple se prononcera bien sur un projet de contre- réforme du système de retraite qui contient deux mesures phares refusées en votation populaire il y a cinq ans : le report d’un an de l’âge de la retraite des femmes et la hausse de la TVA.
Alors quoi ? On peut voter plusieurs fois sur le même enjeu quand ça arrange la droite, mais pas quand la gauche le demande ? La démocratie semi-directe, c’est une pratique à la tête politique du client ?
Pascal Holenweg, Conseiller municipal, Genève