Au milieu du désert, à 130 kilomètres au sud de Dakhla (Sahara occidental), de minuscules poissons survivent dans les trous d’eau salée depuis des siècles. Des poissons du type Tilapia de Guinée que l’on trouve habituellement en Afrique de l’Ouest.
PAR IAN HAMEL, de retour du Sahara occidental, texte et photo
La sebkha (étendue salée) d’Imlily est un espace écologique unique, qui s’étend sur 13 kilomètres de long et 2,5 kilomètres de large, à une dizaine de kilomètres de l’Atlantique. Le site est parsemé de poches d’eau permanentes, fort peu profondes (40 à 60 centimètres), mais qui regorgent de petits poissons guère farouches. La particularité de la sebkha d’Imlily, c’est que malgré le climat saharien rude (la pluviométrie ne dépasse pas 30 mm par an), les trous d’eau ne subissent pas les aléas climatiques et préservent de façon durable les mêmes volumes d’eau, étant alimentés par la nappe phréatique.
Non seulement ces poissons vivent ainsi isolés dans quelques mètres carrés depuis des siècles, mais ces êtres vivants changent « de couleur, de forme et de taille en vue de mieux s’adapter aux spécificités de ce milieu naturel (taux de salinité et température élevés) », constate le site MAP Ecology (*). La sebkha d’Imlily nous rappelle le passé tropical du Sahara, que des climatologues font remonter entre 5 500 et 11 000 ans. Depuis tout ce temps, ces petits poissons sont parvenus à s’adapter et à vivre avec un taux de salinité qui peut atteindre 350 grammes par litre… (la salinité de la mer Morte étant en moyenne de 275 grammes par litre).
Des crustacés et de petits reptiles
Cette relique d’un système aquatique fort ancien compterait 160 poches d’eau permanentes. Nous n’avons pu en découvrir qu’une dizaine, toutes peuplées exclusivement de nuées de petits poissons de type Tilapia de Guinée, autant clairs que sombres. Ils commencent par s’éloigner à l’approche d’un visiteur, puis reviennent sur les bords quelques instants plus tard. La tradition demande à ce qu’on s’y baigne les pieds. Les petits animaux aquatiques se jettent alors sur les peaux mortes. Des guides touristiques assurent que d’autres poches d’eau seraient habitées par des escargots, des crevettes, des crustacés, et même, dit-on, de petits reptiles. La sebkha d’Imlily accueillent aussi des oiseaux migrateurs, attirés par la verdure autour des points d’eau.
(*) Saad Aboudihaj, « La sebkha d’Imlily, un joyau naturel de Dakhla », 20 février 2019.


