Il faut sauver la langue française!

PAR YANN LE HOUELLEUR(*), à Paris, texte et photos

(Cet article, assorti de plusieurs textes complémentaires, est paru dans l’édition n° 46 du journal numérique Franc-Parler à la veille des grandes vacances) 

Cela faisait plusieurs années que je (Yann) n’avais pas remis les pieds en France et, dorénavant (février 2007), j’y étais ! La France avait terriblement changé. Pour le meilleur et surtout pour le pire.

Au Brésil, j’avais non seulement appris le portugais mais depuis que j’avais quitté l’Hexagone j’en étais resté à un français quelque peu obsolète. A partir de São Paulo, je développais des activités dans la communauté francophone et francophile  à travers tout le Brésil. Mon français ne comprenait ni ingrédient à base de verlan ni ingrédient dénaturé par la vulgarité.

Pourquoi donc ? Parce qu’un pays comme le Brésil, c’est loin de la France. Et à l’étranger, les amoureux de notre langue s’expriment dans un bon, voire dans un excellent français!

« Tu ne serais pas un peu snob, mec ? » 

Sitôt revenu en France, donc, j’essuyais des moqueries. Il m’arrivait assez souvent de m’entendre dire : «Répète donc, on n’te comprend pas !». Ou alors, carrément : «Tu ne serais pas un peu snob, mec ?» J’étais frappé par les expressions grossières dont mes compatriotes abusaient. Des filles disaient «Je m’en bats les couilles» et des garçons éructaient «Nique ta mère».

J’étais furieux : il me semblait qu’en mon absence les habitants de l’Hexagone n’avaient pas pris soin de leur patrimoine linguistique et de leur patrimoine tout court.

J’étais déçu, inquiet, hanté par la conviction que cette déliquescence de l’expression orale n’annonçait rien de bon, qu’elle était un terreau pour la culture de la violence. C’était l’époque où Laurent Obertone s’apprêtait à rédiger «la France Orange mécanique». Parce qu’il balançait quelques vérités et qu’il dérangeait, ce journaliste reconverti dans les enquêtes de longue haleine ne tarderait pas à devenir un paria.

Une quinzaine d’années plus tard, une vague d’hyper violences avait effectivement submergé l’Hexagone. Début 2024, une étude  -une de plus !-  a alerté en premier lieu les médias au sujet de la dégradation du niveau culturel de la population. Cette étude a été commandée par le Centre national du Livre, le CNL. Le commentaire fait à cette occasion par la présidente du CNL, Régine Hatchondo, reflète un sentiment général au sein des milieux concernés : «Il existe désormais un enfermement additif avec le numérique.»

En résumé : les jeunes gens entre 16 et 19 ans consacrent à la lecture 1 heure et 25 minutes en moyenne par semaine contre 5 heures et 10 minutes aux écrans chaque jour.

« 44 % des élèves ne savent ni lire ni écrire »

Et quand on évoque les écrans, dans un tel contexte, on cible les portables car peu de jeunes gens possèdent réellement un ordinateur.

Des journaux, des émissions de radio et de télévision ont répercuté l’étude du CNL «tombée» dans les rédactions alors que le pays tout entier était secoué par des homicides et des crimes commis pour certains par des jeunes gens.

L’usage intensif des écrans contribue au rétrécissement de la langue française.

L’appauvrissement, le rétrécissement de la langue française est donc la conséquence d’un usage intensif des écrans mais aussi l’aboutissement d’une dégradation de l’enseignement que subit toute une partie de la population. Cette dégradation, amorcée il y a plusieurs dizaines d’années, répond à la volonté, occultée par les pouvoirs publics, de réduire (chiffres à la louche) à 10 % la proportion de gens plus ou moins cultivés dans la société française susceptibles de devenir des cadres. Les 90 % de la population sont censés se comporter avant tout comme des consommateurs.

Petit retour en arrière : «La Fabrique du Crétin» est un essai paru en 2005 sous la plume de Jean-Paulo Brighelli. Cet enseignant et essayiste est parti d’un constat affligeant : «La réalité, c’est que 44% des élèves de la sixième ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture. Et si vous ne maîtrisez pas la langue française, vous ne risquez pas de comprendre quoi que ce soit aux problèmes de maths, à la géographie, à l’histoire.

Paru en 2019, l’essai de Maxime Rovere propose une nouvelle éthique pour penser.

En quelques jours, «La Fabrique du Crétin» s’est hissée au rang de best-seller ; l’édition initiale s’est vendue à 150.000 exemplaires. Selon ce livre prophétique, tout ce dont nous souffrons actuellement a été voulu et programmé. Mais ce qui n’a pas été envisagé par les saboteurs de notre si belle langue et si belle culture, à l’époque, c’est précisément qu’au sein de la société des voix au-dessus de la cinquantaine qui donnent le mauvais exemple en négligeant l’expression écrite et qui balancent des infos, des reportages de manière brouillonne et incohérente.

Notons que la déconstruction des repères en cours a été récupérée par des mouvements de gauche décidés à exacerber la cancel culture. En favorisant l’agglutinement de minorités autour de causes qu’ils défendent, ils finissent par constituer des groupements certes importants mais hétéroclites qu’ils prennent en otage.

Une association recrute des bénévoles cinquantenaires

«Refaire des humains cérébrés»: c’est le vœu qu’a exaucé, lors d’une émission diffusée par la chaîne d’information en continu CNews, l’acteur Jean Dujardin. Il fait partie des membres fondateurs de l’Alliance pour la lecture. Ce collectif regroupe plus de cent associations, organismes et fédérations engagés en faveur du développement de la lecture.

L’association fondée par Jean Dujardin, Lire et faire lire, aspire à donner le goût de la lecture à des enfants. 

Elle «recrute» des bénévoles de plus de cinquante ans désireux de lire et faire partager de la poésie, des nouvelles, des romans (etc.) dans des écoles primaires tout comme des centres de loisirs, des crèches, des bibliothèques. «Nous sommes 20.000 bénévoles et nous voulons atteindre l’objectif de 50.000», a insisté Jean Dujardin. Hélas, le chemin est encore long pour inverser le cours des choses.

(*) L’auteur développe plusieurs activités pour survivre. Dans les rues de Paris il dessine sur le vif et il cède ses dessins à des touristes. Et quand il en a le temps, il élabore un journal numérique, Franc-Parler, qu’il avait fondé lors d’une longue expatriation au Brésil où il était correspondant de plusieurs rédactions francophones. Dans les pages de Franc-Parler ses dessins côtoient des réflexions, des témoignages et des articles d’actualité, dont certains font couler passablement d’encre.

Dans les pages de Franc-Parler les dessins de Yann Le Houelleur côtoient des réflexions, des témoignages et des articles d’actualité.

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