« Offrez-vous ce qu’il y a de meilleur et de plus beau. L’important est de profiter de votre argent avec votre partenaire. » Ce conseil proposé aux personnes âgées sur un réseau social, Mme T. ne peut plus le suivre depuis ce jour de 2022, où elle a été délestée de toutes ses économies dans les locaux de sa banque.
A Lausanne depuis 1974
D’origine croate, Mme T., 70 ans, vit à Lausanne depuis 1974. Elle y a exercé le métier d’infirmière et habite dans un appartement subventionné sur les hauts de la ville.
En 2022, Mme T. se rend à l’agence de Bellevaux de la Banque Cantonale Vaudoise, l’établissement où elle dispose alors d’un compte, pour y échanger d’anciennes coupures de billets de 1000 francs à hauteur d’une somme globale de 95’000 francs, correspondant à ses économies. Elle s’y rend en compagnie de sa sœur, une personne quasiment aveugle à sa charge. L’employée au guichet – elle ne travaillerait plus dans la banque aujourd’hui – lui dit qu’elle ne peut pas procéder à l’opération car le montant est supérieur à 15’000 francs.
Mme T. et sa sœur vont aussitôt au siège de la BCV à St-François. Elles attendent 45 minutes avant de pouvoir passer à la caisse. Pendant qu’elles sont assises, elles remarquent en face d’elles une jeune femme bien vêtue, arrivée juste après elles. L’échange des billets se fait sans problème. Quand les deux sœurs empruntent l’ascenseur pour redescendre, elles doivent se serrer pour laisser entrer une autre personne. Il s’agit de la femme qui se trouvait avec elles dans l’espace d’attente. Elle montre des signes d’agitation, les pousse un peu et s’éloigne d’un pas pressé dès que l’ascenseur s’ouvre au rez-de-chaussée.
Condamnée à deux ans de prison, l’auteure du vol promet de rembourser
Une fois dehors, Mme T. s’aperçoit que son sac ne contient plus l’enveloppe avec l’argent échangé. Elle réalise que les 95.000 francs lui ont été dérobés. Elle court immédiatement déposer plainte au poste de police.
Filmée dans l’enceinte de la banque, l’auteure du vol, X., 33 ans au moment des faits, domiciliée en Roumanie, est vite arrêtée. Elle avoue le délit, est jugée et condamnée à deux ans de prison et l’expulsion. Elle déclare avoir tout dépensé et promet de rembourser. Dans son jugement rendu en avril 2024, le Tribunal correctionnel lausannois relève qu’un « très grand nombre de condamnations ont été prononcées à l’encontre de X. dans différents pays ». A Lausanne notamment, plusieurs personnes, surtout âgées, ont été délestées de sommes allant jusqu’à 15.000 francs, en dehors du vol susmentionné. Selon le document judiciaire, « X. a agi à 13 reprises entre le 28 avril 2021 et le 8 juin 2022, dérobant notamment à ses différentes victimes une somme d’argent dépassant au total 143.000 francs (…) ».
« La patiente n’est pas capable de déménager »
Mme T. n’est pas plus avancée pour autant. Elle se doute bien qu’elle ne sera jamais remboursée. A cela s’ajoute une tuile: le service des gérances de la Ville de Lausanne, sur ordre de l’Office communal du logement, lui signifie la résiliation de son bail à loyer. Elle doit quitter son appartement dans un délai de trois mois.
Dans un certificat médical délivré le 11 décembre 2024, le Dr B., médecin praticien FMH à Lausanne, déclare Mme T. en état de « souffrance psychologique avec état anxieux important réactionnel à l’événement de vol de son argent ». Se retrouvant dans un état de précarité, « la patiente n’est pas capable de déménager dans ces conditions ». Mme T. demande à la régie de pouvoir prolonger le bail, elle attend toujours une décision.
Mme T. touche une rente AVS, insuffisante pour couvrir ses frais de subsistance minimaux. Sans ses économies elle nous a déclaré ignorer comment elle parviendra à s’en sortir, d’autant que sa situation de précarité est aggravée par le fait que le fisc n’a pas manqué de prélever sa part sur le montant aujourd’hui envolé. Les services sociaux se déclarent impuissants et renvoient à une nouvelle décision de justice.
La banque rejette toute responsabilité
Mme T. est d’avis que la BCV devrait assumer une part de responsabilité et la dédommager en lui reversant le montant volé. Elle invoque le refus de l’agence de Bellevaux d’échanger les billets présentés au guichet, ce qui l’a conduite à traverser toute la ville de Lausanne en compagnie de sa soeur invalide, avec une somme importante sur elle. Mais surtout, le vol s’est déroulé dans les locaux de la BCV.
Interpellée par le soussigné, la BCV rejette toute responsabilité, comme le précise son conseiller économique et porte-parole Jean-Pascal Baechler:
En raison du secret bancaire, il n’est pas possible de confirmer qu’une personne soit cliente ou non ou de commenter un cas individuel.
De manière générale, il convient de relever qu’une personne est responsable des biens en sa possession, notamment dans tous les lieux librement accessibles au public (magasins, hall des agences bancaires, transports publics, etc.).
La sécurité des agences BCV fait l’objet de mesures déterminées en fonction de la configuration du lieu. De par leur nature, et même si les incidents demeurent extrêmement rares, les espaces librement accessibles au public ne peuvent offrir une sécurité absolue malgré les mesures prises.
La Ville de Lausanne organise depuis une semaine des soirées d’information sur le thème « Préparer sa retraite ». La mésaventure de Mme T. n’a pas été inscrite parmi les études de cas.

