Une lecture critique des projections démographiques de la Suisse 

PAR PIERRE ROCHAT

Les démographes de l’OFS – Office Fédéral de la Statistique – ne seront probablement plus là en 2050 pour constater leur erreur dans les scenarii d’évolution démographique de la Suisse qu’ils viennent de publier. Ils ont certes pris la précaution de dire que ce n’était pas une prophétie, mais une projection selon « différentes hypothèses ». 

Bien, mais ces hypothèses se limitent à la croissance économique, qui induit les besoins en forces de travail, et aux paramètres intrinsèques de la démographie, fécondité, mortalité et longévité. Pas trace d’intégration des variables que sont l’évolution du climat et les ressources disponibles en eau, en énergie ou alimentaires par exemple.

Un bel exercice académique, c’est tout

Quelle valeur peut-on donner à une étude basée sur « tout étant égal par ailleurs » ? Un bel exercice académique, c’est tout. Pourquoi l’OFS n’intègre-t-il pas les données du GIEC – Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat, sous l’égide de l’ONU – qui sont publiques et largement admises ? Les conclusions feraient probablement peur. Mais faut-il jusqu’au bout rester politiquement correct et rassurants?

Essayons d’imaginer notre propre scénario à l’horizon 2050 en intégrant ces paramètres : 

La natalité continue de chuter car élever des enfants devient trop cher. La longévité régresse car plus personne n’échappe aux maladies chroniques dues à la pollution de l’air, des eaux et aux intrants chimiques dans l’alimentation. Les glaciers fondent et ne sont que l’ombre d’eux-mêmes au point où le Rhône et le Rhin ne sont plus des fleuves mais de simples rivières car on sait aujourd’hui déjà que le massif alpin sera très touché par le réchauffement climatique. Ainsi, l’approvisionnement indigène en électricité devient critique. Les pluies régulières font défaut et l’approvisionnement en eau potable devient un défi. Les prix de ces ressources atteignent des niveaux exorbitants, comme la nourriture qui doit être de plus en plus importée, la relève paysanne étant découragée. Le coût de la vie prohibitif freine l’immigration. De nombreux retraités s’expatrient car leur revenus ne permettent plus de vivre décemment dans notre « îlot de cherté ». La population décline à 8 millions d’habitants.

Voilà un scénario qui est en train de prendre forme au Japon, certes avec une différence de poids concernant l’immigration, mais comparable du point de vue de la vie chère et de la dénatalité. Actuellement, le pays du soleil levant perd presque 800’000 habitants par an sur 122 millions, soit -0,6% par an.

Abandon de souveraineté

La Suisse va prendre conscience que la croissance économique infinie n’est pas possible. Celle-ci dépassera sous peu le point où le coût des conditions de production excédera la création de richesse. Les deux courbes se croiseront bientôt. L’exiguïté du territoire et les ressources limitées ne permettront pas de passer à l’échelon supérieur, sauf à accepter une dépendance accrue des importations. Mais à terme, cela ressemblera à un abandon de souveraineté. La Suisse sera placée tôt ou tard devant ce choix.

Mais, pour l’heure, je salue le courage de l’OFS d’avoir osé ouvrir la boîte de Pandore de ce thème existentiel qui occupera la politique suisse bientôt.

Loèche, du temps où le quidam échappait aux maladies chroniques dues à la pollution de l’air.

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Un commentaire à “Une lecture critique des projections démographiques de la Suisse ”

  1. Pont Jean-Marc 17 avril 2025 at 16:33 #

    Merci pour cette belle clairvoyance concernant l’évolution démographique;
    Un bel exemple d’occupation de la surface au sol en Suisse : La plaine du Rhône entre St Gingolph et Gletsch !
    Mis à part a) une surface réduite à l’embouchure du Rhône au Léman, b) le Bois Noir au Sud de St Maurice et c) le bois de Finges, à l’Est de Sierre, tout est occupé par de l’agriculture intensive, par de l’industrie ou par des habitations !
    une fuite en avant économique, un simple aveuglement ou peut être la peur d’affronter les conséquences de cette « course à l’abime »?

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